L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par André Ruellan
Sans vouloir empiéter nullement sur des jugements confraternels, qu'il me soit permis d'être déçu par " OCEANS ". Non par la technique des prises de vues qui est extraordinaire, mais par le choix d'infliger le mal de mer à de pauvres vieux coeurs, de saturer les tympans en sons tempétueux répétitifs et d'user d'effets travelling trop rapides.
Évidemment, ce ne sont que détails mineurs par rapport au noble et réel message du film, mais ce n'est guère confortable en première moitié de la projection.
C'est beau, c'est magique, passionnant pour les passionnés, avec des images et des couleurs incroyables, saisissantes ou tendres dues à l'authenticité de la nature et des éléments, où se meuvent des êtres majestueux, cauchemardesques ou franchement hideux en gros plan, carénés tels des vaisseaux spatiaux ou des véhicules de films d'anticipation.
Les commentaires sont rares mais sentencieux et la musique de fond très puissante alterne entre la symphonie et le dessin d'animation. Bref du spectacle, une leçon et des vagues bouillonnantes en pleine figure jusqu'à plus soif!
| Par Guillaume Gas
Scoop de la décennie : la planète va mal, l'humanité court à la catastrophe, le cinéma redevient désormais vecteur d'éducation. Les deux premiers cas, on est d'accord, mais le troisième a vraiment le don de susciter l'agacement. Après que Nicolas Hulot et Yann Arthus-Bertrand nous ait filé des leçons de morale à grands coups de statistiques et d'images ''vues du ciel'', v'là que Jacques Perrin nous immerge dans les profondeurs du monde sous-marin, avec, selon ses propres dires, l'intention de livrer un poème visuel et musical sur la vie des océans. Mais dès le générique de début, on sent pointer comme un malentendu : pas seulement parce que de nombreux mécènes se disputent la place devant le titre du film (citons Total, EDF, Veolia et même l'Agence Spatiale Européenne, forcément réputées pour leur ''respect'' indéniable de l'écologie), mais aussi parce que le filmage ne vaut pas mieux que celui d'un documentaire lambda. Tout ça pour nous répéter une fois de plus le sempiternel discours écolo-alarmiste autour des soucis qui guettent le monde contemporain. OK, on sait bien que la planète bleue risque de virer au vert, mais quand on ne sait pas qu'une mise en scène réellement pensée reste le seul moyen de faire évoquer un point de vue sur un sujet aussi grave, autant concevoir ce genre de spot filmique pour les aquariums des grandes villes. Le hic, c'est qu'à moins de passer ses journées sur son canapé devant la chaîne ''Planète'' ou de considérer ''Thalassa'' comme le summum des émissions culturelles, OCEANS n'a aucune chance de passionner les foules.
Ne pas s'y cacher : le film ne donne aucune information que l'on n'avait pas déjà enregistré à travers les expéditions du commandant Cousteau. A deux ou trois cadres joliment composés près, pas grand-chose à bouffer dans cette bouillabaisse filmique où l'on nous sert toujours les même poissons sous une forme plus que prévisible. Ainsi donc, pendant un peu moins de deux heures qui durent et qui durent, Jacques Perrin écume le Larousse des espèces sous-marines version 2009 avec un rythme de paresseux, presque aussi dynamique qu'un Pierre Fulla commentant l'accouplement de deux tortues. Côté mise en scène, rien, nada, que dalle : à part pour oser des ralentis qui ne procurent aucun effet ou des plans aériens déjà (re)vus sur ''Discovery Channel'', les réalisateurs se reposent sur un filmage amateuriste et unidimensionnel, malgré un certain sens du cadre. Et c'est là que se pointe le concurrent direct de ce film : en 1993, Luc Besson réalisait l'amphibie ATLANTIS, véritable opéra sous-marin où les espèces sous-marines évoluaient au son de la musique d'Eric Serra, composant un ballet sensoriel autour de différentes thématiques universelles (amour, tendresse, haine, jeu, mouvement, esprit, foi...), sans discours écolo ni verbiage didactique. Autant dire qu'en s'imaginant que le film de Perrin allait battre à pleines coutures une telle démarche artistique, on était vraiment aveugles. Ni émouvant ni hypnotique, OCEANS se traîne en longueur sans que ses images ne dévoilent une vraie portée d'évocation. Bon, soyons honnêtes, deux plans valent le détour : un bateau qui brave la tempête au large des côtes, et une nuée de crabes se bousculant les uns des autres sur une centaine de mètres. C'est tout. Et notons également que la SPA risque de ramener sa fraise : le film va jusqu'à insister longtemps sur le corps décharné d'un requin, amputé de ses ailerons et de sa queue, et qui agonise sur le sable sans plus pouvoir nager. Il y a 40 ans, Ruggero Deodato faisait pareil avec des tortues avec l'ultra-gore CANNIBAL HOLOCAUST, également sous couvert d'un discours critique sur l'humanité. Rien n'a changé.
Les quelques rares occasions qui nous sont offertes pour sortir de notre profonde léthargie, c'est pour entendre un phoque péter, voir une loutre de mer bailler (elle n'est pas la seule !), assister au massacre de bébés tortues par des oiseaux et constater que les baleines savent très bien faire des vagues. Dans cette faune surchargée d'espèces bizarroïdes (notons un poisson avec la tronche d'Elephant Man), alors qu'on se prend sans arrêt à regarder sa montre, le seul espoir reste de guetter un niveau de lecture caché, histoire de se divertir un peu. Un bel exemple : alors que le commentaire évoque les requins comme des prédateurs qui protègent la faune face au danger, on imagine déjà de voir un remake sous-marin du PARRAIN, avec le grand requin blanc dans le rôle du mafieux. OK, c'est lourd, mais cela peut faire en sorte que l'on ne tombe pas dans les bras de Morphée... Alors, quel est l'intérêt du film ? On le devine très bien : la découverte de cette faune sous-marine est censée faire écho à notre propre fragilité en tant qu'êtres humains, et chaque mouvement dans le cadre ne vise à rien d'autre que de faire battre le coeur des spectateurs. Là encore, les réalisateurs ne se sont pas rendus compte qu'un certain George Miller avait déjà abordé la thématique avec le définitif HAPPY FEET, joyau de comédie musicale autour du destin d'un jeune manchot en quête d'évasion. Jacques Perrin se contente d'un filmage aléatoire et d'un montage tronqué de partout, où l'on ressent la désagréable impression que chaque séquence pourrait largement se suffire à elle-même. A l'instar du sublime ATLANTIS, on aurait aimé que l'expérience se suffise davantage en tant que trip sensoriel, à la fois musical et muet, où l'on pourrait avoir la tête immergée dans un cadre bleuté pendant 1h44. On aurait aimé que le film évacue ce genre de discours démago et bassement didactique, que l'on croirait formaté pour être diffusé massivement dans les écoles. On aurait aimé que la réalisation se focalise sur un point spécifique de cet univers aux ramifications émotionnelles infinies, histoire de se poser sans trop s'éparpiller. En définitive, on aurait aimé voir du cinéma.
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