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Sorties cinéma Sorties Cinéma en Février 2010 Mercredi 10 Février
Les critiques de la rédaction :
La Horde
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Un film français de Yannick Dahan et Benjamin Rocher avec Claude Perron, Jean-Pierre Martins, et Eriq Ebouaney

Genre : Horreur - Durée : 1H30 mn

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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma

Par Guillaume Gas
En ce qui concerne le 7ème Art, l'exercice critique n'a jamais été quelque chose de facile, surtout lorsque l'équilibre entre objectivité et subjectivité se voit contrarié. C'est déjà souvent le cas lorsqu'un film de cinéma fait écho à la sensibilité personnelle du critique au point de prendre l'avantage sur les réelles caractéristiques de l'oeuvre (c'est aussi valable dans l'autre sens). Aussi, en ce qui me concerne, chroniquer LA HORDE ne relevait pas seulement de la gageure, mais carrément du numéro d'équilibriste. Pas seulement en raison de ses promesses d'un pur film de genre bourrin et radical (genre que je défends bec et ongles depuis le génial NID DE GUÊPES de Florent-Emilio Siri), mais plutôt en raison de la personnalité délicate d'un des réalisateurs de la chose : le désormais célèbre et controversé Yannick Dahan. Depuis ses débuts sur la revue ''Positif'' jusqu'à ses commentaires incisifs et éclairés sur le cinéma de genre à travers l'émission culte ''Opération Frisson'', le bonhomme s'est toujours caractérisé comme un journaliste rentre-dedans, défenseur acharné d'un cinéma à la fois évocateur et transgressif, pour qui la mise en scène serait la pierre angulaire de toute réussite cinématographique (sur ce point, on ne peut que le suivre). En cela, malgré une agressivité un poil ostentatoire dans les propos, une vision aussi anticonformiste du 7ème Art suffisait à apporter un peu de fraîcheur et de décontraction. Après, que l'on soit d'accord ou pas avec les arguments importait peu... Après avoir passé ses années à défendre un point de vue argumenté sur le cinéma, quoi de mieux pour le confirmer que de passer soi-même derrière la caméra ? Alors que le cinéma de genre français commence (très) lentement à reprendre du panache, Yannick Dahan et son collègue Benjamin Rocher se sont visiblement posés la question, et se sont lancés dans un nouveau projet de cinéma de genre à la française, histoire d'y apposer leur propre regard et d'apporter leur contribution artistique.

C'est là qu'entre en jeu tout le problème : en cas de réussite ou de déception, comment réagir lorsqu'un point de vue aussi intéressant allait se retrouver sur la toile de cinéma ? Entre une objectivité délicate à conserver et une subjectivité délicate à canaliser, pas facile de trouver un juste milieu. Par chance, les premières images du film abolissent toutes nos craintes, tant l'incroyable réussite du film ne fait pas le moindre doute. Au travers d'une séquence d'enterrement qui se focalise avant tout sur une lisibilité parfaite, une absence quasi totale de dialogues et un domination du visuel sur le verbal, Dahan & Rocher dévoilent l'objectif de leur film : faire primer la mise en scène et la rythmique du montage sur tout le reste (le retour positif de John McTiernan sur le film au dernier festival de Gerardmer n'a rien d'illogique). Sans jamais perdre de vue la minceur revendiquée de leur pitch (hérité d'ASSAUT, on s'en doutait bien...), les deux cinéastes en mettent plein la vue, élaborent leur mise en scène à chaque instant, et stimulent le cortex de temps à autre. Sur ce dernier point, la psychologie des personnages avait beau sentir un peu le roussi au bon d'un quart d'heure (surtout lorsque Claude Perron hurle sa rage : grand moment de ridicule !), la suite des festivités se définit comme une suite de péripéties attendues mais constamment réversibles, où les stéréotypes sont vite évacués, où les rôles s'inversent, où les caractères menacent d'exploser à tout moment. La qualité de la photographie, aussi héritière des chromos eighties à la Peckinpah que de la stylisation graphique façon comic-book, est aussi intéressante car elle vrille nos perceptions en switchant non-stop le réalisme cru et le bourrinage décomplexé à la DOOM. Tout cela participe à la réussite d'un film généreux, quasi intemporel, prévisible et imprévisible à la fois, sans cesse travaillé par une récupération des figures iconiques du cinéma de genre. Et n'oublions pas le sens de l'atmosphère, proprement dément : outre une musique étrange qui rappelle celle des meilleurs FPS, le film crée une authentique sensation de tension et de suspense, que seuls Danny Boyle et Juan Carlos Fresnadillo avaient su retranscrire dans leurs films zombiesques respectifs (les meilleurs du genre, rappelons-le). Devant tant d'énergie et de générosité, même la dernière bouse de papy Romero n'est plus qu'un ersatz grabataire et neurasthénique, tout juste bon à bousiller son propre univers.

