Sorties cinéma Sorties Cinéma en Janvier 2007 Mercredi 10 Janvier
DVD du film | Les critiques de la rédaction : Apocalypto---------------------------------------------------------------Un film américain (Interdit aux moins de 12 ans) de Mel Gibson avec Rudy Youngblood, Dalia Hernandez, Jonathan Brewer, Morris Birdyellowhead, Carlos Emilio Baez, Ramirez Amilcar, Israel Contreras, Israel Rios
Genre : Aventure - Durée : 2H18 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Jacques Coulardeau
SUPERBEMENT EPOUSTOUFLANT. Soyons clair. En premier lieu, 75% des inscriptions Maya n’ont pas encore été déchiffrées et tout ce que nous avons sur ces Indiens ne représente qu’un millième de ce que nous devrions avoir pour savoir un peu ce qu’ils étaient. La vanité de ceux qui disent certains détails faux est absurde surtout que le cinéma n’est pas un outil de vérité mais un art de l’illusion absolue. Un détail faux n’est qu’une goutte qui fait déborder le vase des bilieux, qu’une paille qui casse le dos des ronchonneurs. Alors ne lésinons pas sur la marchandise. Nous avons là un film d’une extraordinaire grandeur. Les images sont parmi les plus belles que vous pouvez imaginer, que ce soit la forêt, la traversée du fleuve, les chutes sur ce même fleuve, la ville Maya et ses temples pyramidaux, les costumes des prêtres, les jeux de gladiateurs en fuite pour exécution cynégétique, etc. L’action est elle-même si bien construite que l’on se prend au jeu et que l’on vit dans le corps du pourchassé, sans faiblir, sans la moindre absence. Et pourtant une longue phase lente et contemplative pour le spectateur donne à voir la vie simple mais spirituellement emplie de contes et de légendes dans un village de la forêt équatoriale ou tropicale. Ce n’est pas un film anthropologique, mais c’est à ce niveau là un film qui veut nous faire pénétrer un décor totalement inconnu pour nous et y réussit sans faillir, que ce soit le décor physique ou le décor spirituel et mental. Il est extraordinaire comment Gibson utilise les expressions faciales de ses acteurs pourtant tous amateurs pour exprimer plus de la moitié de la densité psychologique et émotionnelle, voire passionnelle des personnages et des situations. Certains disent que l’histoire tient par des ficelles, comme une éclipse bien venue. Mais c’est oublier que la vie tient par des ficelles et que des événements aussi simple qu’un train qui ne roule pas peut changer le destin de milliers de personnes. La vie n’est que le fruit du hasard et des caprices imprévisibles de notre environnement. Certains hurlent aussi au film « hollywoodien » sans préciser ce que cela veut dire. Un film tourné entièrement au Mexique avec exclusivement des acteurs amateurs d’un groupe ethnique jusqu’à ce jour jamais vu à l’écran, entièrement dans leur langue, forme moderne du Maya, et sous-titré, voilà bien des éléments qui ne sont pas très hollywoodiens. Si c’est le grand spectacle qui est en cause, dans ce cas Besson est pas mal hollywoodien dans ses studios de Saint Denis quand il vogue sur ses rivières pourpres. Les plus sérieux vous disent que Mel Gibson réfléchit sur la destinée des civilisations dans leur autodestruction finale. C’est à la fois bien voir et mal comprendre. C’est le niveau minimal du discours que l’on peut voir dans ces sacrifices humains absurdes pour faire venir et partir une éclipse ou des années de mauvaises récoltes par une automutilation, un autodafé cannibale, une auto-morbidité auto-mortifère. En quelque sorte le contrôle artificiel de la densité de la population en fonction des ressources par une mise en scène grandiose pour l’élimination d’une frange de population en surnombre, et ce dans le plaisir le plus intense des participants à ces rites. On peut alors faire le parallèle avec toutes les exécutions capitales que l’humanité pratique encore ici et là. Le but est le même la purification de la société par la pratique de l’ignoble, de l’horreur, du crime. Vive la peine de mort ! Mais on manque la grande boucle parabolique et symbolique qui commence dès le début par l’achat d’un droit de passage par l’échange de trois poissons contre une cuisse de tapir, puis par la femme enceinte qui doit fuir les hordes criminelles, pour se terminer sur la réunification de la famille originelle et de ses deux fils qui vont dans la forêt, devant l’arrivée d’une nouvelle horde qui sera sanguinaire elle aussi pour des raisons inavouables mais longuement exposées dans les livres de l’époque, pour repartir de zéro. Adam et Eve partent avec Abel et Caïn réinventer la vie. Mais le spectre de l’humain plane dans ces deux frères et dans le mythe auquel il réfère. Ici Mel Gibson nous dit que l’humanité n’est qu’une histoire d’horreur qui sans cesse se répète. Seuls changent les formes et les habillages.
Dr Jacques COULARDEAU
| Par Anne Bernex
Dialectique des cendres mayas.
Après la polémique autour de sa Passion, Mel Gibson avait envie, dit-on, de reconquérir le « cœur » des foules. Loin étions-nous d’imaginer qu’il entendait cela au sens propre comme au figuré. Le cœur: voilà une artère à la base de toute l’œuvre anthropologique et civilisatrice de Mel Gibson. Ici elle ne faiblit pas mais expire, souffre: par delà la souffrance, la haine, la hargne du battant, la perte du vaincu. De telles sources auraient pu permettre au réalisateur de renouer avec la mise en scène brillante et hyper réaliste de Braveheart: une boucherie certes, mais savamment construite, habilement manipulée, subtilement interprétée. Apocalypto nous invitait à suivre le périple ascensionnel d’un maya refusant la mort, entraînant par la même tout une société à le poursuivre, son inévitable condition dans une civilisation qui pratique, dit-on encore, l’art du sacrifice. A en lire pourtant les remarquables études de l’historien Ortega y Gasset, rien ne nous garantit que les Mayas étaient adeptes de telles effusions de sang, confiées plutôt à leur voisin Aztèques. Au lieu de quoi l’Apocalypse (comme le titre nous le suggère) n’est celle que des écartèlements insensés, comme s’il n’y avait pas encore assez de « Passion » (comparez donc avec la parabole christique) chez ces « sauvages ». On n’en sort plus car du cœur, donc, il y en a partout: pas seulement dans les sentiments mais dans les giclures, les poignards tranchants, les têtes qui fusent et autres carcasses en tout genre. C’est bien ce qui gêne et qui finit par révulser. Certes, comme son précédent opus, la langue est « authentique » -mot sacré selon Mel Gibson- mais elle ne fait presque prononcer que des hurlements à ses protagonistes. Souci de vérité, d’acuité, de portée morale ou simplement contemplative, l’œuvre de Mel Gibson renferme pourtant en elle des atouts attachants, sauf que nourrie de contradictions et de profonds paradoxes, le réalisateur peine toujours autant à nous les faire partager.
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