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Sorties cinéma Sorties Cinéma en Déc. 2009 Mercredi 16 Décembre
Les critiques de la rédaction :
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Un film américain de James Cameron avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Michelle Rodriguez, et Sigourney Weaver

Genre : Science-Fiction - Durée : 2H40 mn

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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
La note de la rédaction :

Par Guillaume Gas
Un beau jour, James Cameron s'est mis à réfléchir. Quel sera le cinéma du futur ? Quel sera le futur du cinéma ? Des questions assez délicates, peut-être même naïves, mais qui permettent cependant de rêver, d'imaginer, d'extrapoler librement sur un univers infini de possibilités. Le 7ème Art est à ce point magique et immortel qu'il n'en finit pas de demeurer un art en perpétuelle mutation, et pour cause. De la même manière que le passage du muet au cinéma parlant a contribué à ouvrir la voie à de nouvelles perspectives d'interaction entre une oeuvre et son public, les dernières technologies graphiques ont enrichi et accéléré ce mouvement. Un mouvement de création, sans aucune limite pour tous ceux qui tenaient coûte que coûte à faire partager leurs rêves, leur vision, leur idéal. Et à l'heure où le cinéma en relief revient en force dans les salles de cinéma grâce à l'apport bénéfique du filmage numérique, une nouvelle révolution se profilait à l'horizon, préfigurant l'imminence d'une sorte de Troisième Testament de l'histoire du cinéma. Du muet au parlant, du noir et blanc au Technicolor, et maintenant, du réel au virtuel. Tout comme le protagoniste de ce film semble déterminé à renaître une deuxième fois, le cinéma n'attendait qu'un sursaut pour renaître sous une autre forme, plus stimulante et visuellement bluffante. Au terme d'un travail acharné et de sacrifices énormes, James Cameron lui offre sa révolution. Depuis son entrée fracassante dans le milieu du cinéma, ce génie fait partie de ces piliers inébranlables attachés à repousser les limites, à expérimenter tout ce qui leur passe par la tête, à tout faire pour mettre en scène leurs idées les plus folles, quitte à attendre plusieurs années afin que la technologie soit à la mesure de leurs ambitions. Aujourd'hui, le film est enfin visible... On dira simplement qu'à ce stade de perfection, même le mot ''chef-d'œuvre'' ne veut plus rien dire, surtout après l'avoir employé tant de fois.

Révolution annoncée depuis plus de dix ans, renouveau incomparable des techniques de filmage, fusion surpuissante entre le filmage en relief et l'intégration des dernières techniques d'effets spéciaux, ''performance capture'' renouvelée et améliorée : on aura tout entendu sur ce projet titanesque de 500 millions de dollars. Ce qui ne se profilait certainement pas à l'horizon, c'est à quel point le visionnage d'un film allait totalement changer la perception des choses sur un écran de cinéma. C'est bien simple : voir AVATAR revient à ressentir une drôle de sensation, celle de découvrir le cinéma pour la première fois. Celle de se découvrir une nouvelle vue, voire même un sixième sens. Celle de quitter le réel pour pénétrer dans l'inconnu, en somme. A l'image du protagoniste, Jake Sully, ex-marine en fauteuil roulant, expédié sur la lointaine planète Pandora pour participer à un programme scientifique de pointe : pénétrer le corps d'un ''avatar'', mi-humain mi-Na'vi, afin d'infiltrer cette population indigène, hostile à l'idée que les humains viennent raser leurs forêts et exploiter leurs ressources. Sur la base d'un scénario extrêmement bien charpenté, exploitant aussi bien les codes de la quête initiatique qu'une imagerie empreinte de différentes récits mythologiques, Cameron nous fait pénétrer un univers d'une richesse visuelle infinie, créant une connexion quasi religieuse avec l'imaginaire et nous poussant irrémédiablement vers l'évasion. Les décors luxuriants de la planète Pandora surgissent alors de l'écran pour nous interpeller avec une puissance d'évocation rarement ressentie. Blocs de montagnes arrachées aux lois de la pesanteur, forêt tropicale où flore et faune se concurrencent en terme de variété, cascades vertigineuses qui se jettent dans le vide, créatures volantes qui surgissent comme des anges au détour de chaque coin de décor, enchevêtrement de lianes phosphorescentes sur lesquelles scintillent de petites méduses volantes, cathédrale végétale d'où jaillit une source d'énergie lumineuse... Hormis chez des génies comme Miyazaki ou Tolkien, jamais un pur univers de fiction n'avait paru aussi riche, aussi beau, aussi hypnotisant. Le cinéma immersif dans toute sa splendeur.

