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Sorties cinéma Sorties Cinéma en Nov. 2008 Mercredi 19 Nov.
Les critiques de la rédaction :
Two Lovers
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Un film américain de James Gray avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw, John Ortiz, Moni Moshonov, et Isabella Rossellini

Genre : Drame - Durée : 1H50 mn

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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma

Par Guillaume Lasvigne
A croire qu'à force de visionnages bouseux et anecdotiques, on pouvait oublier qu'un genre n'est voué à demeurer cloisonné dans ses conventions que s'il est perçu comme tel. Malgré une avalanche de contre-arguments tout prêts à être cités pour contredire les échos du premier quidam persuadé qu'un certain cinéma demeure caricatural quoiqu'il en soit fait, il est un registre dont on se demande s'il trouvera un jour une légitimité artistique. Dynamitée par le vrai travail scénaristique d'un Jason Segel qui a tout compris, et parmi les COUP DE FOUDRE A RHODE ISLAND et autres bluettes inoffensives, SANS SARAH RIEN NE VA demeure pourtant une très bonne comédie romantique, et simplement la meilleure de l'année en cours (comment ça j'oublie WALL.E ?). Transcendant par l'humour les clichés les plus vomitifs d'un genre ultra-codifié, cette production Apatow (tiens...) nivelait par le haut des conventions qui n'avaient a priori plus grand intérêt si ce n'est d'attendre la fin du film pour savoir que les deux personnages qui ne pouvaient pas se blairer pendant 90 minutes allaient finalement se marier.
Et autant qu'il est évident qu'un script réellement élaboré puisse éviter certaines facilités, l'utilisation du cinéma dans son utilité première, c'est-à-dire en tant qu'art de l'image, permet si on le souhaite et si on le peut (tant en termes de connaissances que de pratique) d'anéantir la perception d'un cliché comme en étant un. Aussi est-il à peine surprenant de constater que l'homme à qui l'on doit aujourd'hui cet exploit est un réalisateur issu... du cinéma de genre. Comme quoi, il y a une justice.

Seulement un an après LA NUIT NOUS APPARTIENT, et paradoxalement pour son quatrième film en près de quinze ans, le trop rare James Gray nous revient avec une œuvre pour le moins différente de ce à quoi il nous avait habitué. Avec son passionnant TWO LOVERS, le réalisateur souhaite visiblement élargir son registre et s'essayer à une forme d'intimisme plus radical qu'avec ses précédents films. En s'intéressant alors à l'amour au travers d'un triangle de personnages ou rien ne laisser présager une quelconque originalité, Gray parvient pourtant à hisser son métrage bien au-delà de la qualité moyenne de bien des représentants du genre.
Si s'attacher au personnage principal était impossible dans ces derniers, tant sa personnalité et sa psyché révélaient de gros problèmes d'écriture, TWO LOVERS parvient dés sa première séquence à créer une empathie avec le spectateur. Certes maladroit car brutal (le personnage magnifiquement interprété par Joaquin Phoenix fait une tentative de suicide), cet élément déclencheur semble peut-être forcer l'émotion mais y arrive en créant une rupture directe avec le pathos qui pouvait s'en suivre (le personnage remercie à peine l'homme qui lui a sauvé la vie). A partir de là et grâce à la démarche jusqu'au-boutiste de son metteur en scène, James Gray parvient, grâce à l'image uniquement, à installer le spectateur dans un récit qui ne sortira que rarement de cette ambiance anxiogène introductrice. Le malaise vécu par Léonard, bipolaire et démoralisé suite au départ de son ex-fiancée, qui séduit malgré lui une femme tout en étant amoureux d'une autre, elle-même éperdue d'un homme marié ; est exprimé au-delà des paroles par la caméra. Grâce une mise en scène constamment au service de son récit, élaborée dans le seul but d'illustrer les différents états d'âme du personnage via une météo toujours vectrice de sens ou de l'utilisation d'un sound-design qui lui est organiquement lié, les canons scénaristiques propres au genre sont annihilés, permettant par exemple qu'aucun des proches du personnage masculin ne vienne nous expliquer l'état des lieux toutes les dix minutes. Et fait que TWO LOVERS parvienne toujours à ses fins en sublimant des éléments du récit par leur traduction formelle. Evacuant toute prétention, Gray filme l'intimisme en laissant son découpage seul donner de la puissance à son récit, écrasant toujours son personnage masculin dans l'espace qu'il occupe pour traduire son mal-être ou suggérant constamment la présence de la femme qu'il désire quand celle qu'on lui suggère ose se trouver dans le même champ que lui. Ou transcender par une ambition formelle un récit par essence balisé. Ou presque.

Le traditionnel dilemme amoureux deviendrait en effet sans doute aussi pénible et galvaudé qu'un autre (on se souvient récemment du minimaliste VICKY CRISTINA BARCELONA) si Gray n'avait pas eu l'audace et l'intelligence de donner une place prépondérante à un élément perturbateur. Incarné à merveille par des parents envahissants et clairement entremetteurs, celui-ci permettra de nuancer la psychologie du fils, dont l'attirance pour « la blonde » pourra être vue comme échappatoire à une pression familiale contre laquelle il ne peut lutter, et permet à sa bipolarité de dépasser le simple stade du rappel scénaristique (les médicaments en l'occurrence). Et par là même de constater que le passage à la comédie romantique permet tout de même à James Gray de conserver une cohérence thématique totale.
Le réalisateur, en accompagnant toujours un code usité d'un effort d'écriture permettant de ne pas assister à un rabâchage scénaristique ou moral (le père marié de la blonde qui rencontre Léonard, la séquence en boîte, le final...), permet à TWO LOVERS de se ré-approprier totalement le genre et de rester dans les mémoires.
Dire qu'on n'avait plus vu ça depuis le génial PUNCH-DRUNK LOVE de P.T. Anderson...

Vous l'aurez compris, si vous n'en pouvez plus des guimauves poussives et qu'il vous reste un tant soit peu d'espoir concernant un cinéma qui de toute façon retombera dans ses travers dés qu'un scénariste voudra nous dire comment pépé a rencontré mémé, il est totalement inutile que je vous conseille quoi faire.


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Au 31 Janvier 2012
Source : cbo-boxoffice
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