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Les critiques de la rédaction :
Southland Tales
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Un film américain de Richard Kelly avec Dwayne ‘The Rock’ Johnson, Seann William Scott, Sarah Michelle Gellar, Justin Timberlake, et Bai Ling

Genre : Science Fiction - Durée : 2H18 mn

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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma

Par Guillaume Gas
Deux ans qu'on attendait ce film, qui n'a jamais pu bénéficier d'une sortie en salles en France. Verdict : un film-monstre qui bouleverse toutes nos attentes. Impossible de prévoir un choc aussi fort, tant SOUTHLAND TALES regorge de trésors pour tous ceux qui iront tenter cette expérience filmique aux confins du réel et du schizoïde... Lors de la présentation du film à Cannes, certains ont crié au ridicule, au film abscons, à une oeuvre ''trop longue, trop risquée, trop virtuose et trop cynique''. Pure connerie que voilà : après avoir vu le second film de Richard Kelly (désormais cinéaste culte depuis DONNIE DARKO), on peut arrêter d'aller au cinéma. Des films comme ça, on n'en fait plus depuis que Kubrick nous a quittés. Ici, Kelly nous a concoctés une fresque gigantesque de 2h30 retraçant l'imminence d'une apocalypse future, brassant de nombreuses références à la culture pop et peuplée d'acteurs pas forcément réputés pour leur talent (The Rock, Sarah Michelle Gellar, Seann William Scott...). Déjà, rien qu'avec ça, on craint le pire. On a tort. Parce que le film va à contre-courant des normes et qu'il absorbe le spectateur jusqu'au point de non-retour. On va faire plus simple : le film que vous n'avez encore jamais vu, c'est celui-là.

''This is the way the world ends... Not with a whimper, but with a bang''. Issus d'un poème de T.S. Elliot que le cinéaste a ironiquement détourné dans son film, ces quelques mots résument à eux seuls le point de départ de ce film fou. Tout commence par un boum : deux enfants filment avec leur caméscope un champignon atomique qui vient d'obscurcir l'horizon. Une attaque nucléaire qui va embraser l'Amérique et modifier son visage à jamais. Trois ans après cette guerre, Los Angeles est devenue une mégalopole malade d'où personne ne peut (et ne doit) sortir. Ici, l'océan et la plage sont surveillés par des snipers surentraînés, le désert est devenu un endroit radioactif où l'on ne peut physiquement survivre, et la ville est en proie à de nombreux soulèvements, qu'ils soient sociaux ou politiques. Tandis qu'une dictature fasciste s'oppose à des groupuscules néo-marxistes, les habitants sont manipulées à leur insu, chacun se laissant aller à diverses pulsions destructrices (comme le suicide pour certains jeunes angoissés à l'idée d'aller combattre en Irak) ou se livrent à une rébellion plus ou moins ingénieuse (comme ce groupe d'actrices porno en lutte contre le gouvernement actuel). Bref, un monde où chacun a perdu ses illusions et où la mélancolie règne en maître. Un monde en proie à un chaos imminent.

A la fois épopée mythique sur l'imminence de l'Apocalypse et vision prophétique d'une Amérique en proie à l'autodestruction, SOUTHLAND TALES peut être décrite comme une œuvre tentaculaire qui tenterait de prendre le pouls d'une époque tourmentée, coincée quelque part entre la paranoïa ambiante suscitée par la politique et la possibilité d'une fin du monde programmée d'avance. Un peu comme la théorie du chaos développée dans DONNIE DARKO, à la seule différence que Richard Kelly renforce ici la portée de son propos par une démarche volontairement adulte et désinvolte. Le film contient tellement de personnages et de sous-intrigues qu'il suffirait à nourrir une année entière de cinéma, et suffisamment de niveaux de lecture pour donner l'envie d'être visionné à répétition. La richesse narrative et thématique de SOUTHLAND TALES est à elle seule un des grands partis pris du film, illustrant de façon évidente et visuelle le chaos prophétique qui n'en finit pas d'enflammer l'univers retranscrit. En élaborant son intrigue-fleuve comme un ensemble dense qui engloberait à lui seul de nombreux enjeux politiques, sociaux, existentiels et métaphysiques, Kelly conçoit un réel excès d'idées et de références, comme une bulle qui ne cesserait de gonfler jusqu'à l'explosion finale.

Richard Kelly a volontairement placé son film sous le signe de l'excès, et cela se ressent dans chaque poste-clé du film. Qu'il s'agisse de l'immense complexité de son intrigue, de la multiplicité des rebondissements-surprises et d'une mise en scène aussi géniale qu'expérimentale, le cinéaste fait montre d'une ambition que l'on pourrait parfois qualifiée de démesurée. Toutefois, à l'inverse de nombreux films timides et coincés du cul qui n'osent pas aller jusqu'au bout de leur logique, SOUTHLAND TALES fait de sa singularité une force hors du commun. Le film menace à tout moment de s'écrouler sous le poids de sa richesse, ce n'est pourtant jamais le cas. En apparence, on a beau croire à un film malade aux allures de pensum branchouille et clippesque. Si l'on creuse davantage, on discerne une vraie quête métaphysique où les symboles mythologiques se mêlent aux dérives psychologiques des protagonistes. Ici, une vedette de film d'action rédige un scénario sur la fin du monde qui se mue peu à peu en réalité, des personnages lynchiens symbolisent un pouvoir politique corrompu par l'avidité et l'incongru, les failles temporelles prennent place en raison de nombreux désordres scientifico-climatiques, la drogue psychotrope devient vecteur d'évasion vers un éden illusoire, et la schizophrénie d'un être humain s'illustre par la séparation de celui-ci en deux clones (dont la réunion finale signifiera l'acceptation de soi-même et le retour à la paix intérieure).

