Sorties cinéma Sorties Cinéma en Octobre 2008 Mercredi 29 Octobre | Les critiques de la rédaction : The Visitor---------------------------------------------------------------Un film américain de Thomas McCarthy avec Richard Jenkins, Haaz Sleiman, et Danai Jekesai Gurira
Genre : Comédie dramatique - Durée : 1H45 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Jacques Coulardeau
NE PAS EN RESTER A LA SURFACE DES CHOSES. Bien sûr que l’on nous parle d’immigration clandestine, à la mode américaine. Bien sûr que l’on nous parle de la folie sécuritaire d’après le 11 septembre aux Etats Unis. Mais cette politique du renvoi des illégaux ou des pas en règle est ancienne et a toujours existé aux USA. Je l’ai personnellement rencontrée en 1970 sans aucun problème. C’était la faute d’un bureaucrate un peu barjot du consulat US de Bordeaux. Neuf ou dix mois en parfaite illégalité reconnue et tolérée car il y avait un contrat à la clé qu’il fallait bien honorer. La nouveauté est que la chasse se fait plus dure non pas pour simplement terroriser ceux qui sont pris, mais pour, en terrorisant ceux-ci et en les traitant comme du fumier, maintenir le flot et les flux à des niveaux acceptables, ni trop hauts, ni trop bas, car l’économie a besoin de toute façon d’un volant de main d’œuvre sous payée pour permettre au haut de l’échelle de garder ses privilèges. Les CDD de La Poste sont la même tactique : renier à des travailleurs pendant dix, vingt ans et même plus toute ancienneté, et les garder à l’échelon le plus bas et dans les tâches les moins valorisantes pour permettre aux titulaires d’avoir des profils de carrière intéressants et de ne pas trop se salir les mains. Et là on parle de travailleurs non irréguliers, de travailleurs notoirement en règle et très majoritairement français. Mais les sans papiers acceptent de vivre à un niveau à peine plus élevé que celui de leurs pays d’origine, ne serait-ce que pour pouvoir envoyer une partir de leur maigre salaire chez eux. Mais le plus important c’est que ces irréguliers, qui croient que leur rêve est enfin réalisé, apportent quelque chose qui a bien plus de valeur que la maigre portion du produit national brut qu’ils reçoivent. Dans ce film c’est la musique, un djembé, et le professeur d’université finit par admettre qu’il ne fait rien, qu’il donne le même cours qu’il fait tous les ans depuis 25 ans (et ne croyez pas que c’est uniquement américain ni marginal, la liste de farniente de luxe et qu’on dira très bien payé pour ce qu’ils font est longue, très longue, comme d’ailleurs les pétitions qu’ils signent dès qu’on leur rappelle qu’ils doivent « peut-être » travailler un peu), qu’il n’écrit que des livres qui ne sont que des ratissages de feuilles mortes qui ne produiront jamais du miel sans parler de la gelée royale. Et il apprend enfin a partager avec d’autres cette musique qu’il doit vivre sans le moins du monde penser avec son esprit raisonneur qui lui demanderait ce que cela peut bien lui rapporter. Mais c’est là que la fin est maigre car jouer du djembé seul sur un banc sans auditoire dans la station de métro de Broadway-Lafayette Street, au lieu d’avec tous les autres à Central Park au centre d’une foule compacte, c’est l’échec car il n’a pas appris à partager avec les autres sa passion qu’il a en commun avec ces autres, mais seulement à être seul en public et non plus caché dans un placard à balai intellectuel et universitaire entre un écran d’ordinateur et une cafetière électrique. C’est là une fin un peu, beaucoup, passionnément maigre.
Dr Jacques COULARDEAU
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