Sorties cinéma Sorties Cinéma en Juillet 2009 Mercredi 08 Juillet | Les critiques de la rédaction : Girlfriend Experience---------------------------------------------------------------Un film américain de Steven Soderbergh avec Sasha Grey, Chris Santos, et Philip Eytan
Genre : Drame - Durée : 1H25 mn
Donnez votre opinion sur ce film |
|
L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Gas
Aujourd'hui, il faut bien admettre qu'on a de plus en plus de mal à juger un cinéaste comme Steven Soderbergh. Refusant les conventions avec bonheur, passant d'un genre à l'autre, tournant ses films plus vite que ses contemporains (celui-ci est son vingtième film en vingt ans de carrière !) et prenant très souvent à rebousse-poil les attentes du public, ce cinéaste autrefois célébré est finalement devenu une énigme. Mais aussi, et surtout, un cinéaste qui n'a plus l'air de savoir quoi filmer, le genre de réalisateur qui passr d'un genre à l'autre comme un globe-trotter qui visiterait les continents à vitesse V sans prendre le temps de s'imprégner de ce qu'il voit. Ainsi donc, en enchaînant un petit film indé-expérimental après un diptyque de quatre heures (CHE), Soderbergh révèle une fois de plus la paresse de son cinéma, ainsi que son absence totale d'ambition. Et pourtant, de l'ambition, il en est sérieusement question dans cette histoire assez intriguante, brassant de nombreux thèmes en vogue mais que Soderbergh n'explore jamais par sa mise en scène. GIRLFRIEND EXPERIENCE partait pourtant d'une bonne base de départ : à travers le quotidien de cette jeune call-girl proposant à ses clients de se comporter comme leur petite amie (en plus de ses services habituels), le réalisateur de TRAFFIC ose un parallèle audacieux entre la prostitution et les dérives du capitalisme. Vaste programme, vous en conviendrez...
Soderbergh expliquait récemment son intention avec ce vingtième film : livrer une radioscopie réaliste et réflexive sur l'équilibre entre nos vies professionnelles et privées, à une époque où l'extinction du capitalisme est imminente (la crise est déjà arrivée) et où la campagne présidentielle américaine marque un espoir possible pour la situation (Obama n'a pas encore été élu). Trop ambitieux pour conférer à son film une réalisation autre que morne et démonstrative, le réalisateur se plante sur presque tous les tableaux. Statique jusqu'au bout de la pellicule, ce drame contemporain possède l'élégance d'une publicité bancaire filmée en Scope, ne brasse que du vent à force de se reposer sur des dialogues assez lourds et ne confère aucun trouble à une histoire qui aurait pu être provocatrice. Il y a quelques années, Wayne Wang avait su explorer les liens entre sexe et pouvoir avec LE CENTRE DU MONDE, film autrement plus audacieux malgré un tournage minimaliste en DV. A l'inverse de son confrère chinois, Soderbergh échoue à susciter une vraie réflexion, mise tout sur les palabres sans consistance, laisse sa caméra tourner toute seule après avoir crié ''Action'', et filme ses protagonistes comme il filmerait des souris dans une cage de laboratoire. On a connu des discours sociologiques plus captivants que cela...
D'une certaine manière, GIRLFRIEND EXPERIENCE nous rappelle souvent un autre film de Soderbergh, le très sous-estimé FULL FRONTAL, satire bizarroïde du petit monde hollywoodien dans laquelle le cinéaste usait des mises en abyme et des techniques de filmage pour susciter une réelle réflexion sur l'univers qu'il filmait. On tenait là un réalisateur qui allait jusqu'à démonter littéralement le scénario de son film pour que le trouble puisse émerger du chaos. Avec son nouveau film, Soderbergh semble avoir définitivement laissé de côté son côté expérimental, sa réflexion sur le support filmique et son énergie débordante. GIRLFRIEND EXPERIENCE sera donc terne, élégant, esthétiquement soigné, mais ne vous attendez pas à trouver autre chose. Un reflet direct du monde qu'il est censé explorer ? Sans doute, mais filmer un univers désincarné n'implique pas de lui ôter toute substance filmique. Pour preuve, il n'y a qu'à voir ce qu'avait brillamment accompli Olivier Assayas avec DEMONLOVER, usant d'une réalisation sensorielle et de perspectives filmiques inédites pour retranscrire un désordre mental entre réalité et fantasmes. Rien de tout cela, ici, si ce n'est une propension à filmer des acteurs très beaux (Sasha Grey, actrice porno, ici très crédible) dans des décors aussi lisses que l'intérêt des dialogues. N'ayant plus retrouvé le succès depuis quelque temps, Steven Soderbergh semble désormais en bien mauvaise posture.
|
|
| |