Sorties cinéma Sorties Cinéma en Sept. 2010 Mercredi 01 Sept | Les critiques de la rédaction : Piranha 3D---------------------------------------------------------------Un film américain de Alexandre Aja avec Elisabeth Shue, Adam Scott, Jerry O'Connell, Ving Rhames, Richard Dreyfuss, et Jessica Szohr
Genre : Horreur - Durée : 1H35 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Gas
Ne soyons pas de mauvaise foi : en ce moment, alors que l'été touche à sa fin et que c'est quand même bien triste de revenir à la dure réalité, on ne raterait pour rien au monde une petite série B exotique et bien fendarde, où de pauvres Américains subiraient les assauts d'on ne sait quelles bêbêtes sanguinaires. Or, quand le film en soi semble surfer avec opportunisme sur la vague des remakes récents de vieilles franchises de l'horreur, ça ne fait pas forcément plaisir. Sauf que, voilà, avec le Frenchie responsable du génial remake de LA COLLINE A DES YEUX derrière la caméra, l'inquiétude laisse place à l'enthousiasme. Loin de vouloir tâter le terrain labouré par Joe Dante ou (presque) James Cameron, Alexandre Aja reprend le concept du film de piranhas à sa propre sauce, sous la forme d'un autre film dont les promesses de blockbuster immoral et d'orgie gore laissaient les cinéphiles avec une étrange excroissance sous le slip. "Sea, sex and blood", comme le dit l'affiche ? Oh yeah... Au programme de cette fiesta méga-sanglante : un casting composé à 75% de mannequins ou d'actrices porno (bikini et sous-vêtements très facultatifs !), des piranhas en images de synthèse dont la seule fonction est de déchiqueter de la chair fraîche encore plus vite que ne le ferait un boucher diplômé à Rungis, sans oublier des hectolitres de faux sang et de maquillages gore pour transformer tout ce petit monde en steak tartare grandeur nature. Avec, en plus, le relief 3D pour épicer tout ça, histoire que les filles nettoient l'objectif de la caméra avec leurs nichons siliconés et que les morceaux de barbaque giclent à n'en plus finir sur nos gueules rassasiées. Reste que, comme il est désormais coutume de le répéter, l'usage de la technologie 3D ne sert définitivement plus à grand-chose si l'on ne s'appelle pas James Cameron ou Robert Zemeckis, et, durant son premier quart d'heure, PIRANHA 3D laisse augurer du pire : la simple lecture du générique est si insupportable qu'elle donne presque envie d'enlever les lunettes, le relief donne l'impression que les visages des acteurs ont grossi de volume, et la mise en scène des attaques sous-marines se révèle foutrement illisible, le temps d'une scène d'ouverture foireuse avec le vieux briscard Richard Dreyfuss en guise d'amuse-gueule pour les poiscailles.
Passée cette intro laborieuse, que l'on croirait extirpée d'un vieux cauchemar de Michael Bay, le film prend peu à peu ses marques, construit une narration de série B tout à fait honnête, et ne fait pas mine de ses intentions : sur le lac, c'est la fiesta comme les teens américains la fantasment en pleine montée d'hormones, et vu qu'un séisme a libéré des piranhas cannibales, le bleu de l'eau va virer au rouge. Sur ce canevas plus minimaliste tu meurs, Aja installe le suspense avec parcimonie, et laisse monter la sauce de façon progressive. Jusqu'à la fameuse séquence d'hécatombe sur les bords du lac, où des nuées de piranhas suraffamés se ruent sur tout ce que l'Amérique peut posséder de stéréotypes crétins. Notons que, pour une fois, les espoirs des cinéphiles les plus mal élevés que nous sommes sont largement comblés : Aja déverse probablement plus de sang et de gore en vingt minutes que dans vingt films d'horreur réunis, et le cinéaste ose tout, même l'impensable dans une production hollywoodienne à cent patates, qu'il s'agisse de filmer dix amputations à la seconde, de viser les instincts les plus primaires en mélangeant sexe et violence dans la même scène, de montrer comment une bimbo peut perdre son enveloppe en coinçant ses cheveux dans une hélice, ou, plus hilarant encore, de montrer un piranha mastiquer le pénis d'un débile juste avant de nous le recracher en pleine gueule ! Difficile de penser qu'un film aussi immoral puisse sortir sur les écrans américains sans passer sous les sécateurs de la censure, mais Aja signe ici un défouloir ultra-jouissif qui n'a pour seul objectif que d'en mettre plein les mirettes. Au bout du compte, son PIRANHA 3D a beau révéler par-ci par-là les défauts les plus évidents du genre (abus de jump-scares, love-story à la con, etc...), il s'impose comme le film le plus barré et le plus jouissif de sa carrière. Maintenant, on lui souhaite de s'émanciper quelque peu des codes hollywoodiens et de ne pas se limiter à la mise en chantier de remakes plus ou moins réussis. Aja s'est offert son rêve américain, tant mieux pour lui, mais la prochaine fois, on sera un peu plus exigeant sur la marchandise.
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