L'avis de la rédaction Nord-Cinéma
| Par Cédric Jager
Les vaches mutantes dans Isolation de Billy O’Brien vous ont terrifié ? Notre pain quotidien va vous glacer le sang. Quand on voit les ouvriers manipuler ces animaux et ensuite aller se nourrir comme si de rien n’était, on se dit que le cauchemar de soleil vert n’est pas très loin.
Ames sensibles, amoureux des bêtes, membres de la SPA s’abstenir.
Notre pain quotidien traite de l’industrie agroalimentaire : d’où vient ce que nous avons dans notre assiette, comment c’est fait, qui s’en occupe ? Un spectacle d’horreur prend place sous nos yeux. Pendant deux ans, le réalisateur a filmé un peu partout en Europe le travail à la chaîne d’ouvriers agricoles dans des abattoirs, des centres d’élevage… Le résultat est un film sans parole, sans commentaire ni entretien, une véritable œuvre d’auteur. Les images parlent d’elles-mêmes, le réalisateur n’impose aucun point de vue, n’essaie pas de manipuler le spectateur comme cela peut être le cas dans certains documentaires récents, ceux de M. Moore ou le cauchemar de Darwin. Les cadrages sont extrêmement bien soignés, les images se succèdent lentement, sans qu’il y ait la moindre complaisance à l’égard des images les plus dures, laissant ainsi apparaître la répétition du geste des machines et des ouvriers. Quoi de plus parlant que ces êtres humains transformés en machine, cette automatisation généralisée du vivant ? Le cinéaste filme également les temps de pause qui accentuent la sensation que l’humain est gommé de ce processus de production avec ces ouvriers au regard vide, qui apparaissent comme des zombies.
Notre pain quotidien est un film saisissant de bout en bout. Seul tempérament : la beauté formelle du film peut quelque peu gêner au regard du contenu des images.
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