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Sorties cinéma Sorties Cinéma en Septembre 2008 Mercredi 03 Septembre
Les critiques de la rédaction :
Martyrs
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Un film français de Pascal Laugier avec Mylène Jampanoï, Morjana Alaoui, Catherine Bégin, Patricia Tulasne, Robert Toupin, Juliette Gosselin, Xavier Dolan-Tadros

Genre : Horreur - Durée : 1H40 mn

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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
La note de la rédaction :

Par Guillaume Gas
Oubliez tout. Oubliez tout ce que vous avez déjà vu en matière d'horreur et d'épouvante au cinéma. Oubliez tout ce que le genre a su générer de films choquants et insoutenables. Rien de ce que vous avez vu jusqu'à présent ne vous avait préparé à une claque aussi forte. Tant d'années d'attente, d'abord marquées par une orientation du film d'horreur dans les couloirs malsains de l'ironie et du second degré (qui ont tellement dénaturé le genre), puis par un renouveau artistique, respectueux des codes du genre et capable de le transcender en mariant efficacement le genre avec une vision réaliste et dérangeante du monde moderne. Qu'on se rassure : le second film de Pascal Laugier grave une date majeure et définitive sur la pierre du cinéma de genre. Quand le cinéma de genre déborde sur la réalité, à moins que ce ne soit le contraire. Le résultat est-il donc le chef-d'oeuvre tant espéré ? Oui, mais le mot est faible, tant le sommet absolu du cinéma de genre semble être enfin atteint...

Avant tout, quelques rappels sont nécessaires pour bien mesurer l'impact d'un tel film... La présentation de MARTYRS au festival de Cannes aura fait l'effet d'une bombe à retardement. Le chef-d'oeuvre dont on attendait la projection s'est transformé en scandale. Ultraviolence nauséeuse, rumeurs de ''film fasciste'', actrices malmenées : on aura tout entendu. Sans doute que de telles réactions sont dues au fait que les spectateurs d'aujourd'hui n'ont plus l'habitude d'être bousculés par des oeuvres qui osent franchir les limites de l'imaginable. La vision du film confirme cette impression : Pascal Laugier s'est bel et bien octroyé une liberté artistique totale qui lui a assuré un vrai contrôle créatif et la possibilité d'accoucher d'une oeuvre unique en son genre. MARTYRS bouscule toutes nos attentes en même temps qu'il bouleverse nos codes moraux. Ce n'est pas véritablement un film d'horreur, mais un film sur l'horreur. Celle qui envahit nos sociétés. Celle que l'oppression et la violence nous poussent à surmonter. Celle qui réside en nous et qui ne demande parfois qu'à exploser.

Plus qu'à un film, c'est avant tout à une expérience profondément viscérale et sensitive que Pascal Laugier souhaite nous convier. Car le film, dont le scénario était resté assez mystérieux avant sa sortie en salles, raconte avant tout l'histoire d'un calvaire. Après un séjour de quinze ans dans un hôpital psychiatrique, une jeune rescapée d'un kidnapping sordide, traumatisée à vie par cette terrifiante séquestration qui aura engendré de profondes tortures physiques, élimine brutalement ceux qu'elle croit être ses bourreaux. Sa santé mentale reste incertaine (raison ou folie ?), et la fille qui l'accompagne est bien placée pour le savoir. D'autant qu'elle semble atteinte d'étranges hallucinations... La suite ? Chut... En seulement quelques plans, le réalisateur nous rend prisonnier de son récit imprévisible, et la structure narrative s'avère plus que maline. Bien malin celui qui devinera l'issue de ce voyage traumatisant dans les tréfonds de la barbarie.

Une intrigue habile qui va crescendo dans l'horreur absolue pour déboucher de façon progressive sur un climax horrifique qu'on n'aurait jamais pu prévoir. Dans un sens, Laugier nous avait déjà avertis avec le début du film, suffisamment énigmatique pour susciter l'inquiétude : après un générique à base de photos d'archive, Laugier opère un virage surprenant en nous présentant une famille ordinaire. Laquelle, en une fraction de seconde, se voit sauvagement massacrée par une fille en quête de vengeance. Et le film n'en est qu'à son début... Le cauchemar sera progressif, tendu, sans cesse contrôlé par une mise en scène qui, soutenu par un montage tour à tour nerveux et retenu, opère une plongée parfaitement maîtrisée de la surface (aussi rassurante que trompeuse) vers les profondeurs (aussi effrayantes que bien réelles) de notre civilisation.

