Sorties cinéma Sorties Cinéma en Déc. 2008 Mercredi 03 Déc. | Les critiques de la rédaction : Agathe Cléry---------------------------------------------------------------Un film français de Etienne Chatiliez avec Valérie Lemercier, Anthony Kavanagh, Isabelle Nanty, Jean Rochefort, Artus de Penguern, et Dominique Lavanant
Genre : Comédie - Durée : 1H53 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Jacques Coulardeau
EN PHASE AVEC LE GRAND CHAMBARDEMENT DU 20 JANVIER. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce film prend son sujet du racisme dans notre société définitivement là où ça fait le plus mal, vous savez ces pendeloques brinquebalantes prétendument mâles et masculines, pour ne pas dire phalliques. Les Pinderlots de la Castafiore dans un scénario que même Hergé n’avait pas imaginé, sauf peut-être quand Tintin était parti au Congo. Etienne Chatiliez, lui, ose, et avec un rythme époustouflant, un sens de la provocation illimitée, et une ironie qui broie tellement de noir qu’elle en devient lumineusement éclatante. Et On doit s’éclater à cette enfilage et enfilade de perles racistes d’un côté comme de l’autre qui sont toutes aussi absurdes qu’idiotes, mais également aussi courantes que pétrifiantes d’horreur. Mais c’est là que le film nécessite un deuxième niveau de jouissance : celui de la distance nécessaire pour jouir de la proximité quasiment promiscue avec la boue que ces ringardismes racistes transportent, chaque côté annulant l’autre. Et cela devient hilarant d’oxymoronique viol permanent de notre morale. Ce ne sont que contradictions et antagonismes qui ne font de bien à personne seules, mais qui sont comme un élixir de raison dans leur accumulation, leur salade composée et leur absurde patchwork. Si on ne comprend pas cela, le film est raciste dans tous les sens, pour les blancs comme pour les noirs, pour les gris comme pour les jaunes, et même les rouges et les verts ne sont que la génération suivante. Et en plus il littéralement transforme et transfixe des chansons des plus ordinaires, courantes, connues, pour les régénérer avec de nouvelles paroles dans des situations en absolue hiatus avec le sens traditionnel. « Noir c’est noir » vous donne envie de jeter toutes les lunettes roses, bleues ou noires du monde que l’on vous impose pour enfin voir le noir de la nuit dans sa vraie couleur et le blanc du jour dans sa vraie lumière. La chanson du suicide (tenté) de Johnny Halliday une veille de Fête de l’Huma en 1965 si j’ai bonne mémoire devient une dénonciation des sectarismes de bigots et de dévots à en faire rire de plaisir. Il est aussi plus qu’amusant de voir la descente du Thalys en Gare du Nord transformée en piste de danse plutôt électrique chantant les mérites inoubliables bien qu’inavouables du capitalisme sauvage des produits de beauté. Suivez mon regard parce que vous le valez bien. Un employé dans ce domaine industriel se jette aussi vite qu’un coton de démaquillage. Sublime. Mais construire le modèle à l’envers d’une boîte qui n’embaucherait par principe que des non-blancs est aussi absurde. Si certes je ne suis pas pour le métissage, un terme exécrable qui dans ma culture est un héritage de l’esclavage, même si moi-même je ne suis qu’un quarteron de juif, je dois dire que la direction est la bonne et que l’avenir est dans la liberté absolue, voulue, désirée, fantasmée de composition, mélange, patchwork, assemblage, collaboration, enrichissement mutuel et simultané de tout ce qui est différent par principe, par essence, car la loi de la nature, raison de plus de la société humaine, c’est que la perfection ne peut naître que de l’association des êtres et des choses opposées. Plus la distance est grande, plus la richesse du produit est belle. Et qu’on me comprenne bien : on peut travailler l’identité à un niveau quelconque (y compris d’orientation sexuelle ou sensuelle) mais on doit travailler la différence à un autre pour pouvoir jamais peut-être viser de dépasser la moyenne médiocre et sans goût. Le métissage, dans le terme même, porte en lui l’idée d’effacer les différences en les alliant pour produire quelque chose d’unifié. Il s’agit pour moi, et ce film en est la plus claire démonstration, y compris dans son final un peu naïf, de faire que les différences apprennent à vivre ensemble et à se mêler sans jamais viser à les effacer. C’est Benveniste qui a dit que la valeur est dans la différence et non dans la similitude. Lévi Strauss aurait pu dire la même chose. Un film admirable avec une musique défrisante, et en plus sans le moindre produit chimique, même cosmétique.
Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris Dauphine, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne & Université Versailles Saint Quentin en Yvelines
| Par Elodie Faiderbe
Agathe Cléry nous conte l'histoire d'une brillante directrice de marketing pour cosmétiques. Tout lui sourit jusqu'au jour où le destin en décide autrement. Atteinte du syndrome d'Addison, une maladie qui fait noircir la peau, Agathe devra faire face à l'intolérance et aux moqueries racistes dont elle en était autrefois l'auteur. Mais l'amour pourrait ne pas être loin...
Étienne Chatiliez signe ici une comédie drôle et cocasse sur un thème grave déjà plein de fois abordé auparavant: le racisme. Oui mais voilà ici, le sujet est traité sous forme de comédie musicale ce qui, cependant, au début du film nous déstabilise.
Les paroles sont un peu naïves, mais la prouesse du casting et les chorégraphies bien étudiées nous emmènent finalement dans un tourbillon de légèreté et de bonne humeur.
Justement en parlant du casting il faut souligner l'incroyable interprétation de Valérie Lemercier qui campe à merveille Agathe Cléry, une working girl exécrable et raciste. L'actrice parvient à donner de l'émotion à son personnage et on se surprend à compatir pour elle. Valérie Lemercier se révèle une très bonne danseuse (à défaut d'une bonne chanteuse) et sa prestation de Michael Jackson restera certainement dans les annales du cinéma français ! À noter pour l'anecdote qu'il lui aura fallu 3h30 de maquillage par jour pour devenir noire et le résultat est stupéfiant !
Le film souffre cependant de quelques longueurs et les 1h50 se font parfois sentir mais la musique et l'humour parviennent à nous faire rester dans notre fauteuil jusqu'au bout.
Bref, Agathe Cléry est un pari réussi et son dénouement nous laisse un message de tolérance plein d'espoir. Étienne Chatiliez nous décoche à nouveau une flèche qui pourrait bien atteindre sa cible...
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