Sorties cinéma Sorties Cinéma en Nov. 2008 Mercredi 19 Nov. | Les critiques de la rédaction : Frangins malgré eux---------------------------------------------------------------Un film américain de Adam McKay avec Will Ferrell, John C. Reilly, Mary Steenburgen
Genre : Comédie - Durée : 1H40 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Lasvigne
Délicat travail que celui de critique, qu'offrir son travail de réflexion en pâture à des lecteurs prêts à tout pour remplir leur étagère Godwin en cas de désaccord. Développer, expliquer et assumer chaque détail de son argumentaire peut très vite devenir ingérable quand l'entourage du rédacteur s'obstine à défendre et respecter pointilleusement une idée préconçue du support qu'il analyse. Aussi, difficile de ne pas se soumettre à une hypocrisie mal dissimulée quand faire partie d'une minorité ne peut être acceptable et acceptée. Comment en effet oser émettre un jugement quand les porteurs du sceau de la pensée unique vous tombent dessus à la moindre hypothèse contradictoire chuchotée ? Question aussi archaïque qu'erronée quand une majorité de journalistes ne se la pose même pas. Avoir une ambition narrative et visuelle quand on est français c'est bien, mais finalement c'est faire comme les américains ; aimer l'humour régressif d'un Sandler ou d'un Appatow c'est génial, mais ça vole vraiment pas haut. Et oui, une simple digression hors de propos permet souvent au critique de se cacher derrière sa volonté de conformisme inavouée tout en dévoilant aux moins naïfs une absence totale d'intégrité professionnelle. Que resterait-il alors de FRANGINS MALGRE EUX, dernière comédie en date de l'acteur comique le plus ignoré par nos distributeurs, si ce principe de base nous était inconnu ? Comédie conservatrice tant affligeante qu'amusante pour Le Monde, FRANGINS MALGRE EUX se déleste des scènes inutiles et file la métaphore pour Chronic'Art. Pour L'Express, le duo formé par Ferell et Reilly est con, et c'est bon. En seulement trois lectures, on peut donc être persuadé d'assister à une comédie (con)servatrice, affligeante et métaphorique. Comme quoi l'éloge peut vite être contrebalancé par un dénigrement instantané permettant la justification de son auteur, et par là même la sympathie du lecteur. Alors, attardé et rentré dans le rang le Ferell ?
Cette volonté de tout vouloir hiérarchiser jusqu'à l'humour attire les amalgames. Pas plus attardés que d'autres, les personnages principaux ne sont que deux adultes ayant oublié (volontairement ?) d'avoir une profession et des responsabilités, qui, suite au coup de foudre de leur père et mère respectifs, vont devoir cohabiter. En ne voulant pas grandir, les deux bougres ont conservés le comportement typique d'adolescents (et non pas de débiles) : jalousie, moquerie, mimiques, provocations et bagarres sont leur quotidien. Traités comme tels, ils seront tout aussi privés de télé qu'ils pleureront et se prendront des fessées. Pas métaphorique pour une cahouette, le scénario de Ferell et Mc Kay n'a aucune autre volonté que d'aligner les barres de rire à grand coup de vulgarité gratuite et de séquences improvisées. Que ce soit lors d'entretiens d'embauche, de visites immobilières ou de divorce, tout n'est que prétexte à poser ses couilles sur la batterie du frangin, à insulter tout ce qui bouge et à s'imaginer avec le monde à ses bottes. On pourra certes y voir une apologie de la jeunesse et de son insouciance, quand la structure du récit, trop dénuée de réel fil narratif, nous rappellera par l'intermédiaire des excellents Will Ferell et John C. Reilly que FRANGINS MALGRE EUX n'en a jamais l'ambition. Exploré sous toutes les coutures, la relation semi-fraternelle des deux adultes, avec ou sans leurs parents, reste le principal moteur d'une histoire uniquement créée pour satisfaire les instincts des apôtres d'une régression salutaire qu'une MPAA toujours aussi puritaine (le film est classé R aux Etats-Unis...) persistera à ignorer. Bousculée dans ses valeurs, la fratrie devenue adulte et employée fera passer le spectateur du rire à l'émotion, mêlant même les deux lors d'une géniale séquence musicale en fin de métrage. Et pour ceux qui pensaient que les deux bougres se plaisaient à se comporter comme ce qu'on attendait d'eux, la séquence finale (pendant le générique) viendra leur rappeler que le conservatisme n'est pas une valeur universelle. Et après TALLAGEDA NIGHTS et autres ROIS DU PATIN, qui pouvait encore en douter ?
Vous l'aurez compris, il n'y a rien de mieux que de se fighter à coups de batte de baseball dans la tronche en s'insultant sans jamais se prendre au sérieux. Et qui de mieux qu'un Will Ferell en grande forme et que son comparse du jour pour venir le rappeler aux plus frileux ? On attend toujours.
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