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Sorties cinéma Sorties Cinéma en Septembre 2008 Mercredi 24 Septembre
Les critiques de la rédaction :
Entre les murs
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Un film français de Laurent Cantet avec François Bégaudeau, Nassim Amrabt, et Laura Baquela

Genre : Comédie dramatique - Durée : 2H08 mn

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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
La note de la rédaction :

Par Guillaume Gas
L'école et le cinéma peuvent-ils faire bon ménage ? La réponse, on pensait l'avoir eu il y a déjà six ans, lors de la sortie de l'excellent ÊTRE ET AVOIR, documentaire brillant et dénué de racolage, exploration drôle et touchante des relations entre un professeur et ses élèves, au sein d'une petite école maternelle perdue en plein coeur de l'Auvergne. Pourtant, avec ce nouveau film sur le thème délicat de l'enseignement et de la transmission de savoir, Laurent Cantet, déjà repéré pour ses RESSOURCES HUMAINES, livre le film le plus abouti sur le sujet. Le plus réussi, oui, mais pas seulement. Surtout le plus audacieux, un film casse-gueule, une fiction au parfum de documentaire, qui ne cache pas son intention de laisser le spectateur observer, réfléchir et débattre sur des images puissantes qui surprennent par leur réalisme et l'intensité qui s'en dégage, aussi bien des dialogues que de la mise en scène.

ENTRE LES MURS est un film qui ne perd pas de temps, qui ne montre que le nécessaire, qui va droit à l'essentiel. Sur ce point, Laurent Cantet met cartes sur table dès la première scène : c'est la rentrée des classes, le professeur de français (François Bégaudeau) avale son café en une fraction de seconde dans un bistrot avant d'arriver à l'école, chaque enseignant fait une rapide présentation, et très vite, les élèves rentrent en classe et dévoilent une énergie qui ne quittera jamais l'écran. On se familiarise automatiquement avec le professeur, très éloigné de l'image d'Epinal du ''professeur parfait'', de ce pédagogue idéal et fantasmé qui avait parfois tendance à parasiter les fictions télévisées. Le professeur est, ici, un être humain ordinaire, comme les autres, avec son humour, ses doutes et son caractère. On se familiarise aussi avec tous les élèves, chacun échappant aux stéréotypes pour révéler un caractère unique, une présence dans le cadre et un franc-parler souvent hallucinant.

Cantet aura eu d'abord la justesse et l'honnêteté de ne pas creuser de fossé entre les deux générations. Son film ne vise pas à mettre les élèves d'un côté et les enseignants de l'autre, il établit au contraire des liens entre chaque être, comme pour en souligner les parallèles que l'on tend parfois à négliger. Par exemple, l'attitude d'un élève, qu'il s'agisse d'une colère, d'une réflexion piquante ou d'une volonté de se faire entendre, peut avoir autant de poids que le discours d'un professeur (on pense à ce discours civique d'une jeune élève, persuadée d'être sans cesse critiquée par son enseignant). Dans un autre registre, une jeune enseignante, bientôt maman, peut dévoiler une vigueur de gamine qui la font passer, l'espace d'un instant, pour une adulte ayant conservé son âme d'adolescente. Voilà le coup de maître du film : ne jamais faire ressentir une quelconque forme de différence entre tous les habitants de ce collège. Et le film de Cantet prend alors l'allure de petits blocs de vie reliés les uns aux autres par un montage absolument brillant, sorte de théâtre du réel qui met tout le monde, élèves et professeurs, à égalité, face aux autres et à soi-même.

Dans cette classe énergique et pleine de pêche, le professeur fait son cours normalement, mais les réflexions de chaque élève font parfois dériver le cours vers autre chose. Pour tout dire, entre des réflexions bien senties (et parfois hilarantes) sur la nécessité de faire son autoportrait ou sur la conjugaison d'un verbe au passé simple, on croit parfois au débat philosophique entre un maître et ses élèves, l'un discutant les réponses des autres et les encourageant à réfléchir par eux-mêmes, à remettre leurs idées préconçues en question et à en trouver les réponses. Le temps d'un discours, une des élèves évoque la lecture de ''La République'' de Platon. Un moment qui ne sonne pas comme un hasard : dans ce film, le professeur pourrait être une sorte de ''nouveau Socrate'' pour la nouvelle génération. Un type simple, qui parle de tout, qui discute de tout, qui remet certaines choses en question, qui n'hésite pas à provoquer ses élèves. Mais une telle forme de provocation encourage aussi le dérapage, auquel il est parfois difficile d'échapper...

Face à lui, des élèves lui tiennent tête, parfois avec efficacité, parfois en calmant leurs ardeurs. Mais il arrive qu'une discussion, a priori hasardeuse (par exemple, le mot ''pétasse'', employé de façon particulière dans une expression, peut-il sonner comme une injure ?), déclenche une vague de critiques ou de haine. La provocation verbale y est exacerbée, le dialogue devient délicat, et Cantet parvient à nous faire ressentir ce malaise, en créant ainsi de grands moments de tension. Mais le cinéaste ne fait aucun jugement. Il ne fait qu'observer, faisant de ce collège un énorme laboratoire des relations humaines difficiles entre un maître et ses élèves. Nulle trace de pédagogie façon packaging, juste une étude simple et honnête, sans aucune forme de discrimination. Chaque élève tente de défendre son point de vue, dévoile un caractère et une présence, avec son propre langage (littéraire, verlan, métaphores, tout y passe...) et sa propre vision des choses. Parfois, le professeur prend l'avantage, ou alors, ne réussit pas son coup par trop-plein d'optimisme, notamment sur le plan disciplinaire. Le contat final sur le sort d'un élément perturbateur sonnera comme un échec pour tout le monde, que ce soit pour l'élève ou pour le système éducatif du collège. Le film nous le fait ressentir, et nous laisse réfléchir.

