Sorties cinéma Sorties Cinéma en Déc. 2008 Mercredi 10 Déc. | Les critiques de la rédaction : Burn After Reading---------------------------------------------------------------Un film américain de Joel Coen et Ethan Coen avec George Clooney, Brad Pitt, Frances McDormand, et John Malkovich
Genre : Comédie - Durée : 1H35 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Jacques Coulardeau
L’HUMOUR EST UNE ARME,MAIS EST-ELLE ENCORE FATALE ? Les frères Coen s’en donnent à cœur joie et surtout égratigne l’Amérique hypocrite et parano que l’on sait. Tout commence avec le licenciement d’un cadre de troisième niveau de la CIA, pour une raison qu’on ignore, sinon l’accusation d’un Mormon qui parle d’alcoolisme. Mais aussitôt tout devient impossible car on double cette situation en définitive banale d’une situation adultérine systématique de toutes les femmes et de presque tous les hommes. L’adultère a toujours fait rire les Américains dans les films, même si dans la vie réelle c’est la cause majeure bien sûr des divorces, la cause invoquée et prouvée, bien que la cause réelle soit que les époux américains se lassent très rapidement de toute situation devenue routinière. Il faut que cela change, bon dieu, et dieu sait si le bon dieu est favorable au changement, et qu’il vaut mieux que ce soit par le divorce plutôt que par la recherche d’une liberté de dieu ou encore pire d’un changement de dieu. Ajoutez à cela quelques « nuls » du type les Deschiens qui se convertissent à l’espionnage pour trouver les 25 000 dollars nécessaires pour la femelle du lot bradé pour se faire pratiquer cinq intervention de chirurgie esthétique et vous avez le summum de l’absurdité. Et l’absurdité apporte la mort car l’absurdité est mortifère. Les quatre hommes en cause s’entretueront, avec l’aide pour l’un d’eux de la CIA et une explusion au Venezuela pour un autre. Et les trois femmes de la fable auront leur liberté pour les deux mariées libérées pour cause de mort accidentelle, et la troisième par ses dollars pour que l’affaire soit bien étouffée pour la CIA, pour le patron de la CIA – si la CIA a un patron digne de ce nom – qui clora le dossier et le remettra à Dieu vers lequel nous nous échapperons à travers étages, toits et atmosphère. En ce siècle de sécurité menacée et de guerre contre le terrorisme, il semble plutôt que les Américains soient devenus de grands bébés jouant avec des armes à feu pour effrayer leurs nounous, ou devrais-je dire leurs nounours ?
Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris Dauphine, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne & Université Versailles Saint Quentin en Yvelines
| Par Guillaume Gas
Les frères Coen ont beau être des cinéastes inventifs, ils sont surtout irremplaçables, et toujours prêts à démonter les clichés de l'Amérique avec un culot et un sens de l'absurde tout bonnement démentiels. Leur style, désormais reconnu par l'intelligentsia du cinéma d'auteur, est avant tout celui d'un tandem de scnéaristes-réalisateurs qui osent jouer avec les codes et donner à leur film un cachet unique qui n'appartient qu'à eux. Un talent qui a atteint un zénith absolu cette année avec le triomphe de NO COUNTRY FOR OLD MEN, polar métaphysique d'une noirceur sidérante et chef-d'oeuvre instantané sur la violence d'un monde aux multiples paradoxes. Un triomphe qui, pourtant, appelait finalement à une question délicate : comment faire mieux après un tel carton ? Même avec un script en béton armé et un casting starisé, c'était mission impossible. Logique que BURN AFTER READING donne l'apparence d'une comédie mineure dans la carrière de ces deux génies. Pourtant, si l'on laisse la comparaison de côté, le film apparait sans difficulté comme l'une des meilleures comédies des frères Coen, au scénario diablement maîtrisé et nettement plus délirant que le désastreux LADYKILLERS.
Renouant avec la comédie à tiroirs, le tandem suit à nouveau les tribulations d'une bande d'idiots qu'il croque avec une virulence inédite. Vu que, dans un film des Coen, la caractérisation des personnages est généralement ce qui frappe le mieux à la première vision, autant démarrer par là. Pour résumer, disons que ''c'est l'histoire d'un type qui est marié à une femme qui le trompe avec un second type, lequel se fait draguer par une seconde femme, laquelle travaille avec un troisième type qui décide de s'associer avec elle pour arnaquer le premier type, et patati et patata...'' Inutile d'en révéler davantage, puisque l'intérêt du film réside avant tout dans une construction narrative propice à toutes les surprises, à tous les débordements, ainsi qu'à quelques coups de théâtres inattendus. On est ici loin d'un véritable jeu de massacre, mais l'humour noir se taille tout de même une jolie part du gâteau, le tout parsemé d'une énorme pincée d'absurdité qui nous titille régulièrement les zygomatiques. Et le jeu des acteurs (qui, forcément, s'éclatent comme des dingues) atteint un degré hautement jubilatoire, notamment grâce à un Clooney dingo en agent érotomane et, surtout, un Brad Pitt hallucinant qui n'aura jamais été aussi hilarant.
Noir et hautement loufoque, BURN AFTER READING offre donc son lot de séquences détraquées, de situations absurdes et de dialogues mitonnés aux petits oignons comme on en raffole. On a beau être plus proche d'INTOLERABLE CRUAUTE que de FARGO, surtout en raison de l'absence d'une vraie structure polardeuse, cette comédie porte pleinement l'empreinte de ses auteurs, toujours enclins à foutre le bordel et à embrouiller leurs marionnettes dans leur propre fil. Mais comme souvent, derrière la cruauté cynique de leur scénario, les Coen laissent planer l'ombre de réels drames humains. En témoigne le destin du personnage de Frances McDormand, une fois de plus bluffante. Et franchement, dans un scénario qui était davantage propice au mélodrame auteuriste ou au délire sans queue ni tête, ça fait plaisir. Qu'on se le dise : les frères Coen n'ont absolument rien perdu de leur acidité et nous livrent, ici et maintenant, une comédie réussie et délirante dont ils sont les seuls à avoir le secret. On espère fortement que la suite des festivités sera tout aussi réjouissante.
| Par André Ruellan
Que l'on soit sensible ou non à l'humour dévastateur des frères Coen, ce que l'on doit leur reconnaître, c'est d'abord la qualité extrême de la mise en images et du découpage des séquences d'une habileté remarquable. Puis il y a la direction des acteurs souvent mis à contre emploi, dans des rôle inimaginables. C'est dire qu'avec leur histoire déjantée d'espionnage, il en résulte un film déroutant et fascinant, où l'on doit s'accrocher à la moindre réplique et au plus bref des plans pour apprécier le nectar aigrelet de cette bande de bons à rien.
En avant donc cette histoire burlesque d'espionnage montée par l'imagination de crétins obsédés par les complots vus par le petit bout de la lorgnette et qui lassent par leurs minables exploits des responsables de services secrets dépassés par ce pastiche de la Guerre Froide fomenté par une dame obsédée de chirurgie esthétique.
Et quels superbes acteurs: le toujours sensationnel John Malkovich, au ridicule racé - George Clooney en séducteur froussard et prétentieux - Brad Pitt absolument benet que c'en est inquiétant et surtout une excellente Frances McDormand dont la naïve obstination mène aux catastrophes les plus définitives.
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