Sorties cinéma Sorties Cinéma en Juillet 2010 Mercredi 21 Juillet | Les critiques de la rédaction : Inception---------------------------------------------------------------Un film américain de Christopher Nolan avec Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Ellen Page, Michael Caine, Cillian Murphy, et Ken Watanabe
Genre : Science-Fiction - Durée : 2H28 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Jacques Coulardeau
RECEPTION, PERCEPTION, DECEPTION, INCEPTION. Voici un film qui devrait vous laisser muet devant l’impénétrable complexité stratifiée de ce monde, ou de ces mondes, qui n’en finissent pas de s’entrecroiser, et du fait de la violence dans les actes de chacun d’eux, de se violer et violenter de toutes les façons les plus morbides, funèbres et mortelles que l’on puisse imaginer. Il n’y a dans ce film aucun amour et la scène finale en devient si irréaliste qu’on n’y croit plus. Une sorte de bonbon pour nous faire digérer, un After Dinner Mint.
L’objectif de ce film est de nous faire pénétrer dans des couches sans cesse plu profondes de rêve, mais d’un rêve qui construit son univers. Les personnages vivent une vraie aventure dans des univers qui s’empilent les uns sur les autres sans la moindre fin, en fait d’ailleurs les uns dans les autres comme des poupées russes. Et autant mourir dans un rêve de premier niveau n’est rien : cela vous réveille dans le monde réel, autant mourir dans des rêves plus profonds entraîne la mort certaine du personnage et de la personne dans le monde réel. Il ne faut donc jamais mourir dans un rêve de deuxième niveau ou plus.
Le film est frustrant car on ne saura jamais ce que le personnage principal essaie d’obtenir ou de gagner. Un discours qui se voudrait scientifique enveloppe et empaquette cette aventure mais n’est pas clair. Il s’agit de prendre le pouvoir sur d’autres individus en implantant dans leurs têtes des idées, des principes et des objectifs qui deviendraient alors autant de moyens nous permettant de les contrôler. Mais quel est le but final de ce contrôle ? Le film n’est pour le moins pas clair.
Ceci étant dit nous avons dans ce film une réécriture fort riche de « Matrix », mis à part que dans Matrix on peut circuler, ou envoyer un avatar de soi-même dans un des autres niveaux que son niveau d’origine grâce à une machine, mais chacun de ces niveaux est réellement matériel, sauf peut-être un qui serait un univers mental, pourtant matériel car il prend le contrôle des autres niveaux, à savoir l’univers des hommes qui résistent souterrainement, l’univers des hommes réels en surface, l’univers des machines. L’univers mental est créé par un ingénieur qui n’est peut-être pas humain, sauf que cela n’est pas clairement dit.
A la différence de « Matrix », ici puisque chaque monde est rêvé, sauf le monde réel bien que l’on ne sache plus du tout au bout d’un instant lequel est réel, chaque monde est contenu dans le monde où se trouve celui qui le rêve, et chaque monde contient les mondes des personnages qui se mettent à rêver. Chacun peut faire intervenir son univers rêvé dans l’univers où il se trouve et chaque univers dépend de ce qui se passe dans le ou les univers supérieurs. Quand on arrive à cinq, six ou sept profondeurs d’univers, on atteint un puzzle à autant de dimensions et donc nécessairement plus de trois.
Dans ce film, à la différence de « Matrix » à nouveau, on ne voit pas de référence, même symbolique ou métaphorique, au mythe chrétien et le personnage principal n’a pas besoin de se sacrifier pour que ce désordre cesse. En fait son objectif est d’en sortir indemne et de revoir le visage de ses enfants. Cette absence de mythe constructeur derrière le film fait que les décors, univers et autres endroits visités sont autant de mondes fictifs et de monde sans perspective. Ce film est post-post-moderne en ce sens qu’au-delà de l’absence de vérité et de la multiplicité des points de vue, il perd toute notion du réel, et des personnages morts réellement peuvent intervenir comme des personnage de mémoire.
Ce film nous parle si nous nous laissons prendre à son univers comme si c’était un jeu électronique un peu complexe. Dans ces conditions alors le film s’anime et devient de plus en plus profond pour nous spectateurs réels. Le jeu et les univers virtuels de ces jeux sont autant de pièges dans lesquels nous nous laissons emporter. La psychose alors nous envahit et nous ne sommes plus capables de savoir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. La recherche de la mort devient alors un univers fascinant car il arrêterait la douleur et l’absence de repères en enfermant alors notre vie dans un univers de bois en trois dimensions : un cercueil.
