Sorties cinéma Sorties Cinéma en Janvier 2009 Mercredi 07 Janvier | Les critiques de la rédaction : Che : L'Argentin---------------------------------------------------------------Un film espagnol et américain de Steven Soderbergh avec Benicio Del Toro, Demian Bichir, et Santiago Cabrera
Genre : Guerre - Durée : 2H07 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Lasvigne
Comme venait nous le rappeler le magnifique Split-screen de Jean-François Richet en ouverture de son MESRINE – L'INSTINCT DE MORT, il est bien difficile pour un cinéaste de retranscrire avec exactitude la vie d'une personnalité publique qu'il étudie. A l'instar de ce dernier, les sources d'informations ne peuvent que manquer, et prêtent d'autant plus à confusion que même réelles, celles-ci se contredisent parfois entre elles. Qu'ils soient livres ou simples témoignages, le travail d'un scénariste ne peut se réduire à leur simple retranscription. Difficile dés lors de satisfaire le plus grand nombre et d'ériger en vérité des éléments qui effacent autant de questions qu'ils en apportent. Un fait que l'on ne peut qu'encore moins ignorer lorsque l'homme est toujours, 40 ans après sa mort, soumis à d'éternelles querelles entre historiens. Quête difficile à laquelle s'est pourtant passionné Steven Soderbergh avec la première partie de son dyptique sur Ernesto Guevara, dit le CHE – L'ARGENTIN.
Comme l'a répété le cinéaste à Benicio Del Toro avant que celui-ci n'accepte d'endosser le rôle du Guerillero heroico, il est impossible de faire un film sur un tel homme. Affirmation que l'on ne peut que confirmer suite au visionnage d'un premier opus qui ne peut à l'évidence pas se suffire à lui-même. Car si les profanes en matière du bonhomme seront nombreux à apprécier certains partis-pris de Soderbergh et de son scénariste Peter Buchman, ils risquent d'être autant à être laissés au final sur le carreau. En soi, le fait de se plonger sans détour dans la période révolutionnaire du Che peut permettre l'immersion du spectateur et le conditionner dans ce qu'il s'apprêtera à voir par la suite. Ainsi, hormis un diner introduisant le film et ses principaux protagonistes – dont Fidel Castro – et de rares séquences ou l'Argentin prononce un discours à l'ONU, nous plongeant ainsi plus brutalement dans l'idéologie et les pensées de celui-ci, seule une interview, nous parvenant le plus souvent en voix-off, le replacera dans le contexte historique et l'environnement politique qu'il investissait à l'époque. A partir de là, il devient compliqué pour le spectateur lambda de ne pas perdre le fil au gré de l'épopée du Che, n'omettant pas de rappeler certains évènements de l'Histoire (le débarquement de la baie des cochons, etc...) sans jamais les remettre en perspective quant à leur rapport au révolutionnaire. Sacrifices et ellipses obligatoires qui peuvent malheureusement nuire à la fluidité d'un portrait par ailleurs inégal.
Prenant place en pleine révolution cubaine, où Fidel Castro et son armée de rebelles s'efforcent de parvenir à La Havane, CHE – L'ARGENTIN n'a pour unique prétention que de nous placer en témoin de l'évolution d'une personnalité charismatique. De son rôle premier de docteur à l'exécution de rebelles jugés comme traîtres, Ernesto Guevara ne sera jamais mis sur un piédestal, jugé ou pris de haut par le scénario, témoignant de la volonté première d'un film souhaitant conserver une certaine authenticité. Une neutralité que semble s'être imposé le réalisateur mais qui se montre parfois exaspérante dans sa volonté de ne pas aller plus loin que ce que les documentations en amont du métrage disaient de lui, tant le récit, lisse et finalement assez linéaire, ne questionne jamais l'homme et sa nature, par essence profondément complexe. Des instants de vie intéressants dans l'absolu, mais qui souffrent vraisemblablement d'un traitement visuel qui décrit avant tout son sujet avec un recul paradoxalement bienvenu. Intention louable certes, que de privilégier l'épure à des fins didactiques et de peinture psychologique, mais qui dirige pourtant le portrait du Che vers le convenu et l'indifférence. N'influençant jamais notre perception des choses par l'absence totale d'envolées musicales, il reste qu'un supplément de risque, visuel et scénaristique, n'aurait pas été de trop. L'évolution d' Ernesto Guevara n'est jamais évidente, et ce malgré l'importance donnée à la temporalité d'un récit utilisant une structure narrative qui ne trouvera malgré tout jamais une justification pleinement satisfaisante. Pas même Benicio Del Toro, pourtant très bon, ne parviendra à épaissir son propre personnage.
Vous l'aurez compris, on ressort de cet épisode en ayant l'impression d'avoir raté un grand moment, tout en restant convaincu de ne pas avoir appris grand-chose. On ne peut donc qu'espèrer que CHE – L'ARGENTIN trouvera un supplément d'âme dans GUERILLA, une suite qui permettra, peut-être, d'y voir un peu plus clair.
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