Sorties cinéma Sorties Cinéma en Déc. 2009 Mercredi 23 Décembre | Les critiques de la rédaction : Rec 2---------------------------------------------------------------Un film espagnol de Jaume Balaguero et Paco Plaza avec Manuela Velasco, Oscar Sanchez Zafra, et Ariel Casas
Genre : Horreur - Durée : 1H25 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Gas
Il est souvent risqué de se lancer dans une pluie de dithyrambes à propos d'un film, mais lorsque celui-ci finit par faire figure de phénomène, les risques s'avèrent plus que payants. Ainsi donc, en 2008, la méga-claque [.REC] aura fini par marquer la majorité de ses spectateurs par son concept malin et ses hallucinantes montées de terreur pure. Mais la plus grande réussite de ce chef-d'oeuvre instantané provenait avant tout de sa réappropriation du concept de ''train fantôme'' à partir d'un filmage spécifique (celui du reportage télé) tout en cassant brillamment la frontière entre l'écran et le spectateur. En plus, avec cette immersion totale et subjective au sein de nos peurs les plus profondes, Jaume Balaguero et Paco Plaza se payaient le luxe de renouveler un genre à part entière, celui du filmage en ''first person shooting'', imaginé par Ruggero Deodato avec l'ultra-controversé CANNIBAL HOLOCAUST, poursuivi avec malice par l'équipe du PROJET BLAIR WITCH et tombé depuis peu dans le n'importe quoi (DIARY OF THE DEAD, regrets éternels...). On ne peut pas vraiment dire si c'était nécessaire, mais toujours est-il qu'un an plus tard, Balaguero & Plaza reforment leur tandem avec la ferme intention de nous replonger dans l'enfer. Au vu du résultat, [.REC]² appelle à une remise en question du concept initial, pour la simple et bonne raison qu'offrir au public une redite du premier film était synonyme de plantage. Les deux réalisateurs ont visiblement réfléchi aux multiples possibilités qui s'offraient à eux, et l'option retenue s'avère être la plus intéressante... à défaut d'être franchement originale.
[.REC]² débute donc là où le premier film s'arrêtait brutalement, avec l'intervention d'une équipe de ''SWAT guys'' surarmés (aussi bien de flingues que de caméras vidéo) qui vont à leur tour investir l'immeuble pour tenter de comprendre ce qui s'est réellement passé. Toute ressemblance avec ALIENS n'est absolument pas fortuite, puisque les réalisateurs assument eux-mêmes la similitude. La nouveauté, c'est que le film ne choisit pas une narration linéaire où la caméra serait l'unique point de vue d'un reportage télévisé, suivi en temps réel par le spectateur. Non, cette suite multiplie les points de vue, passant de celui des militaires à celui d'une bande de jeunes armés d'un caméscope, sans compter l'apport visuel de petites fenêtres vidéo sur le coin inférieur gauche de l'écran qui illustrent en temps réel le point de vue général de la situation. Comprenons par là que Balaguero & Plaza ont judicieusement oublié le concept du premier [.REC], à savoir celui de l'expédition en temps réel, pour se focaliser sur l'action pure. [.REC]² ne sera donc plus une montée en crescendo de la peur subjective, mais bel et bien un pur rollercoaster d'action nerveuse, filmée caméra à l'épaule sans jamais flirter avec les erreurs de CLOVERFIELD (en gros, les effets de champs/contre-champs sur certains plans qui révèlent l'absurdité du concept). Notons que la plupart des cadrages rappellent de nombreuses scènes du hit vidéoludique ''Doom'', donnant au film des allures de jeu vidéo FPS grandeur nature. Judicieuse idée graphique et artistique, puisque le film investit à plein régime le ''genre'' et que la notion de ''cinéma-vérité'' n'a désormais plus cours dans l'univers du film.
Pour le reste, si cette suite se vit comme une expérience sensitive pure qui fait habilement écho à nos fantasmes vidéoludiques, il est indéniable que Balaguero & Plaza n'ont pas su renouveler la thématique sous-jacente qui faisait tout le sel du premier [.REC]. Plus une seule résonance symbolique sur le filmage à la première personne, plus aucun propos acerbe sur le voyeurisme des médias, même si le passage du format télé à celui du jeu vidéo illustre de façon métaphorique une certaine forme de régression. A force de chercher le mouvement et le sensationnel à tout prix par l'intermédiaire d'un autre type de média, la signification de tout ce bazar finit par disparaître. Peut-être est-ce là ce que [.REC]² était censé vouloir illustrer, après tout. En l'état, le pari n'est pas totalement accompli, mais l'efficacité de la réalisation et l'intensité des séquences restent totalement intactes, preuve que le concept a décidément encore pas mal de cartouches dans le chargeur. On s'amusera également de l'idée consistant à faire intervenir un prêtre cinglé, lequel va devoir exorciser les possédés de l'immeuble : en effet, il était obligé de poursuivre la piste du paranormal religieux (suggéré à la fin du premier film), et le film propose quelques surprises, notamment dans les dix dernières minutes... Inutile d'en révéler davantage sur [.REC]² : bien que largement inférieure au premier film, l'expérience reste globalement concluante, et au vu des récentes interviews, il semblerait qu'un troisième opus soit mis en chantier d'ici quelques mois. Si cela doit réellement arriver, on en profite pour conseiller au tandem Balaguero-Plaza d'oublier totalement le concept de filmage en vue subjective et de trouver une autre idée, sous peine de tourner en lassitude un concept jusque-là monstrueusement prometteur.
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