Sorties cinéma Sorties Cinéma en Mars 2010 Mercredi 24 Mars | Les critiques de la rédaction : White Material---------------------------------------------------------------Un film français de Claire Denis avec Isabelle Huppert, Isaach de Bankolé, Christophe Lambert, et Nicolas Duvauchelle
Genre : Comédie dramatique - Durée : 1H42mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Gas
Si l'on souhaitait trouver une ou plusieurs constantes dans le cinéma infiniment riche de Claire Denis, ce serait sans conteste l'expression des personnages et le sens de l'atmosphère. Car, chez cette cinéaste aussi talentueuse que curieuse, il y a toujours un désir de cinéma palpable qui se ressent à travers l'ambiance et l'attitude des acteurs. La patte de Claire Denis, c'est de gommer la psychologie pour que les personnages tirent leur consistance à travers le mouvement, et aussi d'éveiller les sens à partir d'une matière filmique à forte vocation atmosphérique. Pour les cinéphiles qui suivent encore aujourd'hui son parcours, difficile encore d'oublier le sensuel BEAU TRAVAIL ou l'électrochoc TROUBLE EVERY DAY, films qui osaient marier une esthétique spécifique rattachée à un certain cinéma (de genre ou d'auteur) à un travail monstrueux sur l'expression corporelle. En cela, les premières images de WHITE MATERIAL nous rassurent sur la santé de Claire Denis, toujours vivace : des plans à la fois courts et oniriques, comme déconnectés les uns des autres, et desquels il semble se dégager un mystère, une matière. Et les moments de grâce comme ceux-là sont nombreux dans le film, enveloppés dans une photographie solaire et bercés par la musique hallucinante des Tindersticks. Là où la (semi-)déception pointe un peu son nez, c'est lorsque la narration du film se sent obligée de raconter une histoire de façon assez gadget, à savoir une structure narrative striée de flash-backs qui atténuent le mystère plus qu'ils ne l'enrichissent. Terrain connu ou terre inconnue ? Un peu des deux, sans doute, mais les intentions sont là...
WHITE MATERIAL se focalise en outre sur un point intéressant : la guerre civile en Afrique, la situation des colons français et le phénomène des enfants-soldats (que l'on avait pu voir récemment dans l'horrible JOHNNY MAD DOG). On se doutait à l'avance que Claire Denis n'allait pas chercher à résoudre ce genre de conflit par une sorte de verve dénonciatrice, mais cette façon de prendre un sujet très contemporain et de le caler sur le rythme d'un drame familial sans prendre le temps de le traiter dans ses grandes lignes finit par poser un petit souci. Dans la plupart de ses films précédents, elle ne s'était jamais frottée à un sujet de ce genre, se contentant de filmer des êtres en perdition ou hantés par un besoin de déracinement social, sans les charger avec des événements réels. Ici, la cinéaste cherche bien à adopter le point de vue subjectif de cette famille de colons implantée en Afrique (notons que le pays n'est jamais cité), sur la base d'une réalisation quasi documentaire où cet effet de ''caméra à l'épaule derrière la nuque des acteurs'' renvoie directement au cinéma des frères Dardenne (précisons d'ailleurs que ce parti pris filmique commence à devenir une mode depuis quelque temps). Reste qu'en dehors de l'exploration sensitive du quotidien d'une femme enfermée dans sa ténacité, Claire Denis se contente juste de raconter une histoire et ne laisse pas ainsi le mystère imprégner (ou emporter) le film. Nous ne sommes plus dans le film, mais devant le film, alors que l'inverse aurait été préférable. Enfin, si l'on retrouve quelques têtes connues (Nicolas Duvauchelle, Isaach de Bankolé...) ou moins connues (Christophe Lambert) dans la filmo de Claire Denis, la prestation d'Isabelle Huppert continue encore de poser problème. Au fil des années, ce n'est pas vraiment que l'actrice ait pu agacer avec son jeu figé et uniforme (depuis LA PIANISTE, pourquoi joue-t-elle toujours le même rôle, le même regard, les mêmes attitudes ?), mais cette rigidité corporelle aura fini par la rendre réellement antipathique. On attend donc le jour où elle investira un rôle plus joyeux et moins cadenassé de l'intérieur.
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