Sorties cinéma Sorties Cinéma en Janvier 2009 Mercredi 28 Janvier | Les critiques de la rédaction : Che : Guerilla---------------------------------------------------------------Un film espagnol et américain de Steven Soderbergh avec Benicio Del Toro, Carlos Bardem, et Demian Bichir
Genre : Guerre - Durée : 2H07 mn
Donnez votre opinion sur ce film |
|
L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Lasvigne
C'est un débat sans fin. Quand bien même rien ne permet de l'affirmer quand tout invite à l'analyse, il se posera toujours le même problème de parti-pris. Là ou LA CHUTE déchainait les foules bien-pensantes qui oubliaient qu'Adolf Hitler était aussi un être humain, L'ARGENTIN s'invite à la polémique. La première partie du dyptique consacré à Ernesto Guevara, qui narrait avec un recul épuisant une période de la révolution cubaine, ne faisait pourtant rien pour. Il faut croire que malgré les efforts de Soderbergh pour éviter les codes du biopic en se servant du Che comme élément d'un tout qu'il peignait, seules les ellipses évitant le jugement de son personnage importaient. Partisan donc. Dangereux. Sale. Pas bien.
Fondamentalement différente mais complémentaire, sa suite GUERILLA aura beau user de contradictions formelles bienvenues par rapport au premier opus, tout en restant fidèle à l'approche comportementaliste qu'il développait, elle risque pourtant de perpétuer des questions qui n'ont évidemment pas lieu d'être.
Il est vrai que sans réflexion a posteriori, GUERILLA se pose là. Comme dans L'ARGENTIN, il nous est montré que le Che soignait aussi bien ses partisans que ses ennemis ou les paysans qu'il croisait. En faisant à plusieurs reprises dans la redite dans cet épisode, Steven Soderbergh donne le bâton à ses détracteurs, qui y voyaient là un signe de déification quand le réalisateur oubliait de mentionner les méfaits collatéraux du révolutionnaire. Car là aussi, point de référence aux camps de concentration ou aux assassinats du bonhomme, mais présence parcimonieuse d'actes bienveillants et autres belles paroles. Mais se contenter de ce simple constat reviendrait à nier (et à renier) l'élaboration flagrante d'un projet du cinéaste, non pas sur le Che, mais bien sur le parcours d'un homme conditionné par les différentes étapes de la route qu'il entreprend. Comme en témoigne le changement de format de l'image (le 1,85 :1 se substitue au cinémascope), qui réduit notre champ de vision pour se concentrer sur la personnalité filmée, les protagonistes restent les mêmes mais doivent évoluer dans un autre contexte. Narrant dans la jungle bolivienne comment Ernesto Guevara va chercher à amorcer une révolution latino-américaine, GUERILLA bénéficie d'une approche frontale qui crée une rupture avec la structure narrative éclatée du précédent opus. La mise en scène de l'auteur de TRAFFIC adopte ainsi une narration plus linéaire et posée, essentiellement perceptible en termes de découpage et de production-design. Filmé en grande partie caméra à l'épaule, le Che, autrefois cadré en bonne compagnie, devient progressivement seul. Ses collègues guérilleros désertent sa campagne au fur et à mesure que sa mort approche, jusqu'à l'accomplissement scénique de Soderbergh, qui filme logiquement la fin du Che en vue subjective. Une étude comportementaliste bien plus passionnante que dans L'ARGENTIN, toutefois fidèlement accompagnée du naturalisme déjà recherché. La lumière naturelle couplée à quelques fulgurances de mise en scène accouche à ce titre de séquences de guerre brèves mais réellement spectaculaires.
Intéressant, le fond n'est pas en reste. Et on peut être heureux que la pédagogie soit définitivement délaissée (seuls quelques éléments historiques sont référencés) afin de renouveler les codes du biopic traditionnel. On entrevoit clairement mieux les intentions de l'auteur américain à l'aune de cette conclusion, qui rehausse du même coup la qualité d'un premier épisode qui ne cherchait jamais à développer une quelconque psychologie, ce qu'on était dés lors en droit de lui reprocher. Bien plus compréhensible et passionnant malgré des changements de point de vue plutôt pénibles sur la longueur, GUERILLA fait bien plus que de compléter un tout, mais permet bel et bien de le considérer comme tel. Et malheureusement, de tiquer quant à deux films qui ne pourront jamais se suffire à eux-mêmes.
Bien plus accrocheur et bien mieux rempli en séquences de pur cinéma, CHE - GUERILLA se doit donc d'éteindre toute polémique quant au projet cinématographique dont il fait partie. Faisant malheureusement preuve de faiblesses largement évitables et témoignant de façon flagrante de son inintérêt à échelle unique, ce dénouement fait preuve d'une complémentarité qui se doit d'être jugée avant tout comme une entité. Et au final donc, d'incarner une très belle réussite.
|
|
| |