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Sorties cinéma Sorties Cinéma en Janvier 2009 Mercredi 14 Janvier
Les critiques de la rédaction :
Slumdog Millionaire
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Un film américain et britannique de Danny Boyle avec Dev Patel, Madhur Mittal, Anil Kapoor, Irrfan Khan, et Freida Pinto

Genre : Comédie romantique - Durée : 2H00 mn

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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
La note de la rédaction :

Par Jacques Coulardeau
UN PRODIGE D’AMBIGUITE. On peut lire ce film, fort plaisant, même si un peu malodorant, d’au moins deux façons. D’abord comme une tentative américaine de répondre à la concurrence du cinéma asiatique, particulièrement ici Indien. Ils descendent directement sur le terrain des concurrents, donc Mumbai, que les Français s’obstinent à vouloir appeler Bombay. Mais la vision américaine est édulcorée. Ainsi les noms nous indiquent que ces pauvres parmi les pauvres sont des Musulmans, et donc cela implique que le pogrom dans le bidonville est un pogrom Hindou contre les Musulmans. Et bien sûr ce sous-entendu d’un racisme religieux contre les Musulmans est maintenu de bout en bout. Les exploiteurs de l’orphelinat, qui est en fait une entreprise professionnelle d’exploitation des orphelins pour en faire des mendiants ou des prostituées (on ne montre ici que les filles dans ce dernier cas, douceur américaine), sont donc probablement des Hindous, alors que le gangster (entrepreneur en construction urbaine) qui récupère l’un des deux frères quand ils fuient les gens de l’orphelinat après avoir sauvé la fille et tué le principal responsable doit être Musulman puisqu’il se définit comme l’ami des ennemis de ses ennemis. Mais cette vision un peu trouble est doublée de l’ignorance absolue que sur ces tas d’immondices ce ne sont pas tant les Musulmans qui y vivent, mais bien plus les Intouchables, les Dalits, qui représentent dix pour cent au moins (ils ne sont pas recensés) de la population et qui sont les seuls à s’occuper de l’entretien des toilettes et autres fosses à immondices, ainsi que de la lessive pour les gens fortunés qui peuvent se payer ce type de service. Cette absence est troublante car c’est bien d’eux que l’avenir de l’Inde viendra, et en fait c’est bien d’eux qu’il s’agit. Mais les Dalits sont Hindous car ils sont une caste de cette religion, une caste sous-humaine, non-humaine, c’est tout dire. Mais on peut lire ce film à un tout autre niveau, celui de la vision des couches les plus pauvres d’une société émergente comme l’Inde. Ce sont ces couches les plus pauvres qui créent une véritable pression sur le monde entier et qui à la fois forcent le monde à développer le pays pour ne pas laisser la bombe de la faim et de la misère exploser et sont le ferment le plus indispensable à ce développement. C’est leur esprit d’entreprise qui est en cause. Aucune résignation n’a le droit d’exister dans cette misère. Et il ne s’agit pas de l’instinct de survie car celui-ci ne mène qu’à tuer pour survivre à tout prix. Il s’agit de l’instinct de progrès qui pousse ces pauvres à faire n’importe quoi pour améliorer leur sort sans irréparablement nuire aux autres et avec un certain sens de la solidarité. Ainsi il vont emprunter les chaussures déposées à l’entrée de quelque temple par des gens qui peuvent aisément s’en procurer une autre paire, comme les touristes, avec la ferme intention de ne pas les rapporter mais au contraire de les mettre sur la route d’une circulation élargie moyennant un petit profit. Cela est si fort dans ces pays émergents qu’à certain moments on se prend de vertige devant cette volonté de progresser ne serait-ce que d’un pas par jour. Mais le film est divertissant à un autre titre. Il entremêle et enchevêtre une gentille et poignante histoire d’amour entre deux frères et avec une fille dans ce magma social qui transforme le jeu télévisé qui ne vise qu’à donner un peu de gloire et beaucoup d’argent au gagnant, de toute évidence copié de celui de Stephen King dans « Running Man » avec Schwarzenegger en une comédie gentille à dimension humaniste ou plutôt humanitaire. Mais vous trouverez tout cela charmant surtout la dernière scène avec des centaines de danseurs sur le quai de la Gare Victoria de Mumbai que seul Bollywood peut se payer aujourd’hui au prix où sont les figurants, raison de plus danseurs, sur nos plateaux de cinéma. Ceux qui y verront une allusion à Michael Jackson et son Thriller seront bien sûr les bienvenus pour croire qu’ils ont raison.

