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Sorties cinéma Sorties Cinéma en Juillet 2009 Mercredi 15 Juillet
Les critiques de la rédaction :
The Reader
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Un film américain et allemand de Stephen Daldry avec Kate Winslet, Ralph Fiennes, et David Kross

Genre : Comédie romantique - Durée : 2H03 mn

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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
La note de la rédaction :

Par Jacques Coulardeau
UN CRI DE REMORDS. Le drame de la Deuxième Guerre Mondiale et du Nazisme est immense et la plaie est loin d’être entièrement cautérisée, y compris aujourd’hui en pleine crise quand on voit ressortir un anti-germanisme primaire.

Tous les Allemands portent la responsabilité d’Hitler. Soit ils ont voté pour lui. Soit ils n’ont pas su voter contre lui en s’unifiant contre cette peste qu’ils connaissaient avant même le vote. Puis tout du long ils ont su et ils se sont tus.

Il y a ceux qui étaient majeurs et avaient une position sociale pendant ces douze ans. Parmi eux les simples ouvriers et employés qui étaient pendus au coin des rues pour syndicalisme ou bien déportés. Il y avait ensuite la classe moyenne et moyenne supérieure, les professeurs d’université ou d’ailleurs, les médecins, les juristes qui se sont tous ou presque tus et ont décidé que la justice était le respect de la loi du moment et donc le respect de la loi d’Hitler. Et bon nombre d’entre eux décideront en 1945 que la justice était l’application de la loi dictée par l’Amérique d’un côté et par l’URSS de l’autre.

Puis il y a eu ceux qui ont atteint l’âge militaire pendant la guerre. L’un des plus connus est Günther Grass qui a admis qu’il s’était retrouvé dans la SS, alors qu’il cherchait à être dans les sous-marins. C’est ce cas qui est exploré ici.

Il y a enfin ceux qui sont nés depuis 1945 ou trop tard pour participer directement à la guerre et ses annexes. C’est le second cas qui est pris ici dans le film. Fils de professeur d’université, juriste et avocat formé dans les années 50-60, il a eu un père et une mère qui ont survécu à l’horreur dont ils étaient un rouage consentant, plus ou moins, jamais dénonçant pour le moins. On regrettera que le film soit à ce point discret sur ce père et cette mère.

Mais la question est de la responsabilité et de la justice pour ceux qui prirent part à la guerre à partir de 1943, y compris dans la SS et qui ont servi partout y compris à Auschwitz. La question est celle de leur responsabilité et celle de notre justice. Le film dénonce les deux.

Quelles que soient leurs motivations ces membres de la SS doivent être examinés dans les actes qu’ils ont faits et jugés sur cette base. Ici il y a eu trois cents morts en une nuit parce que six femmes SS ont préféré les garder dans une église en feu fermée plutôt que de les relâcher et de les voir s’enfuir. C’est une décision logique pour des SS mais absurde en dehors du contexte de la guerre qui faisait qu’un prisonnier de ce genre, ici juif, était avant tout une simple chose qu’il fallait empêcher de fuir, voire de survivre. Mais sur les six quelle était celle qui avait l’autorité, bien sûr celle qui écrira le rapport que toutes signeront.

Mais la justice doit s’assurer que celle qu’elle désigne comme l’auteure de ce rapport sait pour le moins écrire, ce qu’elle ne fait pas assumant que tout le monde est capable d’écrire un rapport, d’écrire tout sourt. Ce n’est pas le cas.

Mais alors, les circonstances étant ce qu’elles sont, pourquoi le jeune homme qui a eu une liaison avec cette femme et sait qu’elle est illettrée l’a-t-il laissé condamner à la perpétuité sur la base de son acceptation qu’elle avait écrit le rapport alors que c’était faux et sur la base de l’accusation par les cinq autres détenues qu’elle avait écrit ce rapport, alors que l’une de ces cinq étaient l’auteure réelle ? La justice n’est la justice que quand elle prend en considération tous les éléments et qu’elle s’assure que ce qu’elle prend en considération est vrai.

La justice c’est de dire quand on sait quel que soit le prix à payer. La lâcheté est de se taire et plus tard de torturer en rappelant à la personne concernée probablement le seul moment de bonheur qu’elle a pu avoir avec lui. Ce personnage est odieux et inexcusable. Et c’est la génération qui gouverne depuis vingt ans.