Dr Jacques COULARDEAU
| Par Guillaume Gas
Le plus difficile en parlant d'un film pareil, c'est que les attentes ne vont pas être toutes comblées. Il y a d'ailleurs fort à parier que l'unanimité, chose souvent acquise d'avance à une flopée de films événementiels, ne fera pas forcément long feu envers le nouveau film de Christopher Nolan. Révélé par MEMENTO, consacré avec INSOMNIA et définitivement intronisé avec THE DARK KNIGHT, le jeune prodige en scénarios tarabiscotés et en complexité dramaturgique monte encore d'un niveau sur l'échelle de l'ambition et semble vouloir désormais titiller les sommets du cinéma à vocation intéractive. Enfin, façon de parler, puisque c'est visiblement ce que les critiques américaines, dithyrambiques jusqu'à l'écoeurement, tendent à vouloir surligner en faisant passer INCEPTION pour le nouveau MATRIX. Or, il s'agit tout d'abord de ne pas prendre ce genre de considération à la légère : aussi bien dans leurs concepts philosophico-métaphysiques que dans leur narration en trois temps (ouverture, explications, action), les deux films partagent bon nombre de similitudes et entrent sans peine dans cette catégorie de blockbusters-concepts, basés sur des idées si fortes qu'il s'agit de les expliquer très précisément avant que le mécanisme ne se mette en marche. Mais pour l'instant, l'enjeu est tout autre : que vaut réellement le film ? On ne se le cachera pas : oui, le film est génial. Oui, le film est une claque. Oui, le film est ceci, cela, les deux à la fois, les deux dans le désordre, et même encore plus. Mais pour autant, mieux vaut quitter le rêve deux minutes pour revenir à la réalité : non, le film ne répond jamais vraiment aux espérances monumentales qu'il faisait monter depuis une bonne moitié d'année. Là où les rumeurs vantaient les mérites d'un film aussi révolutionnaire que vertigineux, le film n'est ni l'un ni l'autre (quoique), pour des raisons que l'on évoquera ci-dessous. Mais pour autant, c'est à une authentique expérience de cinéma que l'on a affaire, stimulante à l'envi, peuplée d'un casting irréprochable et empreinte d'une force créatrice que vingt blockbusters hollywoodiens n'arriveraient jamais à intégrer. Dans cette optique de cinéma qui ne ressemblerait à rien de déjà-vu, on pourrait presque parler de film ''inceptionnel''. Au moins, que l'on soit bluffé ou dérouté par le résultat, personne n'aura à contredire cela.
On le soulignait : la construction narrative du film semble a priori s'adresser aux non-initiés. Ainsi donc, l'inception est mise en avant le temps d'un prologue stupéfiant qui détaille visuellement le concept de ''rêves imbriqués'', l'heure qui suit se limite à une longue ritournelle de blabla conceptuel et théorique où tout est expliqué et précisé jusqu'à la dernière syllabe (que les néopytes se rassurent, le film n'a rien d'incompréhensible) et le reste retrace les différentes étapes de l'hallucinant jeu de pistes qui va se mettre en place. Le tout jusqu'à une fin finalement tout ce qu'il y a de plus logique dans son opacité, clôturant l'intrigue préexistante tout en la faisant dériver vers une réflexion métaphysique qui relancerait le jeu des poupées russes après la projection. L'erreur du film est ici : tout comme les frères Wachowski s'imaginant faire preuve d'inventivité en abordant des sujets philosophiques sous la forme du surlignage verbal (alors que leur formidable mise en scène suffit amplement à faire tout passer), Nolan s'égare de temps en temps dans quelques tunnels de dialogues qui alourdissent les scènes plus qu'elles ne les enrichissent. Le temps du prologue, on a déjà pigé de quoi il en retourne, d'autant que ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'un ''rêve dans le rêve dans le rêve'' est abordé au cinéma, qui plus est de cette manière. Plus généralement, on est assez loin d'un film comme TOTAL RECALL, sans doute le film le plus monumental sur le thème des rêves imbriqués, où l'explication de concepts théoriques était jetée aux orties dès le début, laissant ainsi le champ libre à Paul Verhoeven de nous balader dans les circonvolutions du genre qu'il investissait ainsi que dans les méandres du scénario délirant qu'il racontait. De bout en bout, le trouble existait, y compris au-delà du générique de fin, et jamais le film ne se bornait à en rajouter dans l'explicatif, tout simplement parce que Verhoeven se concentrait moins sur les éléments qui sous-tendent la thématique que sur la thématique en elle-même. Avec INCEPTION, Nolan tend (parfois) à faire l'inverse, mais, pour contrebalancer cela, il a l'époustouflante audace de conférer à sa mise en scène une force d'incarnation proprement inouïe : le montage joue brillamment sur l'interconnexion entre les réseaux mentaux et les différentes échelles de perception, les cadrages et le choix des focales créent le trouble en confondant et en entrechoquant les diverses esthétiques d'images, et surtout, le rythme des scènes se joue des accélérations comme des moments de calme en les alternant sans cesse, branchant ainsi le film sur un mode narratif proche de celui des songes. Comme un cerveau en mode alternatif, prisonnier de ses propres limbes.
