Sorties cinéma Sorties Cinéma en Janvier 2005 Mercredi 05 Janvier | Les critiques de la rédaction : La Chute---------------------------------------------------------------Un film allemand d'Oliver Hirschbiegel avec Bruno Ganz, Juliane Kohler, Alexandra Maria Lara
Genre : Drame - Durée : 2H30 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par André
D'abord, il faut dire que les différents commentaires lus ou entendus dans les médias présentent ce film tels les derniers jours d'Hitler dans son bunker, en 1945. Bien sûr, mais il s'agit plutôt de la relation de la prise de Berlin et de la fin du 3ème Reich au sein d'une oeuvre où le Fürher a hélas,le premier rôle malfaisant, vu et ressenti par la jeune femme qu'il avait choisi pour être sa secrétaire. La réalisation est époustouflante de réalisme, et pendant toute la durée de projection, pas de ralentissement, de lassitude : le spectateur est plongé dans un bain d'horreur guerrière, de folie, de panique et de fanatisme. Adolescent à cette époque, j'ai naturellement suivi tous les épisodes de ces horribles moments, vu des tas de documentaires, lu de multiples livres dont celui de Speer qui relate la personnalité des dirigants nazis. Et peux ainsi certifier de la précision minutieuse des évènements. Les acteurs sont excellents et l'on s'attarde naturellement sur la performance fantastique de Bruno Ganz, effroyablement fidèle dans les plus infimes détails à son modèle, y compris avec son accent austro-bavarois si caractéristique. Sa modification physique au fur et à mesure que passent les jours est remarquable.
| Par Jacques Coulardeau
ADMIRABLEMENT SINISTRE. Voir la chute de Berlin de l’intérieur du bunker de Hitler a quelque chose de morbide et maladif. Cela oblige aussi à donner de Hitler une image de ses dernières semaines et donc de donner une explication à cette fin. De toute évidence on donne de lui l’image d’un fou malade, définitivement mégalomaniaque et probablement schizophrénique. Mais cela explique-t-il sa soudaine envie de se marier à Eva Braun ? Trouver pied sur terre avant de quitter cette terre ? Justifier le suicide de sa jeune mariée de femme en même temps que lui ? Personne ne pourra jamais répondre. Sinistre aussi dans le portrait donné des proches de l’entourage du Führer. Et là l’image est plus grave encore car elle est en partie confirmée par des témoins directs et des constatations a posteriori. Dans son entourage il y avait des gens absolument fanatiques et qui ne pouvaient pas imaginer un instant qu’ils allaient tomber seuls, et donc qui ont entrainé l’Allemagne, le peuple allemand le plus loin possible dans la punition pour avoir perdu la guerre. Le portrait des Goebbels est absolument saisissant même s’il est probablement un peu forcée. On arrive avec certaines personnalités à des positions si extrêmes que l’on se demande comment ils ont pu naître, grandir, étudier, devenir adultes sans que personne ne s’aperçoive de la folie de pouvoir qui les animait. Ou bien ceux qui l’ont vu ont fermé les yeux en se disant que le déluge serait toujours pour après eux. Le film donne à voir en long et en large les souffrances des Allemands à tous les niveaux. Mais plus encore le film, grâce au témoignage de Traudl Junge, donne une interprétation qui est en train de devenir courante en Allemagne, surtout que Günther Grass vient de publier une version assez similaire. On regrette maintenant que quand on était jeune on n’ait pas eu le courage de la curiosité. Günther Grass ajoute que l’on avait été si bien formé et formaté que l’on ne pouvait que croire aveuglement ce que le Führer pouvait dire. Il y a pire que Grass ne dit que partiellement et que Traudl ne dit pas du tout vraiment : la puissance du verbe nazi, la force de la fierté, voire de l’orgueil d’être allemand, le besoin absolu pour une bonne part de la jeunesse, plus peut-être encore en ce temps là, de croire en quelque chose qui ait force d’autorité, d’accepter cette foi comme une marque de maturité car cette foi exige l’affrontement de la souffrance, du danger, des difficultés, de ce que certains appellent encore aujourd’hui du sacrifice au point que plus aucun esprit critique n’est possible. Il suffit de si peu de chose dans la situation extérieure pour que la raison s’efface devant les raisons d’un ordre supérieur. Je pense personnellement que ce n’est pas une bonne chose de développer le sens de ce type de sacrifice chez les jeunes car il est fonction d’une soumission à une autorité incontestée, il est donc une forme d’esclavage. N’oublions jamais qu’esclavage contient le lavage du cerveau qui permet son triomphe.
Dr Jacques COULARDEAU
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