Sorties cinéma Sorties Cinéma en Nov. 2009 Mercredi 11 Nov. | Les critiques de la rédaction : A l'origine---------------------------------------------------------------Un film français de Xavier Giannoli, avec François Cluzet, Emmanuelle Devos, Gérard Depardieu, et Vincent Rottiers
Genre : Drame - Durée : 2H10 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Jacques Coulardeau
VASTE ENTERREMENT D’ESPOIR. Un fait divers qu’ils disent, un film ample et romanesque qu’ils ajoutent. Le fait divers est l’escroquerie suprême d’un escroc professionnel de chantiers de construction. Le fait le plus surprenant est que son chef d’œuvre d’escroc est de réaliser une portion d’autoroute sur un chantier gelé pendant deux ans. Il redémarre le chantier à sa seule initiative dans une petite ville du Pas de Calais dévastée par la crise et les délocalisations. Tout le monde y croit, sans la moindre vérification. Il est le patron d’un chantier fictif réel pendant quatre-vingt dix jours. Il n’y gagnera rien, sauf de la prison mais il est le roi pendant trois mois et il change la face du monde. Le film est extrêmement amer sur la société elle-même qui crée ses propres problèmes, son chômage, sa souffrance. La société dans sa donne de gouvernance actuelle est masochiste. Cependant les ouvriers, les petits entrepreneurs croient au travail, à l’effort, y compris extrême et de nuit, qu’ils soient jeunes et naïfs ou qu’ils soient vieux et aguerris. La force de l’avenir est dans ces forces vives qui veulent travailler à tout prix, y compris pour rien d’une certaine façon, voire à perte. Le film par ailleurs montre comment dans une communauté de cette taille et isolée aucune question n’est jamais posée, même pas par les gendarmes. Ils croient de façon aveugle. C’est le plus surprenant que ceux qui sont là pour douter par principe ne doute pas devant l’espoir. On peut imaginer ensuite les émois d’âme et d’esprit qu’ils vivent quand ils découvrent qu’ils se sont fait avoir. Le film a encore une autre dimension intéressante mais très triste. C’est l’aspect casanier de cette population. Ils veulent continuer à vivre là où ils sont nés, pour la plupart. Ils ne veulent pas se déplacer. On dira que ce sont ceux-là justement qui sont restés que l’on retrouve ici deux ans après la crise de l’arrêt du chantier de l’autoroute et la délocalisation de l’usine textile. C’est un fait tout à fait nouveau pour l’espèce humaine. Le développement produit chez une bonne partie des hommes et des femmes une envie de ne plus bouger, de ne plus migrer. Or l’espèce humaine est une espèce migrante, sans être migratoire. On voit mal comment elle peut devenir à ce point ancrée chacun dans son coin, et avec en plus des hostilités ouvertes contre ceux qui viendraient de l’extérieur sans être introduits. La mairesse de la ville ne compte pas car elle a épousé le maire de la ville. Elle peut alors, à sa mort devenir la mairesse du fait du nom qu’elle porte. Cet aspect est absolument désespérant. La société moderne est une société en constante restructuration, avec ou sans crise. Les populations doivent donc garder une certaine mobilité. Comment alors allier la mobilité et le maintien du confort acquis ? Nous devrions tous vivre dans des caravanes, bien sûr tirées par deux chevaux pour être écologiques.
Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Université Paris 8 Saint Denis, Université Paris 12 Créteil, CEGID Boulogne Billancourt
| Par Frédéric Soto
Tiré d’un fait divers survenu en 1997 dans le Nord de la France, A l’Origine, réalisé par Xavier Giannoli, est avant tout une fable sociale et une véritable déclaration d’amour au 7ème art.
C’est l’histoire d’un petit escroc totalement dépassé par l’ampleur de son arnaque qui devient le bienfaiteur d’une ville toute entière en attente d’espoir et de renouveau économique.
Ce long métrage est tenu par la qualité du casting – les acteurs ont beaucoup travaillé avec les victimes de ce fait divers – avec François Cluzet en tête qui nous livre sans nul doute l’un des plus beaux rôles de sa carrière. L’ambivalence entre sa culpabilité de l’appât du gain et son attirance de la solidarité collective des « gens du Nord » se lit sur son visage et dans ses longs silences hésitants. Son interprétation de Philippe Miller nous fait croire en l’être humain et François Cluzet nous emmène avec lui sur le chemin de « l’autoroute de la rédemption ».
Quant aux seconds rôles, Stéphanie Sokolinski, en femme de chambre diplômée et comptable, est toute en justesse, tout comme Vincent Rottiers en voyou en quête de réinsertion et d’un modèle paternel.
Malgré quelques longueurs – bien que le film ait déjà été amputé de 25 mn depuis le Festival de Cannes – Xavier Giannoli a réussi son pari en filmant l’alchimie entre un drame social et un thriller à l’atmosphère noire. Le spectateur sort envoûté et ravi de ce voyage.
Xavier Giannoli fait mouche et élève le niveau du cinéma français…et ça fait du bien !
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