Sorties cinéma Sorties Cinéma en Octobre 2008 Mercredi 15 Octobre | Les critiques de la rédaction : Course à la mort---------------------------------------------------------------Un film américain de Paul W.S. Anderson avec Jason Statham, Tyrese Gibson, et Joan Allen
Genre : Action - Durée : 1H45 mn
Donnez votre opinion sur ce film |
|
L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Gas
Triple crainte que voilà : un remake (aïe !) d'un classique de la série B (ouille !) par l'inénarrable Paul Anderson (vite, le masque à oxygène !). Bon, pour tous ceux qui reviennent d'un long voyage sur la planète Mars, sachez que le bonhomme n'est pas seulement celui qui a su nous torcher des séries B pas franchement mémorables (SOLDIER, MORTAL KOMBAT, EVENT HORIZON...), c'est surtout le grand débile qui a réussi à niquer les franchises ALIEN et PREDATOR en un seul film. Mais comme rien ne reste gravé dans le marbre et qu'un tâcheron opportuniste peut dissimuler un faiseur talentueux, voilà qu'un remake (projet casse-gueule, et ô combien agaçant !) offre à Anderson l'opportunité de se lâcher comme jamais il ne l'avait fait. Pour faire simple, son nouveau long-métrage sera musclé, survitaminé, ultraviolent et sacrément explosif ! Allergiques aux gros films dégénérés que sont WANTED et DOOMSDAY, passez immédiatement votre chemin ! Quant aux autres, bienvenue dans l'arène du nouveau millénaire !
Epaulé par Tom Cruise et Roger Corman lui-même à la production, Paul Anderson s'est visiblement surpassé pour faire de cette COURSE A LA MORT un spectacle saisissant, aussi avare en trucages numériques que surchargé en violence routière. Ce qui n'exclut pas quelques tueries sanguinolentes ainsi que des bastons plus que musclées, plutôt inhabituelles de la part de celui qui avait su transformer l'univers de RESIDENT EVIL en blockbuster aseptisé pour les moins de 12 ans. Bref, avec ce film, le réalisateur trouve enfin un matériau lui permettant de se lâcher comme trop rarement il ne l'avait fait. Sauf qu'a contrario du film original de Paul Bartel, il ne vise pas l'ambition de livrer une satire corrosive de l'Amérique futuriste. Il faut dire que le film original en faisait déjà son affaire, et que le ROLLERBALL de Norman Jewinson s'était également attaché à dénoncer la manipulation médiatique à base de jeux du cirque futuristes. Bref, Anderson ne livre qu'un film pop-corn, et assume son parti pris jusqu'au bout.
Doit-on le critiquer pour cela ? Bien sûr que non. Depuis plusieurs années, Anderson ne cessait de considérer son travail avec un tant soit peu d'ambition, et c'était tout juste s'il ne se comparait pas à Romero en parlant de son travail sur RESIDENT EVIL ! Avec ce nouveau film, il reconsidère son statut de faiseur, et décide de revenir vers un peu plus de modestie. Même avec les meilleures intentions du monde, le réalisateur ne pouvait espérer égaler (voire battre) le film de Bartel, considéré encore aujourd'hui comme l'un des rares modèles de séries B réellement subversives. Et c'est en vidant toute substance satirique de son projet qu'il impose son respect pour l'univers de Bartel et qu'il trouve enfin le moyen de susciter un plaisir immédiat chez le spectateur. Ici, la recette est simple (de l'action, rien que de l'action !), et elle a le mérite d'être claire. C'est donc avec une volonté indéniable d'aller encore plus loin dans l'action pure et dure, et de réaliser un véritable rêve de gosse, qu'Anderson réalise ce remake, qu'il considère davantage comme une suite plutôt qu'un remake (la scène d'ouverture semble être la mort du ''Frankenstein'' original).
Mises à mort trash, carambolages en cascade, explosions maousses et montage surdécoupé : cette COURSE A LA MORT s'impose sans difficulté comme un classique instantané pour nous mettre l'adrénaline en surchauffe. Ici, d'un bout à l'autre, on en prend plein la gueule grâce aux courses-poursuites gigantesques (et pour une fois, très longues !) qu'Anderson nous a concoctées, et on se réjouit avant tout de la présence d'un vrai spectacle bourrin, qui ne vise plus à censurer ce qui pourrait paraître too much, mais qui ne lésine ni sur le gore ni sur le bourrinage en règle (quoique les massacres de petits vieux et d'handicapés en fauteuils roulants, déjà présents dans l'original, ont ici disparu). Mais surtout, COURSE A LA MORT s'impose comme l'un des rares films exploitant de manière efficace et pas gadget le concept du jeu vidéo : par l'intermédiaire de ces balises disposées un peu partout sur la course qui permettent aux pilotes d'activer leurs armes ou leur bouclier, on devine sans peine le plaisir de gamer que peuvent ressentir les fans de ''Mario Kart''. Pour une fois, Anderson réussit à nous faire partager sa passion pour les jeux vidéos.
Dans ce décor de futur post-apocalyptique dévoré par la pollution (ce qu'atteste un Scope doté d'une superbe photographie grisâtre), ces courses meurtrières et sans règles sont donc utilisées et diffusées pour relancer l'économie et gonfler l'audimat. Rien de nouveau en soi, mais la démarche d'Anderson, ouvertement fun et sans idées dénonciatrices, mérite d'être prise en considération. Certes, le scénario ne vole pas bien haut, mais on n'est pas venu pour voir des twists ou des scènes de ménage. Et la présence de comédiens particulièrement talentueux (Joan Allen, Ian McShane...), aux côtés d'un Jason Statham toujours aussi ''Action Man'' (parce qu'il le vaut bien !), suffit à pardonner les quelques carences scénaristiques du film. COURSE A LA MORT frappe avant tout par sa modestie, sa sincérité et son honnêteté, aussi bien vis à vis du film original que du spectateur. En épurant totalement la prétention auteuriste qu'il ne possède absolument pas, en choisissant de revenir au réalisme brutal et hardcore des meilleures séries B, en visant ouvertement le spectacle pur et sans concession, Paul Anderson réalise sans conteste son meilleur film. En même temps, vu ce qu'il a commis avant, ce n'était pas difficile de faire mieux.
|
|
| |