A l'instar de Tolkien imaginant la totalité d'un univers (y compris une nouvelle langue !) pour concevoir ses oeuvres littéraires, Cameron crée une mythologie à part entière. Et si quelques légères références culturelles se font sentir au détour de quelques plans (notamment celle de la BD ''Aquablue'' pour le corps des Na'vis), il est plus qu'évident que l'univers mis en place par Cameron est d'une facture totalement universelle, aussi bien dans sa portée écolo que dans les différents enjeux humains ou romantiques qui s'y présentent. C'est d'ailleurs sur ce dernier point que l'on pouvait éprouver quelques craintes avant de voir le film, surtout lorsque l'on regarde en arrière sur le parcours de Cameron. Car, malgré le poids immense de la technologie et la puissance dévastatrice engendrée par son perfectionnisme, le cinéaste a parfois eu recours à des scénarios plutôt bancals, pour ne pas dire foncièrement naïfs, y compris lorsqu'ils abordent de grandes questions humanistes. A titre d'exemple, le final démago de la version longue d'ABYSS et le manichéisme du combat entre les classes sociales dans TITANIC ont souvent contribué à faire grincer des dents même les plus ardus des cinéphiles. Par chance, AVATAR échappe totalement à ce léger maléfice. D'abord parce que Cameron a choisi de ne surtout pas de se brider, laissant ainsi son intrigue naviguer au gré de son imagination (le film a constamment des allures de rêve d'enfant), mais aussi parce que sa démesure technologique, de par la puissance dégagée par des images d'une beauté plastique sans équivoque, lui permet de toucher à l'humain dans ce qui relève avant tout de l'âme. A contrario d'un Miyazaki qui symbolise le Bien et le Mal par des incarnations qui relèvent de l'évocation pure, Cameron orchestre le combat entre le Bien et le Mal avec la sensibilité d'un adulte qui aurait gardé sa part d'enfant. Tout lui est donc permis, qu'il s'agisse de renouer avec le charme des vieux récits mythologiques d'antan, de booster son montage par une série de travellings vertigineux, ou tout simplement, de donner à ses scènes d'action une ampleur démentielle. A ce titre, la bataille finale, orchestrant le combat décisif entre l'envahisseur humain et les résistants extraterrestres, s'impose d'emblée comme la mère de toutes les batailles.

L'autre révolution du film tient évidemment dans la retranscription des visages réels en 3D. Grâce au procédé de ''performance capture'', déjà bien avancé grâce aux récents essais de Robert Zemeckis et Gil Kenan, on se doutait bien que James Cameron, sans cesse en recherche d'innovation, allait pousser le procédé encore plus loin. C'est peu dire si l'hyperréalisme des Na'vi nous scotche littéralement au fauteuil, retranscrivant ainsi une immense palette d'émotions sur leurs visages. Sans jamais perdre de vue les enjeux humains et humanistes de son intrigue, le cinéaste fait le maximum pour créer l'identification du spectateur à cette nouvelle enveloppe corporelle. Le résultat en impose au-delà de toutes les espérances, d'autant que les acteurs, de l'excellent Sam Worthington à la trop rare Sigourney Weaver en passant par une Zoe Saldana joliment numérisée, se sont tous investis pour donner de la consistance à leurs enveloppes, qu'elles soient humaines ou pas. Et sur ce dernier point, celui de l'incarnation d'une entité dans quelque chose d'inconnu, James Cameron accomplit le pari incroyable de questionner son propre support. De la même manière que Jake Sully s'incarne dans un avatar pour s'interroger sur sa propre condition et trouver une seconde renaissance, le cinéaste montre le cinéma comme avançant lui aussi sur une chaise roulante, désormais contraint de recourir à l'hybridation pour pouvoir à nouveau marcher et avancer dans l'avenir. N'est-ce pas là la réelle signification du terme ''avatar'' ? Il semblerait qu'en tout cas, le cinéaste se soit posé la question, et qu'au bout du compte, sa propre réponse soit désormais sur l'écran. Libre à chaque spectateur d'explorer Pandora, d'y revenir encore et encore, d'y découvrir de nouveaux trésors, d'y trouver un sens à sa propre existence, de réfléchir sur sa propre condition de spectateur... Sur 2h40 de film qui passent aussi vite que la lumière, le réalisateur enchaîne miracle sur miracle. Son nouveau film est de ceux qui marquent l'histoire du cinéma pour toujours, comme cela était sans doute écrit depuis plus de dix ans. Un bonheur absolu. Un paradis d'immersion et de sensorialité. Un éden de cinéma... Un jour, James Cameron s'est mis à réfléchir sur ce que pourrait être le cinéma du futur. Et AVATAR fut...