Dr Jacques COULARDEAU


Par Guillaume Lasvigne
Si beaucoup l'ignorent encore, il est un fait qui se doit d'être rappelé. Le cinéma peut, en dehors de toute discussion et analyse professorale d'un discours social parce que la pauvreté dans le monde c'est pas bien tu vois, provoquer des émotions. Et oui, en tant qu'art de l'image, il peut être utile de savoir que celles-ci peuvent être manipulées à des fins purement viscérales, nous amenant de la sorte à vivre des expériences totalement inédites. Expérience, un mot bien vulgaire en ces temps de disette cinématographique où démagogie et formalisme empêchent toute forme de créativité artistique (autre terme grossier), parce qu'après tout une humaine, ça a aussi le droit de connaître le grand amour avec un vampire. Difficile dés lors de s'adonner à la moindre sensation quand seul importe le plaisir par l'exposé et la démonstration. Idée universelle qui se retrouve décuplée au centuple dans SLUMDOG MILLIONAIRE, dernier film d'un Danny Boyle qui aura beau tout faire pour rendre limpide sa note d'intention, sans que pourtant certains y voient encore facilités et faiblesses de propos. Mais il faut croire que ça aussi, c'était écrit.

Pourtant, difficile de faire plus explicite sans tomber dans le mépris. En ouvrant son film sur la fameuse question située sur l'affiche, en nous montrant au bout de cinq minutes que le personnage est arrivé à la question à 20 millions de roupies et en retraçant sa vie jusqu'à cet instant, SLUMDOG MILLIONAIRE prend le spectateur a parti pour lui expliquer clairement qu'il ne fera rien d'autre que raconter la vie de Jamal Malik, ce jeune indien en passe de devenir millionnaire. Insuffisant, quand beaucoup préfèrent penser que Danny Boyle oublie totalement d'étayer ses propos quant à l'état politique et économique du pays de son personnage.
Petit rappel. Suite à son dernier mot victorieux donné sur la question valant 10 millions de roupies, Jamal Malik est arrêté et torturé brièvement par la police locale avant que celle-ci ne rediffuse l'émission, ordonnant à son prisonnier de justifier ses connaissances. Ce dernier nous racontera donc, ainsi qu'à ses bourreaux, le récit d'une vie qui l'aura mené jusqu'ici. C'est là que narrativement, SLUMDOG MILLIONAIRE empêche tout argument le jugeant sur la vacuité des ses propos. Par le biais de flashbacks, son personnage ne fera que donner des explications quant à l'apprentissage de réponses à des questions pourtant difficiles. En contant donc les faits de vie de ce « chien de quartier » de son seul point de vue (il n'y aura donc jamais de séquences ne le faisant pas apparaître dans le récit), le réalisateur anglais nous place en témoin d'une Inde marquée par la dualité anxiogène d'une économie à sens unique. Paradoxe, où la vie de bidonville du héros s'opposera à celle, touristique et clinquante, d'un pays où humanité et argent restent deux notions incompatibles. Un constat que Jamal se remémorera au fur et à mesure des questions du jeu qui, judicieusement montées en parallèle avec la vie du jeune homme, permettront de développer la dramaturgie d'un récit dont la structure ne fera finalement qu'appuyer son évidente issue, à l'aune d'une réponse donnée à la question posée en début de métrage.

Malgré quelques situations ou répliques caricaturales dans sa première partie, SLUMDOG MILLIONAIRE demeure passionnant à plus d'un titre. A l'image de sa trilogie « Bag of money », conclue par UNE VIE MOINS ORDINAIRE mais revisitée avec MILLIONS, Danny Boyle replace l'humain dans son rapport complexe à l'argent. A l'image du présentateur, cynique à l'égard de son candidat et aux comportements souvent conditionnés par le nerf de la guerre, le cinéaste dépeint deux réalités que l'on retrouve à chaque instant dans le portrait de son jeune indien, marqué par la misère et les séparations et forcé au délit pourtant nécessaire à sa survie. Autoportrait même, dont l'incrédulité du spectateur quant à la connivence forcée entre questions du jeu et réponses apprises au cours celle-ci, trouvera remède dans un final d'une logique totalement évidente.
Par le biais d'une mise en scène diabolique, qui ne manquera pas de choquer les puritains de l'image par ses jeux de perspective, ses grands angles ou son découpage, Boyle donne matière à réflexion dans une Bombay présentée successivement en terrain de jeu, de survie et de mort. Au montage intelligent présenté plus tôt, s'ajoute celui d'une montée imperturbable dans l'émotion, dans une seconde partie qui trouvera son point d'orgue lors de l'ultime question à 20 millions, dont les enjeux et la tension seront agencés avec une telle logique, une telle ambition et une telle maîtrise qu'il sera bien difficile de retenir la moindre larme. Un mécanisme redoutable parfaitement sublimé par un casting exceptionnel en tous points et la bande originale d'un A.R. Rahman en état de grâce. Le final lessivant du LIVE ! de Bill Guttentag y est instantanément oublié.

Vous l'aurez compris, si SLUMDOG MILLIONAIRE frôle le chef-d'œuvre, ce n'est pas tant à cause de ses menu défauts, que grâce au potentiel émotionnel d'un scénario parfaitement mis en scène par un Danny Boyle qui a définitivement tout compris quant au rapport émotionnel qu'entretient le spectateur envers le cinéma. Et après l'ultra-sensoriel SUNSHINE ou l'éreintant 28 JOURS PLUS TARD, c'est bien l'ultime confirmation d'un cinéaste qui touche au sublime.


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Au 02 Février 2010
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