Sorties cinéma Sorties Cinéma en Août 2007 Mercredi 29 Août | Les critiques de la rédaction : 4 mois, 3 semaines, 2 jours---------------------------------------------------------------Un film roumain de Christian Mungiu avec Anamaria Marinca, Laura Vasiliu, Vlad Ivanov, Alex Potocean, Luminita Gheorghiu, Adi Carauleanu, Eugenia Bosânceanu, Ioan Spadaru, Cristina Burbuz
Genre : Drame - Durée : 1H53 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Jacques Coulardeau
UN VOYAGE DANS LE PASSÉ. Ce film nous ramène, quand nous les avons vécues, dans les années 50. Je ne peux que penser à ces dimanches midi quand une tante et un oncle venaient pour le repas du dimanche et que les conversations roulaient sur les moyens les plus sûrs pour faire tomber l’indésirable. On parlait persil. On parlait aiguilles à tricoter. On parlait complications et curetage. On parlait des cliniques en Suisse et en Angleterre. J’entends les adultes parlaient et nous écoutions fascinés et silencieux. Cela dura dans les années 60 mais déjà mes parents avaient vieilli et le problème ne se posait plus pour eux où les gens de leur génération. L’avortement ne sera légalisé en France qu’après 1974 par Simone Weil sous Giscard d’Estaing. Et ce film nous renvoie dans ce passé y compris techniquement, avant que le steadycam apparaisse, avant que les éclairages modernes et les prises de nuit soient largement développés et c’est voulu avec pour but de nous faire réfléchir sur le passé récent, et ici en Roumanie on vous assène la date de 1987. L’ennui c’est que les générations les plus jeunes penseront que c’est le fait du monde communiste et ils auront tort. La Roumanie est à part. Il a fallu la chute des communistes pour que l’avortement devienne illégal en Pologne, et il l’est encore au Portugal et l’Espagne doit avoir changé très récemment, tandis que l’Italie n’a pas encore viré sa pilule. Et ne parlons pas de l’Irlande. Ce film montre un phénomène fondamental dans nos sociétés dites libérales. Dès que quelque chose est interdit, cela passe sur le marché noir et on a alors la surexploitation des « clients », la multiplication des risques et la totale immoralité des pratiques, jusqu’et y compris le viol comme paiement du « service ». Dès que quelque chose est possible, l’interdire est absurde. Le réguler est beaucoup plus logique car alors on peut le contrôler et éviter les risques et les excès. Combien d’overdoses seraient évitées si la drogue n’était plus une pratique anti-sociale ? Mais attention il y a deux ou trois scènes et une image en gros plan qui choqueront les plus sensibles qui n’ont jamais vu un fœtus de quatre mois. Un grand film qui mérite que l’on se détourne des grandes salles pour aller dans les plus petites.
Dr Jacques COULARDEAU
| Par Cédric Jager
Cela faisait des années qu’un film n’avait pas autant mérité la palme d’or ! 4 mois… consacre un festival de Cannes 2007 de haute volée dont les films vont sortir en salles dans les semaines qui viennent et confirme l’apparition d’un jeune cinéma roumain de grande qualité dont on a pu voir ces dernières années 12h08 à l’est de Bucarest et surtout La mort de Dante Lazarescu.
Le tour de force de Christian Mungiu est de réaliser un film sur un sujet difficile (l’avortement pendant les années Ceaucescu) sans réaliser de concessions, sans complaisance et sans imposer de points de vue tout en réussissant à installer une tension permanente qui fait de 4 mois… un véritable thriller. Le film, très instinctif, se déroule quasiment en temps réel dans une course où chaque instant apporte un nouvel enjeu. Il s’agit donc d’un film digne, courageux, intelligent et qui pourra peut-être même trouver le grand public.
4 mois,… est un film constat dans lequel le cinéaste roumain a une vision glacée et faussement neutre d’une situation intolérable et le réalisme clinique, presque effrayant de la mise en scène ainsi que la frontalité avec laquelle il filme ses plans séquences contribuent à nous faire ressentir ce que c’était que de vivre à cette époque.
Les personnages sont très bien interprétés et échappe à la caricature, qu’il s’agisse de l’héroïne altruiste et déterminée, de son amie égoïste et passive, pur résultat de la dictature de Ceaucescu ou même de l’ignoble avorteur. Les séquences clés du film sont très intenses et très réussies, que ce soit dans la chambre d’hôtel ou lors du dîner chez les parents du petit ami de l’héroïne. 4 mois… est aussi, en plus du sujet annoncé, une très belle histoire d’amitié.
Je m’arrête là pour préserver le suspense. Bon film !
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