Sorties cinéma Sorties Cinéma en Mars 2008 Mercredi 12 Mars | Les critiques de la rédaction : Julia---------------------------------------------------------------Un film français et américain de Erick Zonca avec Tilda Swinton, Saul Rubinek, Kate del Castillo, Aidan Gould, Horacio Garcia Rojas, Gaston Peterson, Mauricio Moreno, Jude Ciccolella, et Bruno Bichir
Genre : Thriller - Durée : 2H20 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Anne Bernex
Partagé entre un étrange sentiment de purisme et un choc brutal aux blessures humaines les plus vives, Julia, le nouveau film d'Erik Zonca (heureux et trop rare réalisateur de La vie rêvée des anges) est un maître mot du genre dramatique car il concilie avec intelligence nombre de ses formes. Passant de l'assise psychologique de ses personnages, que le cinéaste fait semblant d'aborder (il ne les juge pas), à la lisibilité des sentiments que l'héroïne s'autorise ou dissimule. Car telle est la grande force de ce faux road-movie américain : il est aux antipodes de tous les genres de périple en terre perdue des vallées de l'Utah et il n'a pas la prétention de tisser des liens aisés entre deux caractères que tout oppose.
Elle, quadragénaire alcoolique, dépravée, mutilée au dedans comme au dehors a kidnappé le gosse d'une amie qu'elle prétendait vouloir aider : petit-fils d'un milliardaire sur la fin, l'occasion est trop belle…Lui, devient un simple motif de rançon et ne sera jamais considéré comme une clé capable d'ouvrir le coeur de l'autre. Trop facile. On peut dès lors penser que la cadence va suivre à toute allure, accrochée à cette femme, telle un aimant qui lui colle au visage et que l'usage abusif du gros plan ne lâchera plus, la précipitant dans l'enfer de la poursuite, l'angoisse d'être découverte ou plus simplement une "hideuse impression de remords."
On se demande continuellement si l'objet de la rançon, l'enfant, est là pour sauver du néant une potentielle mère : erreur, elle aussi dure avec lui qu'avec elle-même, souvent brutale, elle ne "s'entiche" pas de lui mais le "trimbale" de place en place.
Seulement, arrivée à terme, prostrée devant la consigne de la gare où doit être déposé l'argent, le visage se fige, la caméra s'immobilise et l'on accède à une tout autre conception du plan et de l'intrigue. On comprend l'ambivalence des sentiments que l'héroïne tentait de masquer continuellement derrière le visage taillé à la serpe de la sublime Tilda Swinton. Ses expressions sont à chaque fois des performances où elle se livre alors à une composition qui s'accorde parfaitement à sa nature énigmatique.
D'une très grande force plastique, d'un parti-pris filmique souple et chaotique, la réalisation parvient à faire émerger une certaine austérité et une limpidité qui offre au spectateur une nouvelle vision de l'action et de l'existence, voire plus loin, de la réalité elle-même, dans toute sa profondeur.
| Par Cédric Jager
S’attaquer à un film de Cassavetes est sans aucun doute un pari très osé, paris qu’Erick Zonca, réalisateur de La vie rêvée des anges, relève en réalisant un film flamboyant et humain à l’image de son personnage principal interprété par une Tilda Swinton au jeu trop maniérée. Passé un premier moment de grande inquiétude à l’égard d’une histoire de kidnapping, d’alcoolique dont on cherche d’abord l’originalité avant d’essayer d’oublier les influences revendiquées par le cinéaste, tel Cassavetes, à côté desquelles Julia ne semble pas faire le poids.
Néanmoins au fur et à mesure que l’histoire avance et que l’on quitte les rails du film de kidnapping classique, l’intérêt est relancé par les multiples rebondissements qui porte la durée de Julia à 2h20. En effet, la seconde partie offre des plans intéressants et donne une dimension plus personnelle et humaine à l’histoire et à son personnage central jusque là trop copié sur Gena Rowlands dans Gloria. On retiendra notamment la scène où Julia poursuivie par les gardes de la frontière américano-mexicaine enfonce avec sa voiture ce qui tenait lieu de frontière et passe directement au Mexique.
La contribution d’Erick Zonca à un genre et à une géographie (paysages désertiques américains) surexploités n’est pas dénuée d’intérêt. Cette quête intime sèche et violente d’une femme instinctive, diminuée par l’alcoolisme devient progressivement un film vivant et nerveux et affirme un vrai style qui fait dire que le retour, après dix ans d’absence, derrière la caméra du réalisateur de La vie rêvée des anges est une bonne nouvelle.
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