Sorties cinéma Sorties Cinéma en Janvier 2010 Mercredi 20 Janvier | Les critiques de la rédaction : Gainsbourg - Vie Héroïque---------------------------------------------------------------Un film français de Joann Sfar avec Eric Elmosnino, Laetitia Casta, Mylène Jampanoï, Anna Mouglalis, Sara Forestier, et Lucy Gordon
Genre : Biopic - Durée : 2H10 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Lasvigne
Pour le spectateur vierge de toute connaissance approfondie quant à « l’homme à la tête de chou », GAINSBOURG (VIE HEROIQUE) érigera en ressenti un étrange paradoxe. Que l’on n’apprenne que trop peu au sujet du chanteur n’est étrangement pas un mal, la sensation d’avoir malgré tout appris à connaître l’homme prenant le dessus sur le reste. Son goût pour la provocation a été suffisamment ressassé par les médias, pour que l’on soit intéressé par le scandale provoqué par son appropriation de La Marseillaise ou par son amour excessif pour l’insoumission morale. Pour son premier long-métrage, le dessinateur de bande-dessinées Joann Sfar semble avoir été conscient de la place qu’occupe Lucien Ginsburg dans l’inconscient collectif, privilégiant ainsi de s’intéresser plus à l’homme qu’à sa musique ou l’œuvre qui l’accompagne. Un peu a l’instar de ce qu’a fait Clint Eastwood dernièrement sur INVICTUS…
… Ou de ce qu’aurait dû être COLUCHE version Antoine De Caunes. Ici néanmoins, pas de temps pour une leçon d’histoire : la présence physique de personnages sortis de l’imaginaire de Gainsbourg l’interdit très vite. Qu’il s’agisse d’une caricature de juif évadée de l’affiche antisémite dans laquelle on l’avait emprisonnée ou du double du poète, GAINSBOURG s’autorise une plongée audacieuse dans le fantastique, collant aussi bien à la personnalité schizophrène du bonhomme que permettant au cinéaste d’éviter une voix off superflue. Une idée simple mais salvatrice qui autorise dés lors de coller au plus près de la psyché de son personnage, seul moteur du récit. Joann Sfar y adapte sa mise en scène, compose ses plans comme s’il s’agissait de peintures (Gainsbourg était peintre) et offre aux femmes de son héros une valeur iconique digne de leur importance à son égard. Une épure parfois gênante eu égard aux attitudes subversives qui lui furent propres et lors des passages musicaux. Bien compensée par une superbe photographie, elle sera à peine maltraitée lors de l’entrée en scène de Gainsbarre. Dommage, l’interprétation d’Eric Elmosnino confinant à un génie au moins aussi mémorable que celui de Jamie Foxx dans RAY.
GAINSBOURG (VIE HEROIQUE) ne se résumera heureusement pas à sa beauté formelle et à son acteur. Passionnant quand il en aborde enfin l’âge adulte, l’œuvre impose une place de choix à l’étude d’un esprit torturé et bourré de contradictions, génie de la musique quand il n’y voyait qu’un gagne-pain, séducteur en dépit de l’idée qu’il avait de sa « gueule ». Joann Sfar fait donc logiquement de son parcours artistique un écho direct aux femmes qui se sont succédées dans sa vie intime : enfant introverti à la rencontre de Juliette Gréco et incapable de trouver une confiance en lui sur scène, figure dominatrice avec Bambou dans une période de tous les excès. Et c’est bien cette évolution intime et complexe qui fait le charme d’un premier long-métrage qui cultive tant bien que mal une transgression libératrice, bourrée d'idées mais un peu trop sage.
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