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Sorties cinéma Sorties Cinéma en Février 2010 Mercredi 24 Février
Les critiques de la rédaction :
Shutter Island
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Un film américain de Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley

Genre : Thriller - Durée : 2H15 mn

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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
La note de la rédaction :

Par Jacques Coulardeau
CAUCHEMAR PSYCHIATRIQUE. Ne nous trompons pas sur la marchandise. Ce n’est pas un film policier ou un thriller bon marché. C’est un film hautement politique et qui nous parle d’enjeux vitaux pour notre avenir. C’est d’abord la reprise de ce thème de l’horreur héritée de la deuxième guerre mondiale, et en particulier celle de la découverte des crimes monstrueux commis dans les camps de concentration, dans ce film Dachau. C’est absolument banal de dire comment les deux principales puissances victorieuses ont récupéré autant de scientifiques allemands que possible, y compris dans le domaine de la médecine, pour leur faire continuer leurs recherches dans des conditions protégées. Il est banal de dire que les prisons et les orphelinats ont été des lieux infernaux de torture et de violence à des fins d’expérimentation médicale ou autre et de châtiment sans commune mesure avec la moindre notion d’humanité. Le deuxième niveau est le traitement des criminels qui sont au-delà de toute réforme, ou récupération. Doit-on les lobotomiser pour les transformer en gentils animaux domestiques ? Ou bien les soumettre à des traitements de chimiothérapie tels qu’ils en deviennent des zombies pharmaceutiques absolument manipulables. Ou bien encore les manipuler mentalement pour qu’ils se convainquent de leurs crimes et de la justesse du châtiment qui leur est imposé. Quelle que soit la solution retenue nous sommes dans l’inhumain. Le summum de cet inhumain est la production d’outils humains totalement inconscients et utilisables dans des guerres. Mais le film va encore plus loin et nous n’avons pas de solution finale. Soit les deux policiers étaient bien des policiers et ils ont été kidnappés par l’autorité de cette prison psychiatrique pour les empêcher de provoquer une enquête sur les maltraitements et expérimentations pour le moins non éthiques de cet établissement. Soit ce sont les médecins qui ont raison à la fin et les deux policiers était l’un un criminel et l’autre son médecin. Il n’en reste pas moins alors finalement que le choix est bien de soit vivre en monstre (même si on ne l’est pas puisque toute défense contre un édit diagnostic médical devient une preuve de la justesse de ce diagnostic) ou bien de mourir dans la dignité, sans que l’on sache vraiment ce que cette dignité peut bien être dans les circonstances présentes ; On a là le style de Scorsese en concentré extrême.

Dr Jacques COULARDEAU,


Par Guillaume Gas
A quoi bon continuer à se faire des idées sur la longévité créatrice de ces cinéastes qui ont depuis longtemps passé le cap de la cinquantaine ? Cela ne sert à rien, puisque l'âge n'est plus une donnée valable qui suffirait à aiguiller notre regard critique, même si pas mal d'exceptions demeurent. Car, en effet, si la Nouvelle Vague n'en finit plus de griller toutes ses cartouches au fil des années (Rohmer et Rivette ne sont plus que des ombres de cinéastes), des génies comme Clint Eastwood ou Martin Scorsese poursuivent avec bonheur leur recherche créatrice d'un cinéma évocateur et travaillé, chargé en émotions diverses et où toute l'attention est concentrée vers le cortex du spectateur. Dans le cas du génie furieux à l'origine de TAXI DRIVER et des INFILTRES, la surprise de ce nouveau long-métrage fera à coup sûr l'effet d'un big bang émotionnel. Non pas parce que Scorsese s'est remis des échecs successifs de KUNDUN et d'A TOMBEAU OUVERT en revenant à un cinéma ample et protéiforme, mais parce que ses précédentes incursions dans le cinéma de genre n'avaient jamais atteint un tel niveau d'éblouissement. SHUTTER ISLAND se voulait être sa tentative de réappropriation du thriller fantastique, mais dérive progressivement vers autre chose qu'il convient de ne pas trop révéler. Vous l'aurez donc compris : nous revoilà une nouvelle fois devant un ''film à twists'', dont la règle immuable consiste à maîtriser suffisamment les non-dits et les coups de théâtres pour qu'une seconde vision (voire plus) soit tout aussi surprenante. Or, non seulement Scorsese claque le bec à tous ceux qui oseraient douter de son génie sur ce point précis, mais perfectionne davantage sa mise en scène pour opérer une plongée graduelle au coeur de la folie post-traumatique.

