L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Céline Noblet
Isao Takahata a le mérite par rapport à Hayao Myiazaki avec qui ils forment les deux piliers des studios Ghibli de tenter d'innover dans le domaine de l'animation. Tous deux élèvent l'animation au rang d'art, mais Takahata ajoute une part d'intelligence, une matière à réflexion, tentant ainsi de décoller l'étiquette de la naïveté du dessin-animé. Dans "Pompoko", au-delà de la féérie et de l'humour du film, Takahata cherchait à vraiment souligner l'importance des problèmes de pollution à travers les personnages des Tanuki et leur art de la transformation qui finit par devenir une arme de survie face à la destruction de la nature par l'Homme. Avec "Kié la Petite Peste", le maître de l'animation, en adaptant un manga japonais à succès, nous donne à réfléchir sur le rapport actuel entre parents et enfants, au travers d'une fillette au physique ingrat mais très débrouillarde qui traîne un père bon à rien, si ce n'est à chercher la bagarre et l'oisiveté.
Les parents de Kié sont complètement incompétents dans leur rôle de parents (la mère ayant quitté le domicile et voyant sa fille chaque semaine à l'insu du père), fuyant leur responsabilité quand leur fille fait preuve de courage et de mâturité (Kié tient le restaurant familial elle-même). Au fil de plusieurs épisodes qui donnent au film une forme un peu décousue, la piste narrative principale du film progresse néanmoins assurément vers la réconciliation des parents. Au sujet de la structure du film, Takahata se défend ainsi : "L'intérêt du manga ne se trouvait pas dans le scénario, mais dans chaque séquence de la BD... Il est difficile de transmettre une telle densité au cinéma, car la structure d'un film ne s'y prête pas. Il a donc fallu trouver le bon rythme et le découpage adéquats". Cet aspect un peu destructuré du film peut déstabiliser certains spectateurs accoutumée à une narration limpide amenant à une résolution complète à la fin du film. Mais l'histoire de cette fillette n'est pas simple et l'univers de Takahata n'a rien de manichéen ni d'idyllique: il n'y pas de résolution classique car les parents de Kié resteront au final, malgré tout, ce qu'ils sont. Mais peu importe si ce film est un peu brinquebalant, car l'humour cocasse et l'insolence de Kié n'en sont que meilleurs. Et surtout, il y a ces inénarrables personnages de chats, professionnels dans l'art du combat, qui ne sont pas sans évoquer les tanuki de Pompoko.
Réalisé en 1981 après "Goshu le violoncelliste", Kié n'est arriver dans les salles françaises qu'il y a deux ans suite au succès du Tombeau des Lucioles que Takahata a réalisé en 1996. Kié est devenu par la suite une série télévisée au Japon.
On peut se réjouir de cette vague - un peu tardive certes - des chefs d'oeuvre de l'animation japonaise, qui ont très certainement ouvert la voie sur les écrans français ou du moins mieux sensiblisé les spectateurs à d'autres productions, plus intelligentes, que celles chargés de valeurs manichéennes, poussiéreuses et mièvres des productions Disney.
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