Sorties cinéma Sorties Cinéma en Décembre 2007 Mercredi 12 Déc | Les critiques de la rédaction : La Graine et le mulet---------------------------------------------------------------Un film français de Abdellatif Kechiche avec Habib Boufares, Hafsia Herzi, Bruno Lochet, Cyril Fayre, Sabrina Ouazani, Faridah Benkhetache, Alice Houri, Leila D'Issernio, Abelkader Djeloulli, Abdelhamid Aktouche, et Bouraouia Marzouk
Genre : Comédie dramatique - Durée : 2H31 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Cédric Jager
Il aura fallu attendre longtemps pour voir le meilleur film français de l’année. Remarqué au festival de Venise, à peine sorti en France et déjà lauréat du prix Louis-Delluc, la graine et le mulet est bien parti pour rencontrer un succès semblable au précédent film d’Abdellatif Kechiche, l’esquive.
Et un tel succès serait sans aucun doute mérité tant il est rare de voir un film français qui associe cinéma populaire et cinéma d’auteur avec une telle réussite. Le cinéaste met en scène le rapport de la France à ses immigrés, sort les cités de leur représentation grâce à cette fresque familiale dense et belle qui allie dimension romanesque et rendu des personnages quasi documentaire.
La graine et le mulet, sous la forme d’un conte utopique, raconte l’histoire d’un homme qui essaie d’échapper à l’aliénation moderne et de réunir toutes les personnes qui lui sont chères en créant sa propre affaire. Des dialogues abondants sont admirablement servis par des acteurs amateurs naturels et très attachants.
Abdellatif Kechiche réalise un film émouvant, très riche et humaniste qui, grâce à une direction d’acteur sans faille et une mise en scène maîtrisée, marquera à coup sûr le cinéma français.
| Par Jacques Coulardeau
BONNE HISTOIRE. TROP DE TAPAGE. FILM MEDIOCRE. L’histoire est admirable. Un travailleur algérien en France depuis 35 ans trime jusqu’à ce qu’on le jette. Il n’a trimé que pour ses enfants et il a ensuite appris la polygamie à la française avec un divorce et une liaison d’adultes consentants ensuite. Ses filles sont très différentes, et une particulièrement n’aime pas cette liaison paternelle, mais les autres la raisonnent. Le fils aîné est une tête dure et brulée qui imite son père dès bien avant le mariage et pendant le mariage avec un enfant en très bas âge : ça c’est la polygamie à la chrétienne, une maîtresse pour varier les plaisirs. L’autre fils est souvent celui qui couvre par une complicité passive. On a donc là une famille, même si légèrement recomposée ou décomposée, mais une famille où le sens de l’unité et du père ou de la mère est très fort. Repas familial tous les dimanches, sans le père, auquel les deux fils porteront son assiette de couscous qu’il partagera avec la fille de sa liaison qui est aussi la tenancière de l’hôtel meublé bon marché où il habite. Face au licenciement, il fait bloc avec la famille, directe et indirecte. Il achète une vieille épave qu’il remet en état et transforme en restaurant sur l’eau. C’est alors et alors seulement que le film devient intéressant. La première partie est médiocre, mal menée, trop longue, floue, décousue, avec les mauvaises ellipses qui nous laissent dans l’obligation de deviner qu’il a été licencié sans qu’on sache sur quelles bases vraiment et dans quelles conditions. Mais le projet émergeant le film trouve un second rythme. La banque qui l’envoie paître car son dossier n’est pas suffisamment lourd et ne propose pas un budget prévisionnel d’au moins un an de fonctionnement. Le service des licences est ouvertement hostile à une gargote à couscous. L’adjoint au maire à la culture a la culture sélective er reçoit l’homme qui a un rendez-vous avec lui debout dans le bureau de sa secrétaire. Mais la famille se mobilise et le bateau est remis en état pour être un restaurant. Et au-delà du père la famille et la « belle » famille et même la communauté se mobilise pour la soirée de lancement où sont conviés le gratin local du business, ouvertement raciste, et les élus qui sont plus que réticents, sans compter le port autonome et autres autorités portuaires. Le fils aîné file à un rendez-vous adultère emportant la semoule du couscous dans le coffre de sa voiture. Catastrophe. Le père file en mobylette chez son ex-femme pour lui faire faire une seconde potée de semoule, mais elle est absente et à l’étage supérieur il découvre la femme de son fils aîné en larmes et en fureur car elle sait sur le rendez-vous adultère, ayant intercepté un coup de téléphone de la femme chez sa belle-mère dans l’après-midi. Mais trois gamins lui volent sa mobylette et il court derrière. Pendant ce temps la fille de sa liaison sauve l’attente des convives avec une danse du ventre avec les musiciens, tous résidents dans l’hôtel de sa mère. Et sa mère rentre à l’hôtel et prépare une bassine de semoule, sauvant ainsi le couscous. Et la dernière image qui nous restera dans l’œil sera le père courant derrière sa mobylette et s’écroulant de ce qu’on juge être une crise cardiaque. Trahi par son fils aîné, le pire des crimes de famille que l’on puisse imaginer. Sauvé par sa seconde compagne et sa fille. Agissez avec le cœur, certes, mais encore faut-il savoir choisir ses amis, et ses meilleurs amis ne sont pas nécessairement ceux que la tradition considère comme devant prêter main forte au père. Le film se veut probablement un film sur les Arabes de notre pays, mais est en fait un film sur la famille et son destin dans la société moderne. Je me souviens d’un fils aîné bien français et que je connais bien qui quittera la famille à 21 ans pour « ne pas payer pour ses frères et sœurs » plus jeunes. Hélas cette histoire admirable est mal servie par une prise d’images aléatoire, un cadrage même qui laisse à désirer, un scénario trop mou et mal ficelé, et des erreurs comme un nombre bien trop grand de convives dans le bateau ce qui donne un aspect de soupe populaire et de restaurant bon marché où tout le monde est les uns sur les autres. Un bon caméraman aurait était plus utile que tous ces figurants inutiles. Et en plus trois gamins, trois cascadeurs, faisant les quatre cents coups sur la mobylette volée. Je suis persuadé que deux auraient très bien fait l’affaire pour le message à transmettre : les voleurs sont eux aussi bien maghrébins, puisque le larcin se produit dans une cité ghetto. C’est le problème de Claude Berri. Il manque de finesse au niveau de la direction de l’action, ou même du scénario, produisant ainsi un message un peu plus lourd qu’il n’eût été nécessaire pour être efficace sans devenir … quoi d’ailleurs ? Il nous donne des frissons pour ne pas louer et apparaître « anti-français » ou bien pour ne pas critiquer ce qui mérite de l’être car alors ce n’est plus politiquement correct en ces temps qui courent. Voilà ce qui arrive quand on veut faire un film à message politique : on fait un film qui ne durera pas.
Dr Jacques COULARDEAU
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