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Sorties cinéma Sorties Cinéma en Avril 2010 Mercredi 21 Avril
Les critiques de la rédaction :
Kick-Ass
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Un film américain de Matthew Vaughn avec Aaron Johnson, Nicolas Cage, et Chloe Grace Moretz

Genre : Action - Durée : 1H57mn

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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma

Par Guillaume Gas
Tous les genres ont leur date limite de péremption, et cela se constate lorsque l'un d'eux a du succès. Car c'est généralement lorsque le citron à idées a été pressé dans tous les sens que l'on trouve le moyen de réétudier le genre, de l'analyser méthodiquement et d'en tirer des leçons. Il y a quelques années, victime d'un essorage massif commandité par des studios hollywoodiens uniquement préoccupés par leurs dividendes, le ''teen-movie'' s'était vu parodié avec succès dans SEX ACADEMY, et même le ''slasher-movie'', bousillé par des projets sans âme et sans idées, n'a pas manqué de disparaître aussi vite qu'il est arrivé. A l'heure où le filmage en relief 3D risque fort de subir le même châtiment, un cinéaste anglais reprend à son compte la mythologie du super-héros qui, il faut bien l'admettre, commençait à tourner un peu rond. Si l'on excepte une poignée d'œuvres qui ont su questionner l'immixtion du mythe dans la réalité (WATCHMEN et THE DARK KNIGHT en tête), la plupart des films explorant l'univers des différents comics semblaient avoir pour unique ambition de satisfaire les jeunes rednecks décérébrés, tout juste bons à ingurgiter du pop-corn devant n'importe quel cartoon Nickelodéon. Entre un HANCOCK qui s'est couvert de ridicule, trois SPIDER-MAN mal équilibrés entre sérieux et décalage, un GHOST RIDER trahi de façon abominable, et un groupe de 4 FANTASTIQUES transformés en figurines pour paquets de céréales, on ne donnait pas cher de la longévité des super-héros sur grand écran. De son côté, Matthew Vaughn ne l'entend pas de cette oreille et s'est amusé à brouiller les pistes. Difficile de savoir aujourd'hui si son film va sonner le glas du genre ou lui apporter un réel renouveau, mais le traitement opéré fait presque le même effet qu'un coup de poing américain dans les cojones. Bien plus que le plus bel hommage postmoderne que l'on puisse rendre à la culture geek, KICK-ASS est surtout la grosse baffe méta-textuelle que tout cinéphage digne de ce nom n'en finissait plus d'attendre. Cool.

La question est posée dès le départ : qui n'a jamais rêvé d'être un super-héros ? Fantasme absolu autant que matériau prétexte à un déchaînement d'adrénaline, le super-héros est ici remis en cause par une intrigue qui puise sa réflexion dans un travail sur les codes des adaptations ciné de comics. A contrario d'un Mark Millar qui utilisait la BD ''Kick-Ass'' pour ironiser brillamment sur la mythologie des comic-books, Matthew Vaughn reprend à son compte l'imaginaire héroïque que Hollywood semblait avoir récupéré et s'éclate à en briser toutes les règles. Ainsi donc, si le parcours de son héros semble proche de celui de Peter Parker dans SPIDER-MAN et si certains détails frappent tout de suite la mémoire cinéphile (le costume de Big Daddy est une référence futuriste au costume d'Adam West dans BATMAN), le film de Vaughn se plait à plonger en pleine modernité. Plus que n'importe quel autre adaptation de comics engoncée dans son propre univers et détachée du réel, nous sommes face à une œuvre totalement d'actualité, reflétant de façon ludique et provocante la présence du mythe dans nos existences personnelles. Le statut de ''geek'' est également mis en valeur avec une subtilité que n'aurait pas renié Kevin Smith : à force de s'ennuyer dans son quotidien morose, de paraître invisible aux yeux des filles du lycée (c'est bien là son seul super-pouvoir !) et de relancer la productivité des Kleenex en pratiquant la masturbation compulsive, le protagoniste s'invente une passion, la dévore jusqu'à y trouver une source d'épanouissement, et ne s'en sépare jamais, y compris lorsqu'il se fait tabasser, poignarder ou carrément renverser par une bagnole ! Pour lui, être un super-héros ne nécessite pas de super-pouvoirs, mais juste la volonté et la détermination à faire triompher le Bien sur le Mal. Toutefois, hors de question pour Vaughn de tourner la mouvance ''geek'' en dérision ou de fustiger l'attitude vaine de ce loser magnifique, puisque le film épouse totalement la perception mentale de son héros.

