Sorties cinéma Sorties Cinéma en Octobre 2006 Mercredi 04 Octobre
DVD du film | Les critiques de la rédaction : Le Parfum---------------------------------------------------------------Un film américain et allemand de Tom Tykwer avec Ben Whishaw, Dustin Hoffman, Alan Rickman, Rachel Hurd-Wood, Paul Berrondo, Carmen Contreras, Jesus Del Caso, Anna Diogene, Sam Douglas, Alba Fer
Genre : Drame - Durée : 2H27 mn
Donnez votre opinion sur ce film |
|
L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
|
| Par Jacques Coulardeau
FABULEUSEMENT ENIVRANT ! Régulièrement, cycliquement même, les artistes reviennent aux odeurs et à l’odorat comme le centre absolu des rapports entre les hommes et le monde, entre les hommes et eux-mêmes, entre même les hommes et leur âme. C’est bien ce que nous avons ici avec référence aux Egyptiens et positionnement nécessaire à Paris, la capitale du rafinement olfactif. Mais en fait tout le film mène à une seule référence : une référence à Dieu, à un ange, à l’église, à la dimension mystique des parfums. C’est que le christianisme, comme le judaïsme avant lui, en reprise des traditions pharaoniques et bien sûr des traditions qui viennent de l’Inde et de la Perse, se fonde, avec force encens à l’appui, sur un baume qui enbaume de son odeur de sainteté, le chrême, ou encore Saint Chrême, dont Moïse donne la recette dans les règles, lois et commandements dont il dote l’Ancien Testament. Ce Saint Chrême fait encore scandale car le quatrième élément, Kanabos en hébreu, fait écho au cannabis sémitique non juif qui deviendra arabe environnant, comme quoi une odeur est à la fois un charme et un crime. On oscille ainsi entre la douce alliance de quatre senteurs en un baume dont on oint seulement les prêtres du Temple pour qu’ils voient la vision prophétique du royaume de Dieu, et le coupable abandon dans le voyage mental que ce baume provoque par son application cutanée. On doit aussi penser aux qualités curatives, bactériocides et autres de ce baume en un temps où l’hygiène faisait plutôt défaut, qualités que Jésus décida d’utiliser dans ses activités prédicatives pour soigner les malades et, si l’on en croit l’évangile secret de Saint Marc, pour accompagner la nuit d’initiation des nouveaux disciples passée avec Jésus, nuit pour laquelle ces nouveaux disciples doivent venir vêtus d’un seul drap, comme le jeune homme qui s’enfuit lors de l’arrestation de Jésus, toujours selon Saint Marc mais dons son évangile officiel cette fois. Connaissons-nous tous ces détails de notre culture? Non bien sûr, mais notre ambivalence face aux parfums, à leur attrait et à leur rejet, est la suite immédiate de ces débats et controverses anciennes. Le film insinue, mais très rapidement en début, que les parfums n’étaient là que pour couvrir les odeurs abominables de la vie quotidienne, tout en oubliant de dire que l’hygiène était encore un fait plus que rare en ce 18ème siècle des lumières, mais pas de la douche quotidienne. Aussi ce parfum suprême que Grenouille invente est le fruit du crime mais inspire l‘amour universel aux hommes. Quelle belle fin que de se dissoudre dans la respiration des autres comme une simple odeur dans un courant d’air. Ah ! si mourir était vraiment aussi simple que cela. Et en plus ce film aux parfums plus qu’ambigus tourne entièrement autour de 13 senteurs composantes pour le parfum absolu, treize le chiffre du malheur et du crime et 13 le chiffre de la perfection et de la chance sans égale. Ceci explique que l’on puisse garder en tête une image folle du bonheur ineffable tiré exclusivement des pires souffrances et violences. L’exquis dans toute la douleur qu’il contient car l’exquis n’est qu’une douleur extrême.
Dr Jacques COULARDEAU
| Par Sarah Nguimbous
Etrange et captivant...
En 1744, dans les rues sales et malodorantes de Paris naquit Jean-Baptiste Grenouille. Abandonné par sa mère, il est placé en orphelinat. Très vite, il se différencie de ses camarades par son odorat surdéveloppé. Il passe alors des heures, en solitaire, les nez au vent, à l'affût de la moindre odeur, celle du bois, des fruits, des feuilles, mais aussi du métal ou du cuivre. Devenu adulte, il a emmagasiné et collectionné plus d'odeurs différentes que de vocabulaire. Une fragrance, cependant, le marquera à jamais. Une fragrance qui le poussera au pire : l'odeur naturel des jeunes filles.
Le Parfum repose essentiellement sur un Ben Whishaw talentueux, qui incarne le personnage principal avec intensité et sensibilité.
Dès le début du film, on comprend que Jean-Baptiste Grenouille se repère essentiellement grâce à son odorat, comme nous nous repérons grâce à notre vue.
La première partie du film est basé sur l'univers olfactif de Grenouille et de façon toute naturelle, nous faisons connaissance avec sa première victime. Je pourrais comparer ce film à une escalade : il commence son ascension tout en bas, par la découverte, puis il arrive à nommer et à différencier chaque odeur. Son ascension l'ébranle en pleine course alors qu'il en détecte une nouvelle : l'odeur naturelle des jeunes filles. Cette odeur va l'émouvoir au plus point, faisant naître une passion, une obsession qui ne connaîtra aucune limite, seulement une envie implacable de la préserver et de la conserver à jamais.
Ce qui aurait pu être un film soporiphique devient magique grâce à un scénario riche, une narration utilisée à bon escient et à cette atmosphère sombre, froide et dure qui entoure Jean-Baptiste Grenouille tout au long du film. Ce dernier n'est auréolé de lumière uniquement lorsqu'il crée, ce qui laisse entendre l'apaisement qu'il doit ressentir au fur et à mesure qu'il approche du but.
Le talent inné de Grenouille, sa soif d'apprentissage et ses déconvenues font du Parfum une véritable épopée sensorielle. Et malgré le fait que nous - spectateurs - soyons simplement assis sur nos confortables fauteuils, nous pourrions presque envier le "nez" de Grenouille.
La transition entre la découverte et le passage à l'acte ne choque pas, au contraire, elle est attendue. Whishaw arrive à nous embarquer avec lui, dans sa démence pourtant innocente car c'est à peine s'il est conscient du mal qu'il fait autour de lui. Et lors de son travail de création, nous l'observons avec une certaine impatience rassembler les douze accords nécessaires à l'élaboration de son parfum. Nous passons de l'autre coté de la barrière, de son coté à lui, poussés par la curiosité. On en viendrait meme à se demander, à imaginer quelle odeur pourrait avoir cet étrange parfum.
C'est ce réalisme que j'ai aimé dans ce film. Le Parfum captive chaque spectateur, l'enivre et l'étourdit du début jusqu'à la fin. C'est un film qui met légèrement mal à l'aise, qui laisse un arrière gout de voyeurisme tout de même. Etrange, toujours le meme mot qui me vient à l'esprit.
Et pourtant c'est un véritable exploit que de réussir à captiver un spectateur en lui proposant un film basé sur l'odorat. Sans s'en rendre compte, on finit par s'imaginer chacune des odeurs, qu'elles soient végétales, animales ou humaines, comme si nous observions chaque geste de Grenouille par dessus son épaule.
Un film à voir pour sa beauté, sa simplicité, son innocence et le voyage imaginaire et odorant que nous propose Tom Tyckwer et Ben Whishaw...
|
|
| |