Sorties cinéma Sorties Cinéma en Août 2006 Mercredi 09 Août
DVD du film | Les critiques de la rédaction : La Tourneuse de pages---------------------------------------------------------------Un film français de Denis Dercourt avec Catherine Frot, Déborah François, Pascal Greggory, Antoine Martynciow, Clotilde Mollet, Martine Chevallier, Michele Ernou
Genre : Drame - Durée : 1H25 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par André Ruellan
Excellent ! Du bon, du vrai cinéma qui ne lambine pas à coup d'effets spectaculaires, mais mobilise l'attention, fait réagir et réfléchir grâce à la qualité de la mise en scène et de l'interprètation.
Les amateurs de piano et de vengeance sont comblés au fil de cette histoire qui, tout en captivant, met sérieusement mal à l'aise tant est maîtrisé son déroulement.
Cette fameuse tourneuse de pages qui peut mettre en danger la prestation d'une virtuose nous trouble tant est dosé son agissement dans une atmosphère qui frôle le thriller et se conclut en désastre affectif et familial.
La réalisation est très claire, explicite, bien imagée et soutenue sobrement de mots essentiels au gré de séquences sèches, sans fioritures, mais efficacement claires.
Quant à l'interprètation, elle est exemplaire de la part de Catherine Frot, distante et fragile, incisive et pourtant craintive et passionnée. Remarquable aussi la jeune Déborah François dans un rôle odieux et inquiétant de vengeresse manipulatrice , dissimulé sous une apparence réservée. Pascal Greggory est parfait.
| Par Jacques Coulardeau
INCLASSABLE. COSMIQUE. Dès les premières images on sait que le film va nous emmener sur une autre planète. C’est une question de rythme. Trop lent et trop mesuré pour être vrai. Il prend un malin plaisir à suivre les mouvements et à les ralentir. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Peu à peu la vengeance d’une femme sur une autre se construit et se profile, impitoyable, inexorable, meurtrière. On suit d’ailleurs cette vengeance avec sympathie du fait de l’horreur que la dame pianiste nous inspire pour sa faute d’indélicat egocentrisme. Ce qui est bien plus inquiétant c’est la façon dont cette vengeance va massacrer deux innocents dans la bataille et avoir plusieurs victimes colatérales. C’est le sadisme avec lequel elle va défendre son territoire contre un violoncelliste un peu pervers. C’est le désir de mort qu’elle révèle dans un jeu aquatique avec le fils de la maison qui n’a guère plus de dix ans. Il y a à ce moment-là dans le film comme un déclic vers la perversion, la damnation même. Une âme se vend au diable. Cela devient alors une histoire de règlement de comptes entre deux femmes, mais l’une sait pourquoi puisqu’elle se venge, et l’autre ne sait rien car ce qui lui vaut cette vengeance n’a jamais du laisser la moindre trace dans sa mémoire. Et c’est bien cet oubli qui empêche tout dépassement de cette dimension narcissique de la vengeance elle-même. La tourneuse de pages ne se venge plus sur telle ou telle personne, ni de telle ou telle personne, mais elle se venge d’avoir eu la faiblesse d’être détruite par la sottise de l’autre, bref d’avoir été faible et d’avoir sombré dans la défaite. On dirait qu’elle se libère de son incompétence en punissant celle qui a révélé cette incompétence, mais qui l’a révélée parce qu’elle la portait en elle aussi : l’incapacité à réussir sans tenir compte de ce qui se passe autour de vous, la première qualité du concertiste. En d’autres termes il s’agit d’une vengeance spéculaire : les deux protagonistes ne sont que le reflet l’une de l’autre et vice versa, et bien malin sera celui qui découvrira qui est le modèle et qui est l’original, et ce n’est même pas une question d’âge. Mais ce film laisse un goût amer parce que, en dehors des actrices, la première femme au générique est la maquilleuse, et que les femmes n’apparaissent qu’au niveau des deux assistantes du réalisateur. Un film qui parle de femmes et qui n’est fait encore une fois que par des hommes. Mais qu’est-ce qu’ils en savent donc de ce dont ils parlent ? La question contient la réponse.
Dr Jacques COULARDEAU
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