Et sur ce point, pas question de jouer la carte du hors champ : pour ce qui est de montrer la violence, le cinéaste n'y va pas par quatre chemins et nous cloue au pilori. Comme avec les surpuissants FRONTIERE(S) et A L'INTERIEUR, on assiste là à un retour radical vers une crudité filmique inédite. Chaque coup de feu fait ici l'effet d'un violent boulet de canon. Aucune souffrance physique (chair laminée, crâne éclaté...) ne nous est épargnée, ce qui suscite en nous une terreur sans nom. Et dans tous les cas, le sang n'arrête pas de jaillir ou de couler dans cet univers de pure cruauté. Le degré de terreur et d'ultraviolence a beau prendre des proportions rares, tout cela n'a rien de gratuit. Sans céder au réflexe classique qui consiste à quitter la salle de cinéma, écoeuré par tant d'horreur, le spectateur se doit de considérer MARTYRS comme une expérience émotionnelle. En cela, la scène finale, vraiment inattendue, contient non seulement la clé du film, mais aussi une dramaturgie si puissante qu'il serait catastrophique de ne pas rester jusqu'au bout.

Il faut bien le savoir : Pascal Laugier n'a rien d'un pervers, encore moins d'un réalisateur-geek en quête de polémique. Pour le prouver, il suffit de mesurer le degré de rapprochement entre MARTYRS et son précédent film, l'inégal SAINT ANGE : même exploration d'un cinéma radical et respectueux des codes du genre, même réflexion sur ce qui se cache derrière les apparences sociales, le tout avec un traitement visuel et sensitif adapté au sujet (calme et sensoriel pour SAINT ANGE, radical et barbare pour MARTYRS). Laugier est un cinéaste d'une sincérité et d'une intégrité absolues, reniant le second degré et les artifices comme la peste, cherchant à tout prix à susciter chez le spectateur de profondes réactions, aussi sincères que rares. Le talent du cinéaste est de ne jamais hésiter à aller jusqu'au bout de son sujet, aussi dérangeant soit-il. Et de ne pas craindre le fait de révulser son public.

Mais au-delà d'une réalisation absolument parfaite, la faculté de Laugier à retranscrire tous les stades de la folie est proprement hallucinante. Violent et sans aucune concession, MARTYRS dissèque la folie meurtrière dans tout son nihilisme, donnant à partager le calvaire mental d'une jeune femme marquée à vie par un enfer qu'elle n'aurait jamais souhaité rencontrer, et refusant les explications moralisatrices qui parasitent toute réflexion digne de ce nom. Car, oui, le film ne révèle pas grand-chose : s'il nous permet de nous attacher profondément au sort des deux héroïnes (Mylène Jampanoï et Morjana Alaoui, hallucinantes !), il laisse planer l'ambiguïté sur les bourreaux, dont on ne sait pas grand-chose et dont les motivations restent floues. Une absence totale de point de vue qui donne à MARTYRS un gage de qualité suprême et qui laisse le spectateur désarmé, désarçonné, bouleversé à jamais. D'un simple point de vue émotionnel, l'uppercut est tellement monstrueux qu'on a du mal à ne pas retenir ses larmes en sortant de la salle... Oubliez tout. Car ce film-là, vous n'êtes pas prêt de l'oublier.


Par Sarah Nguimbous
Beaucoup de bruit pour rien, au final. La sortie de ce film a été repoussé pendant des mois, pour causes de scènes trop gores, du coup, il y a eu un énorme buzz qui laissait penser que Martyrs était enfin le film gore qu’on attendait. Et bien, au final, Martyrs est en passe d’être le film le plus raté de l’année.

