Sorties cinéma Sorties Cinéma en Mai 2008 Mercredi 07 Mai | Les critiques de la rédaction : Bataille à Seattle---------------------------------------------------------------Un film américain de Stuart Townsend avec Martin Henderson, André Benjamin, Woody Harrelson, Charlize Theron, Ray Liotta, Rade Serbedzija, Ivana Milicevic, Joshua Jackson, et Michelle Rodriguez
Genre : Action - Durée : 1H40 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Guillaume Lasvigne
Comme si le cinéma ressentait le besoin d'immortaliser les dérives actuelles et passées de notre société. Souvent responsables, les hautes sphères politiques sont régulièrement stigmatisées par des cinéastes engagés ayant à coeur de confronter l'humanité à ses devoirs et responsabilités. Et qu'elles soient vaines (le récent et inutile IT'S A FREE WORLD) ou fondamentales (le RENDITION de Gavin Hood), toutes ces oeuvres se veulent témoin d'un monde aujourd'hui perverti et névrosé. Stuart Townsend et son premier long-métrage BATAILLE A SEATTLE s'inscrivent avec succès dans cette longue tradition de brulôts politiques et rappelle que plus que l'oncle Sam, c'est bien la société humaine dans son ensemble qui tourne mal.
Si l'on ne manquera pas de s'attarder inutilement sur le choix de l'irlandais à la réalisation et de s'interroger sur l'influence qu'a eu sa Charlize Theron de femme en amont, priorité est de constater l'étonnante maitrise de son sujet par le bonhomme. A l'instar de Pete Travis sur ANGLES D'ATTAQUE, Stuart Townsend s'attarde sur le vécu de multiples personnages en situation de crise et privilégie les faits à la psychologie. Ses personnages sont ainsi rapidement et suffisamment esquissés afin de tirer au mieux parti de l'unité de lieu qui sert le débat et des problèmes qui en découleront. Femme enceinte et mari policier, altermondialistes pacifistes et maire dépassé par les évènements, tous servent le script avec intérêt et attisent le spectateur sur l'état d'urgence qui est le leur. Peut-être trop mécanique et prévisible dans son développement, le récit privilégie les scènes chocs (les incidents entre manifestants et gendarmes) et les partis-pris militantistes. Les politiques occidentaux ne se limitent ainsi qu'à des lobbyistes sans coeur dont la recherche de profit n'est que le seul loisir (le je-m'en-foutiste «c'est qui celui-là ?» lancé envers un responsable d'un PVD), ce qui a tendance à décrédibiliser certains passages ou la nuance était pourtant exigée. Le jeune cinéaste arrive cependant à garder profil bas par instants et creuse une approche documentaire passionnante qui recherche les faits avant toute autre chose, et traite avec humanisme le combat d'êtres désabusés en rupture avec les politiques libérales de l'OMC, ici réunie pour la première fois aux Etats-Unis, bien que violentés par des forces armées finalement tout aussi incompréhensives. L'irlandais appelle ainsi à tout un pan du cinéma de Sidney Lumet (UN APRES MIDI DE CHIEN en tête) dans son constat d'échec de la politique américaine dans sa volonté de contrôle, et donne ainsi à son film une dimension humaine rare et salvatrice qui sait faire oublier son manque de réflexion par un réel point de vue politique et social de la part de son auteur. Passionnant de bout en bout, ce pamphlet politique à petit budget ne fait pas la part des choses et recherche parfois la facilité, mais comment ne pas être déconcerté par un tel combat et par un pouvoir irrémédiablement déviant ? Images d'archives aidant, la tension appuie sans mal la réflexion et annihile l'esprit démagogique et complaisant ambiant dans ce genre de cinéma.
Vous l'aurez compris, le monde va mal, et BATAILLE A SEATTLE tient à l'évoquer. Presque suffisant, le premier film de Stuart Townsend s'impose pourtant comme une oeuvre utile et rappelle que si une bataille est remportée, c'est toute une guerre qu'il reste à livrer.
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