Sorties cinéma Sorties Cinéma en Novembre 2007 Mercredi 14 Novembre | Les critiques de la rédaction : De l'autre côté---------------------------------------------------------------Un film turc de Fatih Akin avec Baki Davrak, Patrycia Ziolkowska, Yelda Reynaud, Nursel Koese, Hanna Schygulla, et Nurgul Yesilcay
Genre : Comédie dramatique - Durée : 2H02 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Jacques Coulardeau
TERRORISME ET PROSTITUTION. Un film sans immenses prétentions mais très bien fait, fait sur mesure. L’histoire elle-même est plutôt banale. Deux morts accidentelles, les victimes deux femmes. Deux personnes en prison, dont une femme. Un père et deux mères à la recherche de leurs enfants et l’échec de ces tentatives. La technique filmique est aussi intéressante, bien que classique : une scène au début reprise beaucoup plus tard et dont le sens a complètement changé pour nous du fait de ce que nous avons appris en court de route. De même le jeu sur le temps fait que les deux parcours en sens inverses se superposent sans jamais de croiser. C‘est l’histoire tragique de la non rencontre de gens qui se cherchent. Là n’est pourtant pas l’essentiel du film. C’est un film sur la rencontre et le croisement de l’Allemagne et de la Turquie sur un fond d’Union Européenne qui exclut la Turquie. Mais plus encore, et ce n’est pas clair dès le premier instant, il s’agit de la présence du PKK, Parti Communiste Kurde, en Europe où il est classé organisation terroriste, et en Turquie où il est purement et simplement illégal et où il pratique la violence armée. Le film montre comment les jeunes Turcs, et Turques, invoquent des principes universels pour justifier la violence : quand on n’a pas la liberté totale que l’on veut on a le droit d’utiliser la violence contre toutes les forces qui limitent cette liberté. De la même façon le film montre comment la jeune génération allemande se laisse entraîner dans le cycle romantique de la résistance aux normes dominantes, ou même simplement à la majorité démocratiquement exprimée. Il s’agit d’aider des gens menacés dans leur intégrité par un ordre établi quelconque. Le problème est de savoir ce qu’est l’intégrité d’une personne, raison de plus d’une masse de personnes, et d’accepter que dans toute société la majorité a le droit de prendre des décisions pour la société toute entière pourvu qu’elle ne remette pas en cause le droit à l’existence et à l’expression de la minorité, ou des minorités. Il s’agit ici d’une exploration de la société turque dans sa phase actuelle de développement. Enfin le film montre comment ces deux romantismes en fait se croisent et se métissent avec des attitudes différentes dans des générations plus âgées en fonction de l’éducation qui ne peut accepter que la rencontre et l’échange des cultures, et en fonction du passé vécu par ces générations, en particulier celle des baby boomers qui sont les parents des jeunes générations d’aujourd’hui et qui ont été des hippies soixante-huitards et anarcho-trotskistes ou anarcho-maoïstes en leur temps (on disait gauchistes en ce temps-là). Enfin le film rend ces enjeux personnels en faisant que le père retraité turc qui a vécu toute sa vie active en Allemagne tombe amoureux et jaloux d’une prostituée kurde à Brème, et que la militante kurde qui va devoir fuir puis qui reviendra sans jamais avoir retrouvé sa mère, la mère kurde dont nous venons de parler, morte en cours de route, se révèle lesbienne et amoureuse de la jeune allemande qui l’aide à Hambourg justement. Et c’est cette mère kurde qui sera tué par le vieux père Turc, par accident, et c’est cette jeune allemande qui sera elle aussi tuée par accident par des gamins turcs avec le pistolet de la jeune Kurde. Cela donne au film un intérêt qui dépasse la simple situation sociale et culturelle en dernière analyse pas très compliquée mais circonstanciellement enchevêtrée. Le vieux schéma de Roméo et Juliette se retrouve à nouveau ici dans les impossibles amours par-dessus les frontières sexuelles, politiques, culturelles, linguistiques, nationales et d’autres encore.
Dr Jacques COULARDEAU
| Par Cédric Jager
Il est toujours difficile de réaliser un second film quand le premier a eu un tel succès à la fois critique et public. Après Head-on, le réalisateur allemand d’origine turque, Fatih Akin avait la pression de faire au moins aussi bien. Le prix du meilleur scénario et les premières réactions à Cannes sembleraient témoigner d’un pari réussi. En effet, le film raconte deux histoires qui se rencontrent, se recoupent sans cesse entre l’Allemagne et Istanbul, un scénario d’une grande densité dramatique où le metteur en scène rassemble des stars des deux cultures (Hannah Schygulla, égérie de Fassbinder et Tuncel Turkiz star en Turquie). Le cinéaste montre les deux pays avec lucidité, notamment une Turquie plus accueillante envers les étrangers qu’envers ses propres ressortissants.
De l’autre côté rappelle sous plusieurs aspects les films d’Alejandro Gonzales Inarritu. De par la structure du scénario tout d’abord mais aussi par l’exploitation trop utilisé de l’idée que les êtres humains ne trouvent une sorte de paix qu’après avoir enduré de longues épreuves et souffrances. Heureusement que la mise en scène de Fatih Akin est à l’opposé de celle emphatique du réalisateur mexicain, laquelle plombait d’ailleurs des films comme 21 grammes et surtout Babel. Toutefois, d’autres films, plus remarquables, sur le deuil ont été réalisés et par exemple, récemment, la forêt de Mogari.
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