Par Jacques Coulardeau
PREMIER EVANGILE DE L’ERE OBAMISTE. Je ne vais pas insister ici sur les prouesses techniques. Rien que pour cela personne qui aime le cinéma ne peut et ne doit manquer ce film. Cameron nous offre un véritable livre de magie féérique tant dans le sublime que dans l’horrible, dans le monde surréel d’une planète terre bis et dans le monde molosse destructeur d’une armée américaine destructrice sur ordre des entrepreneurs industriels plus que cupides. Les amateurs reconnaitront tellement de films déjà anciens pour certains qu’un livre complet ne suffirait pas à les lister et expliquer tous. Je veux ici revenir sur une saisie d’ensemble, globale, sur les émotions très fortes que ce film suscite. Cameron travaille sur la fascination de l’autre et par l’autre. L’autre différent, ici ces humanoïdes intelligents dont toute la science et la civilisation est fondée sur le lien direct avec la nature et les autres espèces de cette nature, rappelle les Indiens d’Amérique et leur génocide. Mais ici la génétique aide les Américains à produire des êtres génétiquement doubles et à les envoyer dans la population locale pour espionner et pour éventuellement préparer par l’information la campagne militaire de destruction. Il est bien sûr que ces espions qui ont des corps d’hommes et de femmes locaux mais la personnalité de leurs maîtres terriens dont le corps reste en « hibernation » pendant la mission, peu à peu comprennent ce monde, se plient à ses lois, se font accepter, deviennent de vrais membres de la communauté, et même tombent amoureux. Et l’histoire alors se complique car ils sont pris entre leurs maîtres américains et leurs frères locaux. Ils ne peuvent alors que suivre leurs cœurs et leurs émotions et trahir leurs maîtres américains. C’est là que j’ai un tout petit peu de réserve sur l’expression de ces émotions très fortes qui n’est pas toujours en phase avec nos émotions humaines et la profondeur de la souffrance n’est peut-être pas immédiatement préhensible pour le spectateur, il est vrai en plus pris d’assaut par les effets spéciaux et la beauté des paysages ou la laideur des militaires et des entrepreneurs industriels. Il y a déséquilibre car le côté terrien des choses est directement compréhensible et émotionnellement parlant, tandis que le côté local des choses et des émotions reste un peu distant surtout que cette civilisation locale utilise des moyens pour nous impensables, ou difficilement pensables, pour être en communication avec les animaux et la nature, une communication directe sans intercesseur, protestante en un mot. Mais la valeur idéologique et la force philosophique du conte est énorme. Bien sûr le conte défend l’union de l’homme à la nature comme devant être par essence et par principe, et au détour d’une phrase la bataille est déclarée perdue sur terre. Cela mène directement au deuxième thème du film qui est le respect de l’autre et la démarche qui consiste à gagner la confiance de l’autre et à gagner même le cœur de l’autre. C’est la fascination de cet autre et du dialogue que l’on doit entretenir avec lui, un dialogue d’amour, d’émotions et de collaboration, jamais d’affrontement et de mépris, raison de plus de force et de violence. Mais le film va un brin plus loin dans cette fascination et la pousse jusqu’au désir de devenir soi en l’autre, d’intégrer l’autre en soi, de ne faire plus qu’un divers et multiple, double au moins avec cet autre. Certains appellent ça du racisme à l’envers. D’autres l’appelle du métissage. C’est bien là que la fable est une fable mais qu’elle est aussi une parabole. Quand je demande quelque chose à un musulman, je me dois de le lui demander dans sa personnalité complète et l’engagement doit être, pour moi comme pour lui, sur l’entier de sa culture et de son être comme sur l’entier de ma culture et de mon être. Cela ne fait pas de moi un musulman, ni de lui un juif ou un chrétien, raison de plus un athée ou un agnostique, mais cela est un vrai engagement humain car total des deux côtés. La laïcité du refus de considérer l’autre dans toutes ses dimensions est un crime contre l’humanité et Cameron en fait la démonstration totale, jusqu’à la parabole de la fusion. C’est là que je trouve ce film le plus parlant pour nous Occidentaux de fond ou de formation judéo-chrétienne. Il s’agit bien de l’amour du Christ, du rabbin Jésus, un amour qui engage une relation entre deux êtres au plus total de leurs personnalités et la mise en commun de tout ce qui peut être partagé ainsi que la collaboration de tout ce qui ne peut pas et ne doit pas être métissé du fait du risque d’y perdre quelque part une authenticité. Ce film est probablement le premier évangile d’après l’élection de Barack Hussein Obama et donc du monde qui est en train de naître. Même si Copenhague n’a pas produit le miracle attendu. Le Prochain sera l’adaptation du dernier roman de Stephen King par Steven Spielberg.

Dr Jacques COULARDEAU


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