Sorties cinéma Sorties Cinéma en Janvier 2009 Mercredi 07 Janvier | Les critiques de la rédaction : Import Export---------------------------------------------------------------Un film autrichien (interdit - de 16 ans) de Ulrich Seidl avec Ekateryna rak, Paul Hofmann, Michael Thomas, Maria Hofstätter, Georg Friedrich, Natalija Baranova, Natalia Epureanu, Petra morzé, Dirk Stermann, et Erich Finsches
Genre : Drame - Durée : 2H15 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Lasvigne
En affichant clairement sa note d'intention dés le début de son long-métrage, un auteur prend des risques qui, s'ils ne pourront être réparés a posteriori, peuvent aussi bien lui valoir un lynchage critique par toute une presse qui ne supporte pas qu'on la prenne pour une imbécile. Tout du moins, un auteur qui ne développe jamais ses intentions de départ ou pire, qui ne raconte rien. C'était sans compter sur la malice d'un homme, qui en parfait habitué du système réussi à le tromper. En ouvrant son film sur un homme n'arrivant pas à démarrer sa mobylette et en cadrant un bébé ayant du mal à respirer en guise d'écran-titre, Ulrich Seidl semblait nous dire que son IMPORT EXPORT allait dés lors démontrer que des choses ne fonctionnaient pas bien. Bingo. A la fin du visionnage, notre esprit critique a été tellement maltraité que l'on en conclue qu'en effet, quelque chose n'allait pas. L'occasion pour la dite presse d'y voir une fable puissante et sulfureuse, et par là même de confirmer les dires de l'auteur.
Mais au-delà des capacités visionnaires d'Ulrich Seidl et d'une ironie qu'il va bien falloir oublier, difficile de faire mieux comme analyse que ces séquences d'ouverture d'un film qui en constitue pourtant une parfaite entrave. Il est ainsi bien compliqué de donner une quelconque valeur artistique à ce IMPORT EXPORT, dont l'avalanche de plans fixes et la méconnaissance de la grammaire cinématographique frisent l'embonpoint. Accumulant des cadres tous aussi laids les uns que les autres sans jamais modifier l'échelle de ses plans (ensemble ou demi-ensemble), tout porte à croire que la mise en scène selon le réalisateur consiste à poser sa caméra et la laisser tourner pour soi-disant capter l'authenticité des séquences filmées (avec acteurs non-professionnels bien évidemment). Si l'on notera bien une utilisation de Dolly (pas plus, faudrait quand même pas déconner), et quelques plans caméra à l'épaule, difficile de ne pas être affolé par leur emploi, tant chaque fausse tentative de mise en scène consiste à faire des travellings pour suivre les personnages dans des couloirs, dans un hôpital, dans un parking et pour montrer que les femmes de ménage, ça passe l'aspirateur. Aberration jusqu'au-boutiste sur laquelle une très légère indulgence aurait pu être de mise si et seulement si le film avait eu le culot de raconter quelque chose.
Sans surprise, c'est en bon apôtre d'un cinéma dit « social » mais démago, qu'Ulrich Seidl préfère nous conter l'histoire d'une Ukrainienne qui ira en Autriche pour trouver un emploi (après être passé par un peep-show, bien entendu), en parallèle de celle d'un Autrichien qui ira... en Ukraine. Les flux migratoires, tout ça... Le cinéaste faisait déjà tout pour éviter de nous impliquer, il oublie par là même l'occasion de construire son histoire. Loin d'offrir une quelconque psychologie à ses personnages (pas de conséquences suite à la perte d'un boulot, pas de conséquences sur le fait de laisser son bébé), loin de nuancer les caractérisations grossières de certaine situations (« je t'engage et je te vire comme je l'entends, ça se passe comme ça dans ce pays ») et toujours aussi loin de nous apprendre quelque chose, le réalisateur Autrichien semble vouloir privilégier le témoignage de la misère et du pathétique avec une condescendance qui frise parfois la misanthropie. Une évidence quand l'on voit des séquences (en longs plans fixes) montrant des personnes sur leur lit de mort, le visage ravagé de tics et hallucinant à haute voix ; ou nous faisant voyeurs d'un instant purement pornographique ou un homme humilie une jeune Ukrainienne en obligeant son fils à regarder ; sans que cela ne serve jamais le moindre propos. Bref, des scènes totalement inoffensives qui ne font qu'insister sur le caractère inepte d'un film par ailleurs déjà bien assez didactique et racoleur à notre égard pour qu'on le prenne en pitié.
Vous l'aurez compris, IMPORT EXPORT est l'archétype même du film d'auteur n'ayant strictement rien à dire, à montrer ou à apprendre. Faussement engagé et faussement indigné, un misérabilisme qui fait froid dans le dos.
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