Sorties cinéma Sorties Cinéma en Mars 2007 Mercredi 07 Mars
DVD du film | Les critiques de la rédaction : Les Témoins---------------------------------------------------------------Un film français de André Téchiné avec Michel Blanc, Emmanuelle Béart, Sami Bouajila, Julie Depardieu, Johan Libéreau, Constance Dollé, Lorenzo Balducci, Alain Cauchi, Raphaëline Goupilleau
Genre : Drame - Durée : 1H52 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Jacques Coulardeau
SEDUIRE MEHDI. Un film d’une poignance si forte que l’on ne peut en sortir que transformé. L’amour sous toutes ses formes, frère ou sœur, homo ou hétéro, jeune ou vieux, puceaux ou putes, dragueurs ou timides, hommes ou femmes, et le tout bien assaisonné du SIDA naissant. C’est un film coup de poing et en plus déclaration générale d’urgence contre une maladie qui est une nouvelle peste, contre une société qui transforme l’amour, en un commerce clandestin, un marché noir, et qui n’arrive pas à comprendre que l’amour est comme les racines d’un arbre : il donne naissance à autant de branches que de racines, et c’est tout dire. On ne peut que se prendre de fascination pour cet Emmanuel qui séduit Mehdi, le flic de la PJ du Quai des Orfèvres, brigade des mœurs, et le mari ou compagnon de Sarah, en tout cas père de leur fils. La séduction est totale, absolue, foudroyante. Mehdi en est transformé, métamorphosé, intérieurement, et cela chante dans nos yeux, autant que dans les siens. Le bonheur ne vient jamais seul cependant, et le SIDA se glisse dans le tableau créant des frayeurs d’un autre âge, mais Téchiné évite l’étalement et donc la tâche d’huile, ce qui concentre le malheur sur le seul Emmanuel et nous permet de voir jusqu’au bout, jusqu’à la triste descente aux enfers, aux ténèbres, les tortures de chacun des protagonistes face à leur amour pour Emmanuel qui, leur amour, ne veut pas se laisser détruire par un accident de parcours, au point de trouver la plume qui va lui permettre de survivre au-delà du tombeau. La vision de mort, de montée ou de fuite d’Emmanuel, devenu quasi aveugle, vers son paradis, son lieu de drague favori à Paris, au-delà d’un tunnel sombre comme une sortie dans la liberté du désir peuplée de fantômes rouges dansant dans une lumière plus claire, est si belle que l’on peut penser à ce moment-là que la mort n’existe plus ou mieux que la mort est quelque chose que nous devrions tous souhaiter.
Dr Jacques COULARDEAU
| Par Cédric Jager
André Téchiné réalise ici un film très personnel, un projet qui lui tenait à cœur. Il s’agit tant d’une chronique sociale et historique que d’une œuvre romanesque. Les personnages du film, bien développés, singuliers et attachants, sont confrontés à l’apparition du SIDA au milieu des années 1980. La direction d’acteur est d’une grande justesse avec E. Béart et Sami Bouajila en couple libéré, Michel Blanc en médecin homosexuel et l’étincelant Johann Libéreau (déjà vu dans Douches froides notamment) qui sont frappés de plein fouet par les débuts de cette terrible épidémie. Le film est donc plus qu’un simple documentaire ou témoignage.
L’histoire commence avant l’apparition de la maladie avec un premier chapitre intitulé « les beaux jours » où règne encore l’insouciance soulignée par une image colorée, vive avant l’irruption de la maladie dans le second chapitre, « la guerre ». Au travers des inquiétudes, des pensées, des liens unissant ces personnages, le film aborde les rapports entre le sexe et la morale et dépeint subtilement le bouleversement social et intime de l’apparition brutale du sida dès le milieu des années 1980, une décennie seulement après la libération sexuelle. L’histoire devient progressivement sombre mais innove complètement par rapport aux films ayant déjà touché au sujet. Le troisième et dernier chapitre, « le retour de l’été », nous dispense de tout discours moral et termine finement le film en nous rappelant la chance d’être vivant.
Les témoins, en racontant la naissance et la dimension actuelle de ce phénomène dramatique qu’est le SIDA, demeure toujours utile et actuel.
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