Que l'on s'y trompe pas : si le film mélange les genres et s'amuse en permanence des codes du fantastique au sein d'une intrigue relativement crédible, c'est avant tout dans un objectif de pure virtuosité stylistique. Kelly développe ici de nombreuses réflexions sur l'apparence et la frontière mince entre réel et fantasme, mais y parvient à travers une mise en scène purement sensorielle qui ne cherche jamais la pose crâneuse, ni le maniérisme bandant des clips contemporains. Son film ressemble à une bulle mélancolico-pop d'où émanent des émotions sincères, sujettes à de nombreuses variations sur la place de l'être humain dans son environnement, ce que souligne une bande originale aussi riche qu'envoûtante (Moby, Muse, The Pixies...) et la superbe voix off de Justin Timberlake, imprégnée à la fois d'ironie et de références brillantes à l'Apocalypse. Même les acteurs, ici dans des rôles inhabituels, réussissent le pari de casser leur image et de s'immerger dans l'univers barré de Richard Kelly pour en sortir des fulgurances émotionnelles hors du commun. Outre un Seann William Scott absolument magistral dans un rôle casse-gueule de flic schizo, c'est le tandem formé par The Rock et Sarah Michelle Gellar qui maintient toute notre attention : lui dans un rôle en équilibre parfait entre le sérieux et le cabotinage, elle dans un numéro de funambule adroit en réussissant à rendre attachante une ex-actrice de porno reconvertie en nunuche pseudo-politisée à la Britney Spears. La danse finale des deux héros, au son du ''Memory gospel'' de Moby, constitue ici un moment de cinéma inoubliable.

Reste la volonté d'utiliser le divertissement décalé pour s'orienter vers le drame cérébral, bien plus complexe qu'il n'y parait. En cela, ce que Joe Carnahan avait brillamment appliqué pour sa jouissive MISE A PRIX, Richard Kelly se le rapproprie et le pousse dans ses ultimes retranchements, traquant des maux contemporains et disséquant le malaise global d'une Amérique sous la forme d'un immense fourre-tout décalé et sensoriel, regorgeant d'idées de mise en scène géniales. A ce titre, cette introduction résumant la guerre à partir d'un gros zapping d'images dessinées et télévisuelles n'est pas sans rappeler les moments les plus satiriques de STARSHIP TROOPERS. Ailleurs, une publicité effarante montrant une sodomie entre deux véhicules symbolise à sa manière l'abêtissement culturel que nous subissons aujourd'hui à travers les médias. Et n'oublions pas quelques fulgurances incongrues, comme ce dialogue lancée par Sarah Michelle Gellar en plein milieu d'une discussion politique (''J'aime me faire sauter comme une grosse salope''). Des détails qui, noyés dans un océan d'absurdité et de désordre, traduisent à leur manière un chaos prophétique sur le futur de l'humanité. Et si Richard Kelly force le trait en insistant de façon aussi outrancière sur les plaies de l'Amérique, son film n'oublie jamais d'être divertissant, parfois dérangeant, souvent hilarant, constamment gorgé de trouvailles stylistiques inédites et de cameos jouissifs (Christophe Lambert, Eli Roth, Kevin Smith...) que les geeks les plus ardus ne manqueront pas de savourer.

Il faudrait probablement une éternité pour disséquer la quasi-totalité des qualités de ce classique instantané, pari cinématographique qui ne ressemble à rien de déjà vu et qui amène le film d'anticipation, initié par BRAZIL et BLADE RUNNER, vers un niveau encore plus supérieur. Derrière son statut de divertissement imprévisible et multi-référentiel, le second film de Richard Kelly révèle un propos subversif et purement sensoriel, ouvrant ainsi la réflexion du spectateur vers des abîmes existentiels et politiques insoupçonnés. Répétons-le une nouvelle fois : il y a plus de richesse visuelle et thématique dans SOUTHLAND TALES que dans une année entière de cinéma, et l'opportunité de pouvoir enfin découvrir ce chef-d'œuvre résonne comme une nécessité vitale pour tous ceux qui raffolent d'expériences cinématographiques hors du commun. On s'en doute forcément : le film ne fera pas l'unanimité et ira probablement jusqu'à rebuter les plus réticents à un tel désordre narratif. Mais d'ailleurs, qui a dit que les œuvres majeures étaient forcément les plus consensuelles ? En plus d'être instantanément culte, ce chef-d'œuvre hante l'esprit en même temps qu'il stimule l'intellect. On ressort de ce tohu-bohu sensoriel avec un trop-plein d'émotions qui nous parcourt l'échine, ayant assisté à un inoubliable moment de cinéma. Si ça c'est pas de la perfection !


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Au 16 Mars 2010
Source : cbo-boxoffice
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