Usant de la superposition d'intrigues comme des jeux de miroirs mentaux de manière à concevoir l'équivalent cinématographique d'une boucle de Moébius, Christopher Nolan ne s'arrête pas là : il lui reste le vertige. Celui qui se crée par la juxtaposition d'éléments scéniques qui donnent l'illusion d'un cerveau en action, jouant même sur les temporalités ou les lois de la gravité (stupéfiante séquence d'apesanteur dans un hôtel), alternant les points de vues comme les indices cinéphiliques, multipliant les fausses pistes ou les énigmes symboliques jusqu'à bouleverser en elles-mêmes les règles de la manipulation (thème fétiche de Nolan, rappelons-le). Une fois que les héros lancent l'inception, le film bascule alors dans une autre dimension, jusque-là jamais explorée par le cinéma : cette idée de convoquer des images réalistes, de les virtualiser, de les faire passer à travers plusieurs genres (lesquels sont symbolisés par les différentes strates de rêves) pour en extraire une matière dramatique ramenant à la fragilité de l'être humain. On ne révèlera pas en quoi le film se veut finalement un authentique jeu de manipulation autour du thriller mental pour finalement dériver vers rien d'autre qu'une déchirante histoire d'amour, mais INCEPTION a ce don unique de jouer sur les bascules narratives, de confronter deux idées antagonistes au même moment, de mixer un genre précis à sa propre Némésis. Le vertige du film n'est donc pas thématique, il est avant tout cinématographique, et, au final, même si l'on attendait un summum de réflexion sur le fond, cela n'est pas plus mal. Il est certain que, s'il avait su accoucher d'un film ambitieux et abstrait qui véhicule son brouillage réalité/rêve par sa simple mise en scène sans révéler de clé ou de schéma narratif un peu trop explicite, Nolan aurait tout simplement accouché du plus grand chef-d'oeuvre jamais pondu sur un sujet aussi passionnant. Tout comme son protagoniste, il aura pourtant fini par se perdre dans son propre univers, par s'égarer dans son propre labyrinthe créatif, mais, au bout du compte, le trip mental aura abouti à quelque chose, et ce qu'il en retiendra au réveil aura donné autre chose. C'est la logique même des rêves : mieux se perdre, c'est mieux trouver son chemin, et s'il fallait chercher la plus belle qualité du film, c'est ici, et nulle part ailleurs. Immense, donc ? Un peu trop tôt pour le dire, mais assurément une claque qui restera dans les annales du genre.
| Par André Ruellan
Veuillez me pardonner, chers amis et amies lecteurs, de ne pas rédiger de critique à propos de ce film.
Mes vieilles cellules grises ont fait un phénomène de rejet incontrôlable et mon rêve éveillé m'a fait sortir de la salle au bout de 45 minutes, au cours desquelles, ébahi et apeuré, j'ai vu Leonardo DI CAPRIO se bagarrer avec des songes où apparaissaient Marion COTILLARD maquillée comme une Cadillac d'avant guerre et les rues de Paris la tête à l'envers.
Je ne devais pas être en forme et je vous prie de croire à mon étonnement tout aussi grand que celui que j'ai remarqué sur le visage des comédiens tiraillés entre le réel et une technique onirique de pointe.
NOTA : Le fait que je n'aie rien mis comme note sur 10 ne signifie pas zéro, mais mon impuissance à déterminer la valeur d'une bonne mise en scène avec l'intérêt général du film, en ce qui me concerne bien sûr.
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