Tiré d'un bouquin de Dennis Lehane, le scénario respecte la construction classique du thriller à énigmes, exposant ainsi les éléments nécessaires à la compréhension de l'intrigue, mais attire petit à petit l'attention du spectateur vers une autre direction. On connaissait déjà le goût du cinéaste pour les personnages torturés, voire névrosés, placés dans des atmosphères tendues où la culpabilité côtoyait la folie, mais sa caméra devient ici l'outil d'un projet plus ambitieux : la création d'un univers mental et incertain, doublé de la dissimulation d'un horrible traumatisme. Dès le premier plan, où un bateau sort d'une brume fantomatique pour débarquer sur une île isolée où se trouve un mystérieux hôpital psychiatrique, tout semble dit : voyage parmi les spectres, exploration intime de la psyché collective, recherche de l'innocence perdue, basculement du réel vers une autre dimension. La suite ne sera pas de tout repos, puisque le déroulement de l'enquête se verra zébré de nombreux flashs mentaux faisant écho aux traumas profonds du protagoniste. Pour celui-ci, explorer cette île isolée à la recherche d'une patiente visiblement évaporée sans explication, c'est courir après un fantôme dont la réalité reste incertaine. C'est opérer un jeu de piste mental sans échappatoire, comme un rat qui explore inlassablement les dédales d'un labyrinthe. C'est explorer un monde taré dont les allures de huis clos mental font sans cesse écho à sa propre psyché, et qui, du coup, peuvent réveiller les pulsions dérangeantes de chacun. Le jeu magistral de DiCaprio, tout en fiévreur exacerbée et en tension maximale, participe à cette subjectivité maladive qui prend possession de notre esprit. Les axes de caméra, le choix des focales, la rythmique des plans, la composition des cadres, la mise en valeur des perspectives et des arrières-plans, tout devient un énorme trompe-l'oeil où les degrés de réalité se brouillent et où la boussole des perceptions part en vrille dans chaque séquence. En cela, Martin Scorsese atteint constamment un absolu dans la mise en scène de l'indicible. Bluffant.

Regorgeant d'images-chocs, où l'horreur succède à la paranoïa de façon imprévisible, SHUTTER ISLAND ménage aussi d'infimes variations sur la frontière ténue entre réalité et folie, notamment lorsque la thématique de la violence revient hanter le protagoniste, qu'il s'agisse des massacres nazis ou d'un dialogue éminemment vicieux (soufflé par un terrifiant Ted Levine) sur la nature barbare de l'humanité. Pour une fois, si le cinéaste choisit de ne pas parler en filigrane de l'Amérique (comme il l'avait toujours fait jusqu'à présent), il ne s'est évidemment pas empêché de glisser quelques piques, parfois avec humour, à croire que son film puisse être une radioscopie dérangeante d'une société américaine régie par la violence et la paranoïa. Et pourquoi pas ? Après tout, outre ses fulgurances visuelles, ses rebondissements-surprises et son atmosphère à couper au couteau, le film ose jouer avec une certaine imagerie du polar : Scorsese fait preuve d'un classicisme apparent qu'il se plait à tordre dans la scène qui suit, comme si le thriller américain des années 50, quasiment emblématique en terme de codes et d'ambiance, se voyait revisité par un esprit torturé qui en pervertissait tous les acquis pour les revisiter. Ce qui, finalement, permet au cinéaste de questionner son propre support et de transformer son film en mise en abyme virtuose sur la construction du thriller. Avec un tel brio, il aurait été quasiment envisageable d'égaler les chefs-d'œuvres du thriller labyrinthique, qu'il s'agisse du LOCATAIRE de Polanski ou de L'ANTRE DE LA FOLIE de Carpenter. Et là, difficile de ne pas éprouver un certain regret au regard du méga-twist final : aussi génial et imprévisible soit-il, il n'en demeure pas moins trop explicatif, et du coup pas assez énigmatique et ouvert pour encourager de nouvelles pistes d'interprétation après la projection du film. Peu importe : de façon générale, la seconde vision permettra surtout d'examiner à nouveau les indices visuels et narratifs que Scorsese a placé ici et là pour orienter à sa guise notre propre perception de la réalité, et cela constitue malgré tout l'un des plus gros coups de chapeau qu'on puisse lui adresser. Une nouvelle preuve que, malgré sa longévité, Scorsese reste un cador. Et que ce film fiévreux, terrible et oppressant, est peut-être son meilleur depuis très longtemps.


Par André Ruellan
J'ai la modeste habitude de prendre quelques notes durant les projections afin de rafraîchir mes neurones d'occasion. Et bien pour cette " SHUTTER ISLAND ", je peux balancer ces griffonnages dans le container-papiers, tant ce démon de SCORSESE mène le spectateur par le bout du nez quant au déroulement de l'action. On a envie de rouspéter tant on se sent bête de s'être laissé berner pareillement.
D'autant que le réalisateur joue le jeu et dépose tout au long de son film des images et des commentaires bizarres, mais son talent se joue d'un scénario pas forcément inédit, au gré de séquences un peu tarabiscotées que l'on avale sans sourciller, même si quelques points d'interrogation se mêlent à cette drôle d'action.
De toute façon, SCORSESE décrit l'enfer et la folie de façon hallucinante, servi par une image et des bruits diaboliquement saisissants au gré de sa panoplie favorite d'effets et de personnages extravagants dont il livre le secret au final.
J'ai admiré pourtant, bien que désabusé de m'être ainsi fait piégé par des références cauchemardesques, faussement psychiatriques du langage des rêves, enrubannées d'une réelle beauté plastique qui puise dans l'Histoire de l'Art, et une interprétation remarquable de Leonardo Di CAPRIO que l'on ressent tour à tour naïf et déterminé face à l'excellent Ben KINGSLEY et à une star du cinéma suédois: Max von SIDOW.


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Source : cbo-boxoffice
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