Dr Jacques COULARDEAU


Par Guillaume Lasvigne
L’audace étant affaire de mise en scène, on se demande bien ce qui a pu pousser la critique internationale à vanter les mérites de THE READER sur ce soi-disant état de fait. La bien mince réflexion proposée par les personnages quant à la notion de culpabilité à l’époque de la Shoah en est-elle responsable, quand les mêmes gratte-papiers hurlaient au blasphème quand LA CHUTE osait montrer un Hitler humain et dépassé par les évènements ? Le fait de mettre en images des relations sexuelles entre un adolescent et une adulte permettait-il de justifier tous dithyrambes ? Kate Winslet qui offre sa poitrine au spectateur peut-être ? Quoiqu’il en soit, tous constituent pourtant les principaux défauts d’une œuvre bancale qui aurait pu, mais vraiment dû, être une totale réussite.

A l’aune d’un final qui eut pu en découdre avec n’importe quel chef-d’œuvre passé ou futur en termes de larmes, l’heure en est pourtant aux banalités. Back to basics donc, pour rappeler que toute implication émotionnelle naît, sinon par une réflexion en amont sur les cadres ou le découpage, d’un attachement préalable aux personnages dont on suit l’évolution. Et si cela passe aujourd’hui par une longue exposition introductive où les dialogues sont seuls gages d’empathie ou d’identification, on rappellera qu’en des temps obscurs oubliés par la presse, le russe Sergueï M. Eisenstein bouleversait son monde avec un landau dans son CUIRASSE POTEMKINE. Du cinéma muet en quelques plans. Mais pour ça il faut orchestrer un point de vue, ce que ne fait jamais Stephen Daldry dans THE READER, délaissant toutes velléités artistique et narrative au profit d’une mise en scène glaciale et inoffensive. Audacieux aurait été le réalisateur de THE HOURS si le recul et la neutralité du propos ne l’avaient pas absorbé pendant le tournage. Audacieux eut-il été si sa mise en scène traduisait l’état d’excitation du jeune homme sur le moment et de son addiction à une figure maternelle, surtout quand son inconscience vis-à-vis de la perception générale quant à la différence d’âge n’est exprimée qu’au travers de dialogues, quand Richard Eyre filmait et exprimait le tout clairement dans son excellente CHRONIQUE D’UN SCANDALE. Pourquoi d’ailleurs avoir laissé au montage l’expression de l’innocence de Michael, l’adolescent, quand dans tous les cas les mœurs alors en place et la répercussion de cet acte résolument jugé anormal n’ont strictement aucun impact sur le récit ? LUST, CAUTION, serait-on tenté de dire et de substituer à cette alternation de courts plans sans âme et de lecture au sein d’une même séquence. Bref, on ne ressentira jamais ce sentiment d’inoubliable que traversera avec lui la vie d’un bonhomme prisonnier du bonheur de l’instant connu alors. En l’état, la première partie de THE READER tient le coup grâce à son très bon casting, mais pas plus nivelé par le haut par son oscarisée et nue actrice (qui avait déjà dévoilé son corps dans LITTLE CHILDREN) que par l’excellent David Kross.

A défaut d’un véritable cinéaste, le récit de David Hare, basé sur le roman de Bernhard Schlink, se montre plutôt passionnant à suivre en dépit de tous les questionnements minimalistes posés ici et là. L’étude psychologique des personnages y est convaincante, et ce même si le traitement de la partie située au tribunal reste là aussi survolée (quid de la confrontation des sentiments et de la colère chez Michael ? La honte de soi chez Anna, pourquoi ? Comment ?...), quand la majesté de la culture n’aura de cesse d’être rappelée comme figure quasi-rédemptrice et source de bonheur, de liberté ou de jouissance. Tout aussi implicitement encore ceci dit. En pâtît une dernière demi-heure pourtant riche en émotions dans l’absolu, qui, comme dit plus haut, se voit victime d’un dommage collatéral scénique qu’une cohérence narrative pensée aurait pu absoudre. Aussi vous l’aurez compris, THE READER est bon. Mais terriblement moins que le même scénario épongé de ses scories et perçu en termes de mise en scène. En des termes cinématographiques, donc.


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