Reste le sous-texte du film, à supposer qu'il en ait réellement un. Surprise : c'est bel et bien le cas, même s'il est envisageable que les deux réalisateurs s'en défendent. De tout temps, le cinéma de genre a su imposer un regard à la fois discret et symbolique sur le monde contemporain, qu'il s'agisse d'un système social corrompu ou de la souffrance de l'individu au sein d'une société chaotique (en France, les définitifs FRONTIERE(S) et MARTYRS en sont les deux plus beaux exemples). En ce qui concerne LA HORDE, on pouvait légitimement s'interroger sur le choix d'une banlieue chaude comme cadre à une apocalypse de zombies, mais l'évidence s'impose d'elle-même dès le changement radical de genre à mi-chemin. Au travers de références aussi claires que John Carpenter (pour l'association de forces contraires en milieu hostile) et Olivier Marchal (pour le réalisme sec d'un monde policier gangrené de l'intérieur), Dahan et Rocher illustrent un jeu de survie apocalyptique au coeur d'un univers d'une proximité immédiate avec le monde moderne. La présence de flics désespérément pathétiques à la MR73 et de gangsters iconiques à la BANLIEUE 13 apparait évidente, dans la mesure où les premiers ne sont plus ici les gardiens de la loi et ne vivent que pour une rage vengeresse inutile, et où les seconds n'ont plus le code d'honneur des voyous d'antan. Pour chaque camp, chacun semble enfermé dans son propre cliché, tout espoir semble anéanti en faveur d'un certain nihilisme, et toute forme de morale se voit abolie au profil d'une brutalité tous azimuts, d'autant plus évocatrice qu'elle n'est jamais justifiée par quoi que ce soit. Du coup, difficile de ne pas voir cette horde de zombies comme la métaphore d'une colère rebelle et exacerbée envers une société en perdition, envers la dégénérescence qu'elle exhume et, pourquoi pas, envers les carcans hypocrites qu'elle impose. LA HORDE, film contestataire ? Non. Jamais le film ne se prend vraiment au sérieux : ses petits détails politiques ou subversifs sont comme de petits zombies dans un gigantesque paysage de chaos urbain. Juste de petites piques qui enrichissent l'univers sans en être la pierre angulaire.

Il fallait aussi s'y attendre : l'esprit subversif de Dahan ne manque pas d'éclabousser le jeu de massacre. Déjà, on n'oubliera pas de sitôt le personnage d'Yves Pignot qui, derrière son statut de sidekick comique, se révèle vite être un sacré taré, fusillant les zombies à la mitrailleuse comme pour raviver son désir de violence post-Indochine. Mais la plus grande scène du film restera à coup sûr cette humiliation malsaine d'une femme-zombie, longuement torturée par des êtres humains qui semblent y prendre leur pied. A force de durer, la scène passe du fun au malaise le plus total. En cela, le film s'inscrit illico presto dans la lignée des meilleurs films de Rob Zombie qui, au travers d'une violence frontale et jouissive, témoignaient avant tout d'une abolition totale du manichéisme au profit d'une radioscopie tétanisante de la nature humaine. Entre bouchers inhumains et bouffeurs d'intestins, qui est le pire ? A vrai dire, on n'a même pas le temps de se poser la question, tant le film fonce pied au plancher, allant crescendo dans la tension maximale jusqu'à une dernière demi-heure orgasmique à n'en plus finir. A travers ses pincées d'humour déjanté et ses séquences ultraviolentes qui nous perfusent l'adrénaline, le film se veut avant tout un pur plaisir de cinéphile geek, respectueux de ses modèles comme de ses spectateurs. En cela, dès qu'il s'agit de faire parler la poudre et de se lâcher dans le gore outrancier (mais pas crade pour autant), Dahan & Rocher déballent leur créativité avec une rage démentielle. Il faut y voir Claude Perron massacrer un zombie dans une cuisine avec une sauvagerie hallucinante, Jo Prestia qui se tatane deux morts-vivants débiles dans un couloir étroit, ou encore ce passage purement iconique où le charismatique Jean-Pierre Martins se lève face à une armée de bouffeurs sanguinaires, dans un instant de sacrifice total. Et n'oublions pas non plus Yannick Dahan lui-même, qui aura eu l'audace de se faire carrément sauter le caisson le temps d'un savoureux cameo, histoire de finir le film sur une explosion massive. Pas n'importe laquelle, celle du talent. De quoi laisser éclore un vrai talent de réalisateur, et prouver une fois pour toutes que le bonhomme est définitivement ''bad(ass)''. Ça tombe bien, c'est tout ce que l'on attendait de lui. Horde atteinte, et bien plus encore.


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Au 31 Janvier 2012
Source : cbo-boxoffice
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