Sorties cinéma Sorties Cinéma en Déc. 2009 Mercredi 23 Décembre | Les critiques de la rédaction : Tetro---------------------------------------------------------------Un film espagnol, italien, et argentin de Francis Ford Coppola avec Vincent Gallo, Alden Ehrenreich, et Maribel Verdu
Genre : Drame - Durée : 2H07 mn
Donnez votre opinion sur ce film |
|
L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
|
| Par Jacques Coulardeau
SURTOUT NE RIEN DIRE SUR CE FILM. Tout dans ce film est une clé pour ce qui suit, et parfois pour ce qui précède, anaphorique, cataphorique au point d’en devenir catatonique. Disons simplement que Coppola pousse la figure traditionnelle de la relation entre un père et un fils dix années lumière plus loin que personne ne l’a jamais fait. Ainsi il multiplie spéculairement (et un miroir largement biseauté qui plus est) la relation ce qui donne une profondeur dramatique inattendue. Puis il multiplie les rivalités et les désirs sexuels, émotionnels et professionnels autour des divers hommes concernés. On ne sait plus alors qui fait l’autre et qui est fait par l’autre. Le fils fait le père mais le père fait le fils et quand la relation devient une relation à trois avec toutes les variations de ce/ces trios on ne sait plus où donner de la tête. Mais l’intérêt principal du film est bien plus important. C’est l’acte créateur lui-même, l’acte de procréation sublimée dans la littérature ou le théâtre, dans l’écriture de toute façon, à l’endroit et à l’envers. On sent alors les ambitions, les cupidités et les jalousies qui grouillent autour de cet acte comme si le monde en dépendait. Il est vrai que pas mal de gens peuvent mettre la main sur le pactole de cet acte et là encore on retrouve les rivalités entre le père et le fils, le fils et le père, et qui est qui, par rapport à cette œuvre qui sort des reins génétiques et sentimentaux les plus profonds du monde. Cela prend bien plus qu’un seul homme pour produire et inventer une œuvre littéraire qui de toute façon n’est que mensonge et déguisement par rapport à la vraie vie. Si vous aimez ainsi les films à forte teneur sentimentale qui ne tombent pas dans le sentimentalisme mais qui évitent aussi le sanguinolent inutile, c’est un film à surtout ne pas manquer, en VO si possible car la langue est essentielle, tant l’espagnol argentin que l’anglais.
Dr Jacques COULARDEAU
| Par Guillaume Gas
Serait-ce enfin arrivé ? En l'espace d'une scène d'ouverture, on est déjà persuadé que Francis Ford Coppola démarre ici une renaissance qu'on n'attendait plus depuis quelques années. Précisions par là que les premières minutes de TETRO sont magistrales : rien de particulier, juste des papillons qui gravitent autour d'une lampe, juste le regard profond de Vincent Gallo, juste les errances d'un jeune homme dans les rues nocturnes de Buenos Aires, et pourtant, une infinie beauté se dégage des effets de lumière, une émotion imperceptible se dégage des regards, une sensualité débordante enveloppe ce décor à la fois chaud et mélancolique. Dix minutes de film, et on est déjà au septième ciel : Coppola est bel et bien revenu avec un film à la fois personnel et expérimental, explorant comme souvent dans sa filmographie le thème de la famille. Il s'agit ici d'une famille implosée, constituée notamment de deux frères qui vivent encore avec le souvenir d'un paternel despotique. Serait-on tenté d'y voir quelques références autobiographiques ? Serait-ce la métaphore d'un Coppola qui resterait malgré tout le Don Corleone de son propre empire familial ? Pas vraiment. Si L'HOMME SANS AGE se révélait être un film d'une limpidité rassurante si l'on souhaitait y voir un autoportrait en filigrane de Coppola lui-même (sinon, le film devenait vite abscons), TETRO évapore assez vite cette piste en se situant dans un cadre intemporel et élégant, tout à fait propre au cinéma qu'il souhaitait réaliser depuis longtemps. A savoir un mélange harmonieux de spectacle et d'expérimentation. Et contrairement au film précédent, le cinéaste fait preuve d'une modestie et d'une pureté qui ne semblaient presque jamais l'avoir habité.
Il est plus qu'évident que ce film est le plus personnel de son auteur, explorant la dualité qui oppose deux frères ainsi que la rivalité artistique qui s'immisce au sein d'un noyau familial éclaté. A travers le parcours du cinéaste Coppola et de ses deux enfants (Roman et Sofia, également cinéastes), il est possible d'y trouver aussi bien une remise en question sur la condition d'artiste qu'une réflexion métaphysique sur les fantômes du passé qui hantent l'inconscient d'un artiste. Sur ce dernier point, il n'est pas si surprenant que cela de retrouver le trop rare Vincent Gallo dans le rôle-titre : artiste controversé, tantôt adoré tantôt renié par les critiques festivalières, l'acteur se révèle être ici l'incarnation idéale de cet être torturé, constamment gangrené par le fil mental qui le lie à sa famille. C'est le genre de personnage qui rejette le débat, évite les questions, s'enferme dans sa bulle. Mais les fantômes existent, y compris sous le vernis de la tranquillité sociale (une belle femme, un travail, etc...). Logique, enfin, que Coppola fasse preuve d'une puissante retenue dans sa mise en scène. En effet, rarement le cinéaste n'avait livré un film aussi beau, aussi plastiquement sublime. Rarement une photographie en noir et blanc n'avait eu une telle pureté, surtout lorsqu'une poignée de flash-backs en couleur viennent ponctuer l'intrigue comme des pics émotionnels, ceux qui frappent le protagoniste de façon aléatoire comme pour lui signifier que le passé ne s'évapore jamais. Et rarement le cinéaste n'avait atteint un tel degré d'harmonie entre l'expérimentation filmique et la beauté esthétique. D'une splendeur visuelle sans grand équivalent, TETRO est comme un rêve sensuel et onirique, gorgé de jeux esthétiques sur les reflets et les doubles, qui charme, enveloppe et interpelle. Ou comment, au sein d'un univers triste et mélancolique, des rayons de lumière diffractés viennent brouiller nos sens et nos perceptions. Un film lumineux ? Oui, dans tous les sens du terme.
|
|
| |