Sorties cinéma Sorties Cinéma en Février 2007 Mercredi 14 Février
DVD du film | Les critiques de la rédaction : Le Dernier roi d'Ecosse---------------------------------------------------------------Un film britannique de Kevin Macdonald avec Gillian Anderson, Forest Whitaker, Simon McBurney, Adam Kotz, James McAvoy, David Oyelowo, Kerry Washington, Abby Mukiibi Nkaaga
Genre : Drame - Durée : 2H05 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Jacques Coulardeau
ABSOLUMENT HAISSABLE. Un film attendu et annoncé. Mais un film coup de poing qui commence dans le burlesque de boulevard, bien qu’en Afrique, et finit dans le grotesque sanguinaire et écoeurant d’un tyran mis en place par l’étranger que cet étranger, les Britanniques pour ne pas les nommer, regrette aussitôt. Mais ce tyran au moins a abattu le dangereux gauchiste, voire communiste d’avant. On trouvera toujours un moyen de se débarrasser du tyran ici en Ouganda après six cent mille morts. Qu’un petit jeune médecin qui fuit son père étouffant se laisse appâter dans un transfert paternel maladif par cette brute qu’était Amin Dada peut se comprendre, ou s’expliquer, mais en rien s’excuser de la part d’un homme éduqué au niveau concerné. Il est pathétique certes mais aussi odieux, ignoble, irréfléchi, saugrenu, criminel, inconscient au point de faire l’amour avec, qui plus est mettre enceinte, la femme de ce tyran. Elle finira en pièce détachées, sous les yeux de ses propres enfants, et il aurait fini pendu par les seins à des crochets de boucher et presque saigné comme un cochon si un médecin ougandais, qui finira cinq minutes plus tard une balle dans la tête, ne l’avait pas aidé à s’enfuir. Si c’était une histoire inventée on pourrait en rire car à la fin du film l’histoire et finie. Mais c’est une histoire réelle, et donc à la fin du film on sort avec un mal de tête et un ulcère car demain des occidentaux referont ici ou là la même chose : ils mettront en place un tyran pour se débarrasser d’un dirigeant qui leur déplait. Suivez mon regard. Cela ne résoudra rien mais causera des morts par centaines de milliers.
Dr Jacques COULARDEAU
| Par Anne Bernex
Parade du médecin et du tyran.
Vous voilà pris au piège du tyran et de ses sbires par un fin stratège: l'immersion d'un jeune médecin anglais dans l'intimité du dictateur ougandais qui s'était autoproclamé, à l'image de ses fantaisies les plus abjectes, "dernier roi d'Ecosse".
A n'en pas douter, la réalisation de Kevin Macdonald est un chef d'oeuvre de maîtrise et de profondeur: psychologie des personnages, reconstitution historique mais surtout étude sur le phénomène de dépersonnalisation. Car en effet, le spectateur voit tout au travers des yeux d'un médecin, tombé sous le charme du dictateur, fasciné par ses multiples facettes, son goût pour la provocation, ses manies de séducteur, mieux encore: sa folie pure. Folie qui, savamment dissimulée sous des rires nerveux et autres rictus, rend le jeune confident aveugle, presque anesthésié par ce qu'il est incapable de constater, ou plutôt de reconnaître: l'éradication de milliers de "semblables" qui sont autant d'opposants au régime. Des hommes. Car le dictateur n'est pas une farce: il existe, en horreur, dans les archives, où l'on titre: "Général Idi Amin Dada, despote sanguinaire, auteur de crimes innommables".
Lâche, menteur, cynique, exécrable mais aussi sincère, humain, attachant: c'est ce visage là qui nous apparaît le plus souvent pour mieux nous témoigner l'esprit manipulateur du personnage. Car que se cache-t-il derrière un sourire, une marque d'affection ou une simple discussion autour de rafraîchissements? Notre jeune médecin, absolument à l'aise dans l'intimité du despote, prend plaisir à connaître l'homme sans se douter que celui-ci est en train de lui tendre un de ses plus savants pièges: culte de la personnalité, illuminations en guise de réponses, rires fracassants en guise de sympathie. Il faut dire que l'anglais voyageur est attiré par une personnalité plus que déroutante: le peuple ougandais a jeté hors de ses terres son oppresseur Milton Obote pour lui préférer le "dernier roi d'Ecosse", ancien champion de boxe, prêt à combattre pour tous et toutes. On connaît la suite. Il faut dire aussi que toute prise de pouvoir commence par la fascination du pire, déguisé en espérance, sapé de générosité salace et fictive. Immergé dans la terreur, Sir Carrigan ne se doute de rien, n'a peur de rien, d'ailleurs la peur n'existe pas. Il n'existe qu'une relation de confiance, croit-on, entre ces deux phénomènes. Jeu du chat et de la souris. La stratégie du général fait force, l'innocence du médecin "malgré lui" nous trompe puisqu'il incarne, à lui seul, la part de responsabilité morale et politique des Anglais face à leur ancienne colonie. Le titre de "collaborateur" imbibe dès lors l'homme de confiance d'une puante indifférence.
Porté par un acteur au sommet de son art, génial Forest Whitaker, cette terrifiante mais sublime adaptation du roman de Giles Foden nous montre non pas comme il est facile de dénoncer le régime totalitaire, mais plutôt comme il est aisé de se faire prendre au piège d'une sanguinaire collaboration. Voir et être vu, entendre et être entendu, écouter et être convaincu. Epatant.
| Par André Ruellan
L'histoire et le personnage nous sont connus. Seul ajout imaginaire, un tout jeune médecin écossais qui paie rudement sa naïveté envers le tyran qui le séduit.
Le réalisateur a parfaitement compris et restitué l'atmosphère terrifiante de l'Ouganda placé sous le joug d'Amin Dada et de ses sbires, alternant le pittoresque d'une image richement colorée, aux effrayants effets d'ombre et de lumière qui dévoilent en gros plans la folie meurtrière.
L'ascension toute relative et obligatoirement provisoire de ce maigrelet médecin dans le giron du pouvoir, est savamment dosée au fil d'épisodes plus ou moins rassurants ou affolants qui décrivent les protagonistes.
J'ai moins aimé le final d'un spectaculaire superflu, mais dans son ensemble, ce film est remarquablement crédible, d'autant que le comédien américain Forest Whitaker représente ce que l'on peut attendre de mieux dans l'interprètation d'un rôle tour à tour jovial et effroyable. Quel talent et quel courage pour exprimer un tel mimétisme.
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