L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Gas
En sortant de la projection, on a déjà une foule d'interrogations qui atteignent le cortex, la plupart concernant le soi-disant talent des frères Pang pour nous offrir des thrillers dignes de ce nom. Sur ce point, on aura beaucoup de choses à dire, et on y reviendra un peu plus loin. Mais la question-piège de la semaine, c'est évidemment la suivante : Nicolas Cage serait-il fatigué depuis quelques années ? Non pas que le type en arrive à détruire pour de bon son aura d'acteur inspiré, mais se rabaisser à ce point en accumulant les projets sans intérêt risque fort de l'inscrire très bientôt au club des stars déchues d'Hollywood. Pour en juger, il suffit de parcourir les récentes merveilles de sa filmographie : le très moche GHOST RIDER, le très débile NEXT, le très raté THE WICKER MAN, le très banal BENJAMIN GATES (ça marche aussi pour sa suite), et j'en passe... Des films où l'acteur (très souvent producteur) arbore des coiffures ridicules (généralement des moumoutes pour avoir l'air jeune), est toujours entouré de superbes actrices (Jessica Biel, Eva Mendes, Diane Kruger, et plein d'autres...) et se plaît à jouer les héros victorieux qui sourient en gros plan en adoptant la pose frimeuse.
Sauf que, depuis tout ce temps, l'acteur ne comprend décidément pas qu'un projet audacieux mérite un tant soit peu d'audace et beaucoup moins de narcissisme mal assumé. Rebelote avec ce remake du maladroit BANGKOK DANGEROUS, qui l'entraîne dangereusement à devenir le nouveau Christophe Lambert. Ici, l'acteur, fan du film original, s'est mis en tête de le réadapter avec l'aide des frères Pang. Avouons que, pour une fois, on n'était pas contre l'idée d'un remake, vu que le film original sombrait sous un déluge de violence et d'effets bousouflés, et que la présence d'un scénario sensiblement différent pouvait promettre quelque chose d'un peu plus audacieux. Toutefois, remplacer le mutisme du film original (seule et unique trouvaille intéressante) par la voix off de Nicolas Cage n'avait rien de bien encourageant. Au final, le résultat gagne-t-il au change ? Non. C'est même encore pire.
On n'est pas étonné de constater que la prestation de la star est l'une des plus pitoyables de sa filmographie, incarnant ici un tueur impitoyable dénué de toute consistance dramatique. Violent et impitoyable quand il exécute ses contrats, benêt et niais quand il bavarde avec une jolie pharmacienne du coin, le personnage ne présente aucune évolution psychologique, ses motivations frisent le n'importe quoi, ses réactions provoquent parfois le fou rire, et pour ce qui est de susciter l'émotion, merci de repasser plus tard. Pour le reste, entre des méchants stéréotypés (le mafieux à grosse bedaine, le lieutenant blond et peroxydé, etc...) qui n'existent que pour se faire descendre par Cage, des péripéties molles du genou et des dialogues qui feraient merveille dans n'importe quel nanar de vidéo-club, le film accomplit l'exploit de nous faire croire que Nicolas Cage pourrait être le petit frère caché de Steven Seagal.
Pour ce qui est des frères Pang, inutile d'espérer quoi que ce soit, hormis une tendance agréable pour filmer des plans hypnotiques qui empêchent le film d'accéder au rang de navet absolu. Leur mise en scène, à base de filtres néons et d'accélérés stroboscopiques, semble directement héritée du clip et de la pub, à la seule différence qu'elle ne sert jamais le propos. Bonne idée que de filmer Bangkok comme une ville nocturne et effervescente, mais un minimum de calme dans la mise en scène et de maîtrise dans le montage aurait sûrement été bénéfique. En l'état, BANGKOK DANGEROUS est un remake inutile, certes très loin du décalque tant redouté, mais qui n'égale jamais son modèle en qualité. Dans le film original, malgré les pillages et les emprunts, les frères Pang dévoilaient au moins un minimum de style. Ici, ils creusent leur propre tombe. Tout comme Nicolas Cage, qui va devoir sérieusement faire quelque chose pour regagner la confiance du spectateur.
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