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Sorties cinéma Sorties Cinéma en Février 2010 Mercredi 03 Février
Les critiques de la rédaction :
Sherlock Holmes
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Un film britannique de Guy Ritchie avec Robert Downey Jr., Jude Law, et Mark Strong

Genre : Aventure - Durée : 2H05 mn

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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
La note de la rédaction :

Par Jacques Coulardeau
L’AMITIÉ MÂLE ENTRE DEUX HOMMES ET DEUX FEMMES. La version française semble un peu bizarre et je me demande ce que « s’écluser entre deux écluses » peut bien vouloir dire. Mais le film mérite beaucoup plus qu’un simple regard de curieux blasé. Il y a d’abord ce Londres de la fin du 19ème siècle, à peine plus vieux que celui d’Oliver Twist. Il a été peint et dépeint des centaines de fois, avec sa boue, ses rats, ses putes et ses voleurs. Même si passer des sous-sols de Westminster Palace au Tower Bridge en une seconde et en continuité semble bizarre quand on sait qu’il y a bien quatre ou cinq kilomètres entre ces deux monumentaux lieux de Londres. Rien de bien neuf dans tout cela cependant, et même certains films sont plus réalistes tout en étant plus contrastés entre les deux mondes des pauvres et des riches. Ici la boue et la fange sociale ne sont là que pour servir d’écrin au crime aristocratique de l’établissement d’un ordre fasciste fondé sur une société secrète qui pratique le sacrifice humain pour se distraire l’âme le samedi soir avant d’aller à l’église. Mais aussi au crime scientifique qui veut contrer ce crime aristocratique, bien qu’il en ait peu cure. Ce crime scientifique ne cherche pas à enchaîner le monde ni à conquérir le pouvoir, mais à rendre scientifique le vol et l’enrichissement illégal vu comme un sport mental et physique de premier ordre pour la survie et le développement mental et génétique de l’espèce, Darwin oblige. Cela est fort bien montré, décrit, perçu et cette criminalité de l’ombre de la nuit qui veut se traiter comme un art, le huitième des beaux arts, celui de la malandrinerie, est fascinant et n’a rien à envier à nos Rouletabille ou Arsène Lupin. Mais le film met l’accent sur le couple Dr Watson et Sherlock Holmes, un couple qu’il décrit volontairement comme homo-amical : une amitié entre deux hommes qui dépasse toutes les limites de l’entendement, de la raison, qui est de l’ordre de la déraison. Ces deux hommes s’aiment tellement qu’ils ne peuvent pas passer une journée sans faire quelque chose ensemble. Ce quelque chose doit être viril et puissant, physique et mental, mais j’insiste sur le caractère viril de ces actions. Et quoi de plus viril que de combattre le crime, tant artistique que fasciste. Et là l’action n’a pas de limites, pas la moindre limite. Dis moi comment tu te bats et je te dirai qui tu es et qui tu seras. Film d’action intense, ce film est aussi un film de profonde émotion en forme de suspense mais qui n’en reste pas moins émotionnel. Sauver Irene Adler de la scie à ruban découpeuse de cochons n’est que la marque d’une profonde émotion amoureuse de Sherlock Holmes pour cette femme. Il la sauve parce qu’il l’aime et elle le laisse la sauver parce qu’elle l’aime, même si cet amour est impossible et ne peut être que de la satisfaction marginale, une fois que Sherlock est drogué ou en tenant Irene pour l’empêcher d’être découpée comme une truie. Le pauvre Docteur Watson n’est pas plus heureux avec sa Mary, même s’il l’épouse. Ce mariage ne pourra réussir que si Mary accepte de se faire pratiquement l’intermédiaire entre les deux hommes et donc d’amener le sien âme et conscience liées aux pieds de l’autre pour le servir en fidèle observateur mesmérisé. C’est en acceptant cette homo-amitié qu’elle pourra jouir de la sexualité de ce Docteur qui n’a bien sûr pas la moindre envie de satisfaire une quelconque attirance sexuelle pour Sherlock, attirance sexuelle qui d’ailleurs n’existe pas, du moins le film fait en sorte d’être clair sur cet aspect sans le préciser avec une certitude absolue. C’est ce qui fait de ce film un film fort : il est centré sur une dimension émotionnelle que seuls deux hommes qui vivent une telle expérience peuvent comprendre. C’est le sens de l’amitié entre hommes que Walt Whitman a illustrée si merveilleusement dans sa poésie. Pris ainsi ce film est d’une fraîcheur et d’une candeur qui mérite toutes les louanges du monde. Pris comme un simple film d’aventure il est plutôt simpliste. Mais j’aime les émotions fortes entre individus humains au-delà des conventions simples de la sexualité qui ont pignon – c’est le cas de la dire – sur rue, avec coupole coiffante car on ne doit jamais sortir découvert.

Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Université Paris 8 Saint Denis, Université Paris 12 Créteil, CEGID Boulogne Billancourt


Par Guillaume Gas
Toucher à l'œuvre de Conan Doyle pour la moderniser, c'est prendre un terrible risque. A la fois celui de trahir le matériau de base, et, pire encore, de ne pas savoir où aller pour respecter l'esprit initial sans le ridiculiser. Guy Ritchie s'y est pourtant risqué, et il n'aurait jamais dû. Car SHERLOCK HOLMES est un film qui, à force d'avoir le cul entre deux chaises, finit par ne ressembler à rien. Une scène spécifique du film résume à elle seule tout le problème : après avoir sauvé sa belle d'une mort certaine, Holmes se retrouve assailli par plusieurs explosions, filmées au ralenti sous différents angles, avec du violon désaccordé en guise de bande-son. Une démonstration idéale de la vacuité du projet artistique. Certes, le ralenti n'est pas une surprise en soi, puisqu'il s'agissait déjà d'un gimmick récurrent dans la filmo de Guy Ritchie, connu pour épicer sa mise en scène d'une bonne dose de stylisation, ce qui lui a souvent valu les foudres des critiques. Il n'empêche que son style prenait une certaine dimension dans des scénarios tarantinesques où les personnages, croqués pour leur allure et non pour leur substance, devenaient les pièces d'un jeu malicieux sur les codes et les attentes du spectateur. A ce titre, le jouissif ROCKNROLLA et le trop sous-estimé REVOLVER étaient de purs exercices de style, novateurs et brillants. Avec ce nouveau film, Ritchie s'apprêtait visiblement à opérer le changement dans la continuité. Son but : conserver l'esprit de l'œuvre originale sans pour autant renier sa patte de cinéaste. Soit, mais à quoi bon, si le film part dans tous les sens au point de perdre toute identité ?

Difficile de marier le film d'époque et la comédie potache, quand la reconstitution prend le dessus sur les enjeux et quand le scénario se traîne sur presque deux heures. Sous l'impulsion d'un Robert Downey Jr qui transpose son personnage de Tony Stark au cœur de l'Angleterre du XIXème siècle, le film étire une intrigue sans intérêt où il est question de magie noire, de complots politiques, de méthodes martiales, de sexe en chambre, de combats de rue et de perception extralucide. Des ingrédients qui ne se marient pas très bien ensemble, et que Ritchie passe au shaker sans se préoccuper de dévoiler un vrai point de vue de cinéaste. Même lorsqu'il se concentre sur l'amitié particulière entre Holmes et Watson (joué par un Jude Law qui a souvent l'air de s'ennuyer), rien ne surnage vraiment, à part que l'un est doué d'un sens de la déduction aussi incroyable que son ego, et que l'autre s'avère plus raisonné et réfléchi. Les deux figures classiques du buddy-movie, en gros, mais que Ritchie n'enrichit et ne transcende jamais, a contrario d'un Judd Apatow qui tend toujours à récuser le cliché en l'épuisant dans la durée. Les deux héros n'existent que par ce que l'on sait à l'avance d'eux : ils se chamaillent et se contredisent, mais ils sont complices et se respectent, point barre. Cela ne serait pas gênant si le réalisateur les plaçaient au cœur d'une intrigue-prétexte (ce que Ritchie traduisait à merveille dans ROCKNROLLA en cassant les codes du film choral). Mais non : comme dévoré par l'ambition de réaliser un spectacle complet, le réalisateur va trop vite, élude tous les enjeux, surdynamise le montage et troue la narration par tous les côtés. Même lorsqu'il filme des scènes d'action, chacune s'avère molle et ennuyeuse à souhait, souvent chargée d'effets numériques atrocement laids. Seule une séquence impliquant un feu de cheminée se révèle cohérente par rapport aux enjeux de l'intrigue.

Comme on le précisait, si l'on se désintéresse totalement de ce qui se passe dans le film, c'est parce qu'aucune personnalité ne surnage de l'ensemble. OK, la production design est plutôt belle, le budget est très souvent visible à l'écran, et les moyens ont été mis pour que le film ait une certaine gueule. Mais au service de quoi ? D'une sage démonstration de savoir-faire hollywoodien ? D'une modernisation infantile d'un monument de la littérature anglaise ? D'un film qui ne sait pas où se placer pour se trouver une cohérence ? On penche évidemment pour la dernière option, tant SHERLOCK HOLMES n'accomplit aucun miracle, ne divertit presque jamais, et surtout, ne permet à son réalisateur rien d'autre que de resservir ses gimmicks en leur ôtant tout panache (à propos des ralentis, notons une technique de combat élaborée par Holmes, et répétée deux ou trois fois selon le même procédé stylistique). On ne sait pas si le producteur Joel Silver est passé par là pour rebidouiller le montage, mais le résultat impose une sérieuse remise en question sur les intentions initiales du réalisateur. On le craignait déjà avant même de voir le film, on avait déjà pu se faire une idée lorsqu'il filmait son ex Madonna sur une île déserte, mais le visionnage de la chose ne fait que confirmer nos inquiétudes : quand il fait du polar, Guy Ritchie fait preuve d'une réelle singularité, mais ailleurs, il rame à créer quelque chose d'un tant soit peu fascinant. Une tristesse d'autant plus forte que l'énorme succès outre-Atlantique du film renforçait notre curiosité d'y voir un vrai divertissement populaire. Au final, il faudra juste se contenter d'un polar plan-plan avec des stars en costumes qui ne font pas grand-chose. Élémentaire, mon cher Ritchie ?


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Source : cbo-boxoffice
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