A partir de là, KICK-ASS devient un film infiniment libre et s'autorise tous les excès, qu'il s'agisse de multiplier les formats d'image relatifs à la jeune génération (YouTube, MySpace, Facebook, sites Web...), de jouer sur la subjectivité du filmage lors des séquences d'action (voire cette sidérante scène de fusillade tournée comme un FPS en caméra thermique), d'épicer l'ensemble d'un sens du décalage royalement amené (les costumes flashy au cœur d'un univers hautement moderne) , d'oser des séquences trop trash pour un blockbuster hollywoodien (quand avez-vous déjà vu un père de famille tirer sur sa gamine pour lui montrer la résistance d'un gilet pare-balles ?!?) ou encore de renouer avec la violence trash des meilleurs comics pour adultes. Car, oui, KICK-ASS n'est pas un film aimable. Au contraire : avec ses éclairs de violence sèche et décomplexée, Matthew Vaughn et l'auteur Mark Millar semblent avoir eu pour envie de nous filer une dizaine de claques par minute et de défier la censure. Pourtant, derrière cette grenade dégoupillée aux risques élevés de dommages collatéraux se cache une vraie démarche d'artiste : celle de recréer la violence du comic-book en la plaçant dans un univers qui ne semble pas la désirer. Provocateur jusqu'au ciboulot, Vaughn n'a que faire du réalisme et des bonnes mœurs : il envoie tout promener. De la même manière que Tarantino a su créer le décalage par l'insertion de violence sèche dans des situations propices au drame quotidien ou au comique de situation, le cinéaste filme chaque scène d'action comme une gifle inattendue dont le montage percutant et la brutalité exacerbée agissent comme des baffes avant de devenir finalement une réelle porte de sortie au conformisme. Etant donné que les super-pouvoirs n'existent pas, autant user au maximum de ce qui reste : cogner les bad guys avec un tonfa, leur foutre des décharges de taser entre les deux yeux, cisailler découper au sabre le moindre abruti qui lance une menace de mort, et recourir au bazooka quand il y a trop de monde à zigouiller. Et quand tout ça se déroule pour de vrai sous nos yeux ébahis, autant dire que ça défoule sévère.

Ici, le super-héros n'est plus un stéréotype enfermé dans la fiction, mais une vraie entité fantasmatique qui déborde sur le réel et sur laquelle les jeunes générations se projettent. Mais même si la chute n'est jamais loin pour ceux qui visent trop haut, le réalisateur évite toute menace démago et redouble d'audace en accentuant le délire fun qui se met en place par l'insertion de nouveaux personnages hauts en couleur. Pour preuve, même le kamikaze Kick-Ass, dépassé par ses ambitions démesurées et ses rêves de fuite en avant existentielle, en arrive à se faire tout petit lorsque se pointent deux concurrents de taille : le mentor Big Daddy, homme veuf qui reprend les collants de Batman, et la redoutable Hit-Girl, gamine du précédent qui manie le couteau aussi bien qu'elle ferait passer la Mariée de KILL BILL pour une novice en kung-fu. Ne manque plus qu'un gosse de riche sadique et égocentrique surnommé Red Mist, qui, histoire de rivaliser avec la petite smala précitée et de servir les vils intérêts de son connard de paternel (désolé, y a pas d'autre mot...), s'attife comme un sataniste fan de Tokio Hotel et conduit une bagnole surchargée de gadgets en tous genres. Aux côtés d'un étonnant Nicolas Cage qui n'en finit plus de revenir en force depuis le remarquable remake de BAD LIEUTENANT, les jeunes acteurs explosent l'écran et dévoilent une énergie que peu d'acteurs hollywoodiens auraient le culot de déverser sur grand écran (on retiendra surtout Chloe Moretz, définitivement LA révélation du film). Tellement fun et dément qu'il en devient presque traître de trop en révéler, KICK-ASS se veut surtout une œuvre réflexive et consciente sur notre époque, tellement étouffante qu'il en devient vital de se lâcher et de fouiller la culture. Tout comme les cinglés de CLERKS II rejettent la normalisation et vantent le droit à la différence, ces super-héros sans super-pouvoirs forment une nouvelle force de résistance contre le social et, surtout, contre un cinéma timide qui ne prend plus la peine de se différencier. A la surprise générale, Matthew Vaughn offre aux comics leur revanche sur grand écran, violente et mal élevée. L'affiche ne mentait pas : KICK-ASS a tout du film-geek à la fois cool, pop, hilarant, incorrect, insolent et définitivement fédérateur, dont l'objectif a peine dissimulé n'est autre que de botter le cul de son spectateur, au propre comme au figuré ! So, enjoy, my friend... and suck my geek !


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Au 22 Mai 2012
Source : cbo-boxoffice
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