Sorties cinéma Sorties Cinéma en Juillet 2010 Mercredi 07 Juillet | Les critiques de la rédaction : Twilight 3 : hésitation---------------------------------------------------------------Un film américain de David Slade avec Kristen Stewart, Robert Pattinson, et Taylor Lautner
Genre : Fantastique - Durée : 2H04mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Gas
Avouons-le, on n'était pas dupes. Avouons-le, on pouvait quand même y croire, ne serait-ce qu'un peu. Croire qu'une franchise aussi pitoyable pouvait enfin sortir de son infernale torpeur, et ce pour plusieurs raisons : après deux épisodes qui redoublaient d'efficacité pour donner aux mots "léthargie" et "somnolence" un relief encore plus inédit, cet opus n°3 semblait marquer une nouvelle orientation pour la saga vampirique, à savoir une intrigue un peu plus sombre, des enjeux narratifs un tantinet plus intéressants, un rythme plus soutenu et la promesse de scènes d'action plus nombreuses qu'avant. Sans oublier la présence assez surprenante de David Slade à la réalisation : capable du meilleur (HARD CANDY) comme du pire (30 JOURS DE NUIT), ce cinéaste anglais s'est néanmoins toujours distingué pour son attirance pour des genres plus adultes que la moyenne. Fallait voir. On a vu. Et on s'est pris une vilaine gifle, pauvres inconscients que nous sommes. Toujours aussi dévorée par l'idée incompréhensible de transformer les jeunes adolescentes romantiques en légumes vivants et consensuels, Stephanie Meyer continue de délivrer la bonne parole de la foi mormone avec son interminable romance de Bella et Edward, les deux jeunes héros super beaux et super bien coiffés, qui semblent toujours à deux doigts de conclure mais qui, à chaque fois, se sentent étrangement possédés par l'envie irrépressible d'attendre encore quelque temps avant de passer à l'acte.
Cela crevait les yeux lors des deux précédents épisodes, et comme jamais deux sans trois, autant appuyer sur la touche ''Replay'' et offrir un petit rembobinage aux trois du fond qui n'auraient pas senti venir l'arnaque dès la sortie du premier film (ou du premier bouquin, disons-le carrément) : en reprenant à son compte la figure du vampire pour en faire l'incarnation branchée de la tentation sexuelle, Stephanie Meyer voyait surtout l'opportunité de flatter la sympathie des adolescentes amatrices de maquillage au charbon, et, pire encore, d'oser illustrer la morsure vampirique comme métaphore de la perte de virginité. Avec, en bonus, une bonne demi-douzaine de leçons de morale assénées tous les quarts d'heure, où tout ce qui relève un tant soit peu du sexe se voit immédiatement écarté au profit d'une vision niaise et consensuelle du désir adolescent. Film hygiéniste au sens le plus dégueulasse du terme, TOILETTE 3 contribue à son tour à annihiler toute piste réflexive sur le genre ou les errements du désir féminin (un sujet pourtant passionnant) pour en offrir le pendant démoniaque, véritable parabole inquiétante sur la peur du sexe avec une philosophie vieille d'au moins 150 ans.
Déjà, la fin de l'opus n°2 avait amplement suffi à ne plus se faire d'illusions sur les intentions de l'auteur, tant la déclaration d'amour entre Bella et Edward n'était que le point de départ de la torture à suivre : dès l'instant où le bellâtre couvert de crème Nivea impose à son amour le mariage comme condition à sa transformation physique (en décodé, cela veut dire ''Je ne peux pas baiser avec toi si on ne se marie pas''), le destin de la saga est définitivement scellé. Jusque-là, on s'était juste bien ennuyé devant un catalogue interminable de clichés et de séquences aussi niaises que dénuées d'enjeux narratifs, mais là, c'est le comble. Sachez donc que, dans TOILETTE 3, la belle Bella a désormais les hormones qui bouillonnent et tente de convaincre à plusieurs reprises son prince charmant de lui donner son premier petit coup de croc (et pas forcément dans le cou, de préférence...), ce à quoi le type répond à chaque fois qu'il est préférable d'attendre le mariage. Vu qu'il le répète au moins cinq à six fois pendant tout le film, et qu'il avait déjà précisé, le temps d'une séquence ridicule au sein d'une clairière couverte de fleurs violettes (attention, cliché en lettres majuscules !), que le mariage est une règle à respecter lorsque deux personnes s'aiment, la philosophie confine à l'agacement, voire à la colère pure et simple. Entre l'impression de subir le discours d'un pasteur conservateur ou d'être pris pour des crétins incapable de se construire leur propre vision des choses, on ne sait plus vraiment quoi choisir.
