L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Gas
Malgré tout ce que l'on peut penser du bonhomme, difficile de régler le cas Michael Youn en une phrase : comédien visiblement resté au stade de l'enfance, heureux de titiller les frontières du politiquement correct mais très vite moins rentre-dedans à la moindre petite critique, Youn n'a pourtant jamais caché sa personnalité à qui que ce soit. Certes, on le savait déjanté dans ses sketchs du ''Morning Live'', porté par le simple plaisir de la déconne à l'état pur, et il ne se gênait pas le montrer... quitte à en montrer un peu trop, d'ailleurs. Mais lorsque, démoli par l'échec cuisant d'INCONTROLABLE (pire comédie du siècle, rappelons-le), il prenait tout le monde à contre-pied avec sa prestation marquante dans HEROS, où, sous les traits d'un artiste raté prenant en otage une idole de la chanson, il laissait éclater sa rage interne, sa tristesse et son spleen avec une audace que beaucoup ne lui ont pas pardonné. Aujourd'hui, pour ce qui est du cinéma, la déchéance semblait pointer le bout de son doigt : c'est à peine si l'on se souvient des explosions de côtes que l'on se tapait devant LES 11 COMMANDEMENTS, et même son dernier film (COURSIER, sorti cette année) s'est vu récompensé par un semi-échec, boudé par un public qui, visiblement, préférait aller voir ailleurs. Youn serait-il devenu une star déchue ? Pas encore, et la sortie de FATAL a quasiment toutes les chances de lui offrir un joli come-back. Dans la même lignée que son rôle de HEROS, c'est à une vraie remise en question personnelle que le film nous invite, et non pas à un énième coup marketing comme l'on fait tant de comiques désireux de percer au cinéma (Elmaleh et son COCO, Semoun et son CYPRIEN, Lagaf et son BALTRINGUE, j'en passe et des meilleurs...). Pour Youn, le destin de ce rappeur savoyard totalement ''out of the world'', évoluant au sein d'un monde clinquant et contraint à prendre un nouveau départ à la suite d'une grave bévue, ne pouvait qu'être le terreau idéal à un gros shaker déjanté, où l'artiste quitte son monde de la meilleure manière, c'est-à-dire en lâchant tout ce qui lui passe par la tête afin de repartir à zéro. Pas sûr que la maturité soit réellement acquise, mais la quête d'une identité artistique n'est désormais plus à chercher : dans la droite lignée des délires décomplexés de Will Ferrell et Ben Stiller, FATAL prouve que Youn a su digérer ses classiques pour en donner sa propre version, acide et délirante.
Si certains ne manqueront pas de râler contre l'ineptie d'un scénario tout sauf original, fonctionnant sur le fameux schéma des trois ''R'' (réussite + ruine + retour en grâce) que tant de sous-produits se sont acharnés à essorer jusqu'à la dernière goutte, il sera préférable de passer outre, tant ce genre de script bêta n'a aucune autre fonctionnalité que d'être un prétexte pour distribuer une vingtaine de vannes à la minute. Sur ce dernier point, FATAL en remontre à toutes les comédies françaises produites par TF1 où le nombre de gags est inversement proportionnel au budget dépensé pour la publicité : chaque scène est investie d'une énergie interne démente, amplifiée par une mise en scène réellement travaillée qui se plait à multiplier les supports visuels (show télévisé, clip vidéo, parodie trash...) au sein d'un film qui, sous ses allures de fourre-tout, dissimule un regard à la fois joyeux et réaliste sur le monde du showbiz. Un monde que Youn a évidemment côtoyé, en long, en large et en travers, pour en révéler enfin toute la vacuité et la stupidité. Or, loin d'être une critique facile du cirque médiatique, cette comédie fait preuve avant tout d'une vraie lucidité sur un univers controversé et infiniment opportuniste, tellement obnubilé de sa propre connerie et de son bling-bling exacerbé qu'il devient indispensable de le tourner en bourrique. Et a contrario d'un quatuor de new-yorkaises qui se vautraient dedans pour n'en tirer aucune critique (suivez mon regard), Youn envoie tout balader sans jamais oublier de se marrer (et nous avec) : tout le monde s'en prend plein les canines, que ce soient les rappeurs tarés, les présentateurs télé, les producteurs sans pitié, les bimbos décervelées, et même tous ceux qui n'ont rien demandé ! A titre d'exemple, le regard totalement décomplexé sur les savoyards vaut son pesant de cacahuètes, sans oublier la gentille petite tape expédiée aux ''Enfoirés'', rebaptisés ici les ''Enculés'' pour une séquence musicale à hurler de rire. Au bout du compte, c'est un peu comme si Youn s'était amusé à mettre tout le monde (lui compris) dans le même shaker et à tout broyer d'un seul coup, mais sans refermer le couvercle, éclaboussant ainsi son public d'une soupe à la fois écoeurante (parce qu'atrocement artificiel) et attachante (parce que c'est trop bon de s'en moquer). Même le casting participe à la folie ambiante : Stéphane Rousseau en chanteur écolo-métrosexuel, Isabelle Funaro en Barbie siliconnée, Vincent Desagnat et Fabrice Eboué en pitres de service, Jérôme Le Banner comme vous ne l'avez jamais vu... Et ne parlons pas de la bande originale, riche en tubes qui déménagent. Tout ça pour dire que FATAL, eh ben c'est plutôt pas mal. Ouais, c'est bien, t'as vu...
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