Sorties cinéma Sorties Cinéma en Janvier 2010 Mercredi 13 Janvier | Les critiques de la rédaction : Invictus---------------------------------------------------------------Un film américain de Clint Eastwood avec Morgan Freeman, Matt Damon, et Scott Eastwood
Genre : Biopic - Durée : 2H10 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Jacques Coulardeau
UN FILM ADMIRABLE D’EMOTION. Pour tous ceux qui ont vécu ces années d’enfer, ce film est un chant à la gloire de l’histoire. Personne, pas même le pire tyran ne peut empêcher l’histoire d’avancer dans le sens où elle seule et ses millions de paramètres l’entrainent. Il faut être un fieffé imbécile pour croire que la majorité raciale de l’Afrique du Sud ne vivrait pas tôt ou tard sa libération. Nelson Mandela n’est que le symbole de cette libération. Il n’en est même pas l’agent. Il a fait seulement ce qu’il fallait faire dès qu’il a eu le pouvoir de faire pour encourager l’histoire dans le cours qu’elle venait de prendre. Son choix, s’il y a eu choix et non seulement la suite logique d’un mouvement réel amplifié par la pensée, a été de choisir le pardon et de collaborer avec le capitaine des Springboks pour créer l’unité nationale dans un rite sportif qui n’échoue jamais quand la victoire est au bout. Ce fut aussi son choix de personnaliser en vue d’humaniser la relation qu’il établissait avec ce capitaine et avec l’équipe entière. En personnalisant ainsi la relation il lui a donné de la chaleur, de l’inspiration et l’empathie nécessaire pour produire l’envie de pardonner chez ceux qui ont été du mauvais côté, pour que la victime pardonne à son geôlier, mais aussi pour que le geôlier pardonne à sa victime les sévices que lui geôlier a fait subir à sa victime. Cela ne peut venir qu’en devenant conscient de la gravité de ces sévices. Le film devient alors admirable car il quitte le simple plan politique, ou historique, pour atteindre le plan de l’âme, de l’esprit, de l’intelligence, des émotions du cœur et du cerveau. Clint Eastwood crée des milliers d’images de ce genre : le petit enfant noir sur les épaules des flics après la victoire, la casquette des Springboks portée par Mandela comme une marque de choix mais aussi comme un symbole de réunification des noirs et des blancs. C’est cette dimension qui frappe notre imaginaire à nous qui avons vécu ces temps-là, avons parfois hébergés des déserteurs des forces spéciales pendant la guerre, traduit des documents de l’ANC pour que le monde les lise, et fait tant de manifestations et de soirées cinéma ou musique ou arts plastiques autour de Mandela que nous ne pouvons que vibrer très profondément à ces images. Quand on a bien regardé ce film on est en droit de se demander si le personnage principal, celui qui est le siège de la transformation la plus dramatique, tragique même, ce n’est pas justement le capitaine de l’équipe des Springboks et non Mandela lui-même. Les deux remarques finales pendant la remise de la coupe sont typique de cet entrecroisé de motivations et de force dramatique et même cathartique : « Merci Pierre pour ce que vous avez fait pour l’Afrique du sud. » « Non, Monsieur le Président, Merci pour ce que vous avez fait pour l’Afrique du Sud. » Dépassement s’il en est des intérêts des uns et des autres pour atteindre le niveau de l’ensemble. Ou encore cette remarque de François au journaliste lui demandant s’il avait été aidé dans sa victoire par le soutien des 63,000 personnes dans le stade, et lui de répondre : « Nous avons été soutenus par 43 millions de Sud-Africains. » Ils n’ont pas fait l’histoire, l’histoire s’est faite, mais ils se sont trouvés dans le sens de l’histoire, ils l’ont assumé et ils l’ont amplifié. Et à ce niveau le film est devenu et devient universel. On oubliera le refus d’Henry Kissinger de soutenir le prisonnier politique Nelson Mandela sous le prétexte que c’était un communiste. Voilà un des détails de l’histoire qui ne restera que perdu dans les pages des encyclopédies.
Dr Jacques COULARDEAU
| Par Guillaume Lasvigne
Un de ses gardes du corps le dira bien : Nelson Mandela est moins saint qu’être humain. Aussi est-il audacieux mais au final guère étonnant, qu’INVICTUS ne parle que d’humanité.
En présentant le président sud-africain et le rugby comme ses deux principaux protagonistes, Clint Eastwood fait pourtant le pari de ne jamais en parler, préférant se servir de leur rencontre comme témoin historique d’une société en pleine renaissance. C’est là tout l’objet de la première partie du film : rappeler au spectateur le contexte social d’une Afrique du sud post-Apartheid marquée par les divisions raciales, afin d’y introduire en douceur l’élément primordial quant à son évolution. Pour le cinéaste, c’est ce match entre les Springboks et le XV de la rose qui constitue le noyau du récit. A l’image de l’état d’esprit de l’instant du nouveau chef de l’état, le film se concentre moins sur les matchs et leurs scores que sur ce qui se passe dans les gradins. Il ne faut ainsi pas cinq minutes à Eastwood pour présenter les enjeux à venir, qui en une séquence, celle de l’arrivée dans le stade du nouveau chef de l’état, donne déjà à INVICTUS toute la force émotionnelle qui découlera de ses dernières minutes. Mandela sifflé, blancs hostiles, drapeaux de l’Apartheid fièrement brandis ou bonté d’âme du président sont tous autant de symboles essentiels à une narration qui ne tolère aucun écart vers le biopic pur.
De politique, il n’en sera d’ailleurs question que sous formes allusives, INVICTUS privilégiant dans son déroulement l’aspect le plus humain de Nelson Mandela. Un parti-pris narratif poussé très loin dans la cohérence, quand à de multiples reprises les attitudes égoïstes de certains personnages seront fustigées comme vecteur de troubles et de haine. Clint Eastwood multiplie ainsi l’étude de petits groupes comme représentants d’un tout, où chacun d‘eux trouvera son accomplissement dans l’union autour d’un espoir commun, à l’image d’un peuple tout entier supportant son équipe nationale de rugby pendant la coupe du monde, sans frontières morales imposées par un passé détestable. Traitées naïvement, cyniquement ou vues comme prétextes aux bons sentiments faciles ailleurs, chacune des thématiques abordées par INVICTUS se voit transcendée par le profond humanisme d’un réalisateur concerné. Et de l’usage d’une visite de prison comme témoin de la souffrance au partage d’une passion commune entre rugbymen et enfants émerveillés, le doute ne peut même pas être évoqué : Clint Eastwood est grand, et la logique narrative de son trentième film fait partie de celles qui marquent. De celles où tout est orchestré avec une telle maestria qu’on pourrait presque croire, à l’heure où l’on arrive à qualifier de « convenu » le scénario d’AVATAR, que les plus grands films sont ceux dont on connaît déjà la fin.
Du jusqu’au-boutisme de la grandeur : Morgan Freeman s’efface totalement dans la peau de son personnage, offre une performance simplement grandiose et sublime tout acte de celui qu’il incarne par un simple sourire. Mémorable.
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