Sorties cinéma Sorties Cinéma en Juin 2009 Mercredi 24 Juin | Les critiques de la rédaction : Vertige---------------------------------------------------------------Un film français de Abel Ferry avec Fanny Valette, Johan Libéreau, Raphaël Lenglet
Genre : Thriller - Durée : 1H24 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Gas
Le survival en terrain hostile et sauvage est aujourd'hui devenu une valeur sûre du cinoche de genre contemporain. Si l'on excepte le désastre artistique et commercial de HUMAINS (regrets éternels...), le genre a souvent su se renouveler en proposant quelques fleurons qui ont su marquer les esprits et en tête desquels trône encore aujourd'hui le définitif THE DESCENT de Neil Marshall. Une référence encore indétrônable qui a visiblement sauté aux yeux de pas mal de jeunes réalisateurs débutants. Déjà auteur de courts-métrages remarqués, Abel Ferry s'est lancé dans l'exercice du premier long-métrage avec un désir de cinéma palpable et une recherche sensorielle assez incroyable dans le paysage filmique français. A première vue, VERTIGE semble pourtant chausser les mêmes sabots que le film de Neil Marshall : une expédition en pleine nature, un cadre de slasher sauvage assumé, un être difforme aux allures de cauchemar primitif... ''A première vue'', on insiste... Parce qu'en plus de nous offrir l'une des plus brillantes démonstrations de maîtrise du genre horrifique depuis pas mal de temps, Abel Ferry bouleverse toutes nos attentes avec un thriller sous (très) haute tension qui augmente le nombre de pulsations par minute sans jamais chercher à faire son malin. Carré, précis, bien plus terrifiant que prévu : on n'en attendait pas grand-chose, on avait tort. Vraiment tort.
Dans cette intrigue avant tout physique qui file droit à l'essentiel sans nous laisser la moindre seconde de répit, Ferry conçoit un véritable huis clos à ciel ouvert, exploitant dans un registre inversé le concept de THE DESCENT. Ici, ce n'est plus vers le bas qu'il faut s'aventurer, mais vers le haut. Ce n'est plus seulement à une régression vers le côté sauvage et primal de l'être humain à laquelle nous assistons, mais aussi à une certaine forme de ''survie ascensionnelle'', où l'altitude et la sensation de hauteur se vit comme un moyen pour chacun d'affronter ses propres peurs et de se dépasser en permanence. En cela, le réalisateur exploite à merveille son décor menaçant et imposant, faisant de celui-ci le personnage principal de son film : la nature y est vue comme un personnage dangereux, testant en permanence les limites et les capacités physiques des protagonistes, agissant ici et là sur leur comportement (jalousie et lâcheté vont très vite se manger la plus grosse part du gâteau) et les faisant revenir in fine vers un état bestial. Le film se voit surtout épaulé en permanence par une troupe de jeunes acteurs incroyablement surdoués (lesquels ont l'air d'avoir été choisis avant tout pour leurs capacités physiques, et cela se voit), qui ont subi un véritable entraînement pour les besoins du film et qui font passer par leur jeu une grande palette d'émotions. Notons au passage que le film a été tourné sans trucages et sans doublures, en altitude et en conditions réelles, en un temps record (à peine 35 jours) et avec un budget qui équivaut probablement au budget ''café-croissants'' du dernier Michael Bay... Respect.
Abel Ferry décuple l'énergie de chaque séquence par une réalisation impressionnante, illustrant la sensation de vertige par des trouvailles visuelles d'une grande efficacité et créant un suspense captivant en raison de l'hyperréalisme qui englobe le film. On notera que le choix du format Scope s'avère plus qu'audacieux pour renforcer cette impression étouffante de huis clos, piégeant les héros dans leur environnement. D'un bout à l'autre du récit, la sensation de danger est totale, palpable, incroyable. Se déroulant en deux parties distinctes, VERTIGE ne se veut pas réellement une exploration graduelle de la peur, comme cela pouvait être le cas avec THE DESCENT. Alors que Neil Marshall concevait son film comme une expérience sensorielle en trois temps (exposition, suggestion, gore), le film d'Abel Ferry se décline en deux étapes précises. Tout d'abord, l'escalade en montagne qui vire progressivement à la catastrophe, durant laquelle sont exposés clairement les enjeux émotionnels des héros et où Ferry nous expose clairement sa fascination pour le vide. Ensuite, un pur survival en milieu forestier qui va placer la bande face à un boogeyman défiguré et assoiffé de violence, derrière laquelle on perçoit néanmoins une légère humanité. C'est d'ailleurs la force du cinoche de genre que de questionner l'humanité et l'animalité des protagonistes, si possible à travers une étude de caractères sur le retour à l'état sauvage. Même si le film n'est pas forcément aussi explicite qu'on l'aurait souhaité, l'idée reste bel et bien présente derrière le calvaire que vivent les personnages.
Enfin, VERTIGE est également une oeuvre de cinéphile, ce qui est souvent le cas des ''premiers films''. Pourtant, cette fois-ci, même si les références se sentent très facilement dans tel plan ou telle séquence, le film est à l'arrivée un film très personnel. Et, fait rare, un film d'une grande humilité, qui n'a pas pour prétention d'accéder au rang de classique du genre, mais qui tend avant tout à honorer le genre et à le prendre le plus possible au sérieux. Une chose importante dans une industrie contemporaine où le cynisme et le second degré règnent en despotes, et que Ferry assume avec un bonheur et une sincérité totalement perceptibles. Dans sa volonté d'aller jusqu'au bout de sa démarche et de ne jamais se plier aux contraintes marketing (notamment en refusant le happy-end), Abel Ferry remplit à merveille son contrat, et peut donc pleinement considérer comme acquis son diplôme de réalisateur. Des réussites comme celles-ci, ça commence à se généraliser, et il est désormais tellement important de les célébrer : oui, le cinéma de genre à la française est en excellente voie. Après les chefs-d'oeuvres FRONTIERE(S) et MARTYRS, et en attendant les futures claques (dont LA HORDE) promises et attendues par une foule entière de cinéphages voraces, il est grand temps de se ruer dans les salles obscures, histoire de se prendre un bon coup de VERTIGE. L'expédition sera mouvementée. Vous en sortirez épuisé, mais comblé.
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