Le pitch : Lorsqu’elle avait dix ans, Lucie a été enlevée puis torturée. Depuis qu’elle s’est échappée de ses tortionnaires, elle tente de se reconstruire, avec son amie Anna. 15 ans plus tard, Lucie déboule dans une maison et massacre une famille à coup de fusil, croyant avoir retrouvé ses tortionnaires. Mais l’enfer ne fait que commencer pour elle et Anna…

Et aussi pour nous, humbles spectateurs de cette grotesque parodie de film.
Rien ne nous sera épargné : mutilations en tout genre, de l’hémoglobine sur les murs, des cris déchirants de douleurs… Le tout greffé sur un scénario qui tient à peine la route. D’une histoire peu ragoutante qui se transforme en vengeance macabre, Martyrs devient de plus en plus brouillon au fil des minutes en cherchant à développer plusieurs sujets à la fois : la folie, l’amour (même délirant) et la torture froide (thème principale du film quand même).
Le rythme du film est en dents de scie. Soudain, le suspens monte pour aussitôt retombé quelques minutes après, une fois qu’un nouveau cadavre s’affaisse sur le sol, et ce, pendant une bonne heure. Martyrs essaie même de nous revendre un réchauffé du film Irréversible quand les quarante minutes restantes sont dédiées à de la pure torture abrutie, inutile et froide, sans aucun intérêt et complètement desservie par le prétexte donné dans le dénouement final.
Comparé à des films comme Saw et Hostel, j’ai envie d’ajouter à la comparaison Haute tension d’Alexandre AJA et le récent Frontière(s) de Xavier Gens. Martyrs ressemble à beaucoup de films qu’on aurait déjà vu, volant quelques idées par ci, par là, sans pourtant réussir à rivaliser. Pascal Laugier, le réalisateur (le responsable du pathétique Saint-Ange) son, essaie de rendre mal à l’aise le spectateur et en le dégoutant avec des images sanguinolentes mais – suis-je trop blasée ? – ne réussit qu’à nous proposer du déjà-vu. Le cadavre rampant et couvert de cicatrices rappelle étrangement celui du film The Grudge… Le sous-sol ressemble aux lieux montrés dans Hostel… Sans compter les incohérences du film, dont la première, la plus importante : pourquoi rester sur les lieux du crime ? Une véritable erreur (de débutant ?) qui fauche l’envol du film dès le début. Finalement, j’ai du mal à trancher (sans mauvais jeu de mots) ce qui a été le plus ridicule… Est-ce la captive retrouvée dans le sous-sol ou la torture d’Anna ? Martyrs rassemblait tous les ingrédients pour un film réussi, mais à force de vouloir épater la galerie avec de nombreux rebondissements (que dis-je, soubresauts), le film s’éparpille et lasse. Rien ne marche. Ni les références au cinéma gore, ni le faux suspens que le film Martyrs essaie d’entretenir, ni les scènes « gore » en elles-mêmes. Certes, un léger de frisson de paranoïa risque de nous parcourir (et si cela nous arrivait à nous ?) et, en rentrant chez nous, on vérifiera au moins trois fois si la porte est bien fermée à double tour, mais au final, ce sera le seul début d’émotion que Martyrs réussira à nous faire ressentir.

Coté actrices, Mylène Jampanoi erre tout au long du film avec un regard absent, se la jouant folle des temps modernes et provoque un vrai soulagement lorsqu’elle disparait de l’écran. Malheureusement, Morjana Alaoui prend la relève, avec très peu de conviction et donne le coup de grâce final en se déguisant en Karine Testa version Frontière(s). La crédibilité fait furieusement défaut aux deux actrices du film, qui ne cessent de rivaliser en hurlements et en jouant à celle qui aura le T-shirt le plus taché de sang. Mais il ne faut pas leur en vouloir, ce n’est pas totalement de leur faute si le film est un échec.

Bref, Martyrs n’est en fait qu’une énorme déception, un essai raté qui se transformerait peut-être en hommage aux bons films gore et/ou d’épouvante qu’on aurait pu voir. On en ressort honteux de s’être fait prendre au piège (encore une fois).
En fait, pour vous aider à vous décider, le choix peut être simple. Si SAW 4 vous a donné la nausée alors Martyrs a une chance de vous faire frissonner. Sinon, passez votre chemin et attendez sagement le prochain film d’Alexandre AJA (Mirrors).


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