Mais TOILETTE 3, ce n'est pas que ça. Car, comme le titre et l'affiche l'indique, il est avant tout ici question d'une ''hésitation''. Pour son premier coup de croc, Bella est donc face à un dilemne terrible, qui, on s'en doute, enterre à lui tout seul tout ce que l'on peut imaginer tant le cinéaste fait tout pour (essayer de) le rendre fascinant : dois-je perdre mon statut d'humaine en épousant un vampire, ou dois-je rester humaine en me farcissant le bôgoss loup-garou qui me fait les yeux doux ? Peau translucide ou biscotos XXL ? Dracula ou Michaël Vendetta ? Thé ou café ? Pas facile de choisir, surtout quand le premier n'en finit pas d'avoir l'air torturé pour pas grand-chose (une fois de plus, Robert Pattinson repousse les limites de l'inexpressivité) et quand le second se retrouve pris de pulsions colériques à chaque fois qu'on ose le contredire (c'est à peine si l'on sent sans arrêt l'envie irrépressible du type de cogner sa belle, voire de la violer). Mais bon, vu qu'on n'arrête pas de se tourner les pouces, les hésitations répétées de Bella nous en touchent une sans bouger l'autre.
Le reste du temps, il faudra se farcir des dialogues édifiants de naïveté, des effets spéciaux toujours aussi mal branlés (vu la courte distance qui sépare chaque film de la saga, rien d'étonnant en soi), un casting rempli d'acteurs sous Prozac qui semblent prendrer la pose iconique pour ''Gothique Magazine'' sans avoir l'air impliqués dans la création de leurs rôles, et pas mal de séquences tellement absurdes qu'elles en toucheraient presque au sublime. A ce titre, on n'oubliera pas de sitôt la conversation entre les trois héros sous une tente Quechua paumée en plein milieu des Montagnes Rocheuses, assez riche en dialogues crétins pour être hilarante. Quitte à ne pas vous faire perdre votre temps devant une purge aussi grandiose, on balance une petite poignée de spoilers pour tous ceux qui n'auraient pas déjà lu le roman 250 fois en pensant à leur flirt de la boum du samedi soir. Oui, Edward demande Bella en mariage comme si l'on était au 16ème siècle. Oui, Bella lui répond ''oui'' avec la timidité d'un poisson rouge. Oui, le père de celle-ci est toujours inquiet à l'idée que sa fille ne soit plus pucelle (même la simple écoute de ce mot le fait bondir de son siège, c'est dire !). Oui, Edward et Jacob n'arrêtent pas de se chercher des noises. Oui, Jacob a très souvent le torse nu pour que la majorité des jeunes spectatrices prononcent son nom avec au moins quinze ''o''. Et oui, cette intrigue chiante de guerre entre vampires rebelles et vampires gentils ne dissimule en réalité qu'une vengeance à deux balles cinquante, orchestrée par une rouquine très forte en saut en longueur, qui provoque une hécatombe dans toute la région uniquement pour pouvoir occire celle qui a buté son mec.
Au bout du compte, c'est dire à quel point les enjeux du film, quasiment tous résumés ici, s'avèrent en tous points passionnants. N'empêche que, même si le film a toutes les chances d'emmener au 7ème ciel toutes les lectrices de "Jeune & Jolie", la patte Slade aura eu tout de même un léger impact positif sur la saga : largement moins manchot de la caméra et du découpage que ses deux prédécesseurs, le cinéaste indépendant révélé par le très dérangeant HARD CANDY soigne son esthétique et ses cadres, introduit du trouble dans la narration par l'intermédiaire de flash-backs pas trop mal amenés, et aura au moins eu l'intelligence d'achever sa foire aux regards niaiseux par une jolie partie de baston entre vampires. C'est pas grand-chose, mais c'est toujours ça de pris. Quant à savoir si cela suffit à faire de TOILETTE 3 un bon film, ou s'il est désormais utile d'attendre quoi que ce soit du quatrième et dernier (ouf !) épisode, la réponse tombe comme un couperet : trois purges honteuses, c'est déjà trop. Vivement que le massacre s'arrête pour de bon...
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