Reste le sujet qui peut susciter la polémique : une telle vision de l'éducation peut-elle donner au film de Laurent Cantet un cachet politique ? La déclaration de Sean Penn au récent festival de Cannes était claire : ''Le vainqueur du festival sera le plus conscient sur le monde qui l'entoure''. Au vu du projet artistique de Laurent Cantet, sorte d'outil pédagogique qui suscite le regard en même temps que la réflexion, on peut dire que le pari est largement remporté, le film offrant au spectateur l'occasion de débattre, de réfléchir sur l'enseignement, de mettre en avant les doutes et les incertitudes de chacun sans émettre de jugement définitif. Ici, la politique s'efface devant la réflexion, et le film reste ouvert. Entre les murs, il y a toutes ses tranches de vie, tous ces élèves auxquels nous avons tous ressemblé et dont la pêche communicative a le bon goût de titiller notre fibre nostalgique. Des êtres humains uniques, aussi doués pour manier le verlan que l'imparfait du subjonctif... Il est de plus en plus rare de voir des Palme d'Or réellement méritées. Celle-ci en est une. Et une des plus belles.


Par Jacques Coulardeau
UN BRILLANT CONSTAT D’ECHEC AUSSI CRUEL QUE VRAI. Un film qui ne durera pas très longtemps mais que l’on citera longtemps chez les partisans d’une réforme plus que profonde de l’éducation nationale, tant que celle-ci n’aura pas été faite. Un collège que je dirai français ethnique typique de notre temps et du 20ème arrondissement de Paris. Tout se centre sur une classe et un professeur de français qui se veut libéral mais il y a des limites à son libéralisme, les limites qu’il doit faire respecter s’il ne veut pas être rejeté par le système et en premier lieu ses collègues. Un élève malien difficile. Une tentative réussie, mais sans suite, de dialogue pédagogique avec l’autoportrait que le professeur laisse faire en photos avec des légendes et non en texte. Et tout le reste ce ne sont que des erreurs. Erreur de ne pas partir de la langue et des intérêts des élèves et de leur imposer des choses que lui le professeur juge bonnes. Il manque d’innombrables occasions de dialogue. Une élève demande le sens d’Autrichienne. Il demande en retour qui connaît un Autrichien célèbre. Il se moque de la prononciation de Wolfgang par l’élève noir qui lui répond Wolfgang Amadeus Mozart au lieu d’exploiter cette réponse. Sa surprise évidente le rend raciste au lieu d’être curieux. Venu d’un élève noir cela aurait pu être une extraordinaire découverte pour les autres. Pire encore il n’introduit même pas l’Autrichien le plus célèbre du monde, Adolf Hitler, alors même que plus tard il prévoit de faire « Le Journal d’Anne Frank ». Je passerai sur sa leçon sur l’imparfait du subjonctif qui n’est que moquerie de la Tunisienne qui introduit le verbe être à ce temps et son exemple avec le même verbe être qui est plutôt mauvais. Sa réaction à la « question » sur son homosexualité présumée est médiocre et bien sûr inefficace car médiocre. Le pire reste quand même le fait qu’il traite les déléguées de classe qui ont fait leur boulot de rapporter les moyennes et les propos des profs de pétasses, ce qui déclenche une réaction violente de ce pauvre Malien qui sent à ce moment là la terre pédagogique lui filer sous les pieds. Il finira en conseil de discipline et exclus. Le pire sera que la mère ne parle ni ne comprend le français et qu’aucun effort n’a été fait pour assurer la traduction, et pire encore le professeur accusateur et au langage fleuri est membre délibérant du Conseil, juge et partie. Et pour couronner le tout une l’élève qui vient lui dire qu’elle n’a rien appris car elle ne comprend pas mais qu’elle ne veut pas aller en professionnel est rembarrée de façon plus que cavalière. Et l’année se conclut avec un match de football professeurs contre élèves, et devinez si vous le pouvez l’énorme effort pédagogique : les deux équipes sont exclusivement mâles bien sûr. Quand on vous le dit que le système scolaire fait un effort il faut vraiment être de mauvaise foi pour ne pas voir que l’effort qu’il fait est celui de crever la bouche ouverte à gueuler comme un putois, des sous, des sous, des sous, et à protester car le café est passé de 0,40 euros à 0,50 euros, ce qui est, soit dit en passant, le tarif normal que le CROUS pratique dans les universités. Darcos a raison sur les changements de langes, mais il ne s’agit pas tant des langes des enfants de 2 à 3 ans, mais des langes des mentalités puériles et rétrogrades des enseignants qui, même s’ils veulent changer, n’ont absolument pas ni le courage ni la volonté de changer contre le refus de changement de la majorité des enseignants qui défendent le statu quo, les privilèges acquis, l’autorité, le vouvoiement des professeurs par les élèves (et le tutoiement des élèves par les professeurs), et bien sûr l’exclusion de tous les empêcheurs de tourner en rond, enseignants comme élèves.

Dr Jacques COULARDEAU


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Au 31 Janvier 2012
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