Sorties cinéma Sorties Cinéma en Septembre 2006 Mercredi 27 Sept
DVD du film | Les critiques de la rédaction : Indigènes---------------------------------------------------------------Un film français de Rachid Bouchareb avec Jamel Debbouze, Sami Bouajila, Roschdy Zem, Samy Naceri, Mathieu Simonet, Bernard Blancan
Genre : Drame - Durée : 2H08 mn
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L'avis de la rédaction Nord-Cinéma| La note de la rédaction : | |
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| Par Jacques Coulardeau
ENFIN ! FABULEUX ! INCONTOURNABLE ! 23 ou 25 sur 20 ! On l’attendait au virage notre ami Debbouze et son copain Bouchared et tous les autres. Pensez-donc ! Un film avec 95% du temps occupé par des Arabes. Pensez-donc ! Un film sur le sujet tabou s’il en est des indigènes de la république, et ici même des indigènes de la nation. Il aura fallu la bombe de Dieudonné et de ses acolytes sur le sujet de ces indigènes pour qu’enfin on reconnaisse que face à la République (la grande dame que certains appellent Marianne) tous les citoyens ne sont pas égaux, et que face à la Nation (la grande dame qui a sa statue sur une certaine place parisienne, entre la Bastille et la République justement, même si l’ordre n’est pas tout à fait celui-là) tous ses enfants ne sont pas égaux. Mais ce film prend la république comme la nation à la gorge (j’ai envie de mentionner une autre zone corporelle sensible, mais ces dames en sont plutôt dépourvues) et la somme de regarder dans son immense fumier, sans en rajouter, même de façon plutôt discrète et modérée, pour qu’elle voie enfin les dégâts de son inégalitarisme, les frustrations et humiliations que cet inégalitarisme a fait vivre à des millions de gens, et bien sûr pour que nous puissions comprendre et imaginer combien cela a nourri et nourrit encore, et même de plus en plus, la colère, l’amertume, le désir de justice, voire de vengeance, et toutes les explosions que l’on peut imaginer quand trop c’est trop. Et il aura fallu ce film pour qu’enfin un président de cette république ose rétablir les pensions des anciens combattants de nos anciennes colonies au niveau normal de celles des autres anciens combattants. Cinquante ans après la scandaleuse décision de les geler. Oui, il y a encore un mois on payait à ces anciens combattants les pensions qu’ils touchaient au début des années 50, quand le SMIG était encore aux alentours de 8000 ou 10000 anciens francs. Je me souviens du SMIG de mon père à 12000 anciens francs en 1956. Et en plus elles n’ont pas honte, cette république et cette nation ! Le film s’attache à montrer le courage ordinaire de ces hommes, leur attachement à l’idéal de cette république et ensuite toutes les façons que cette république a de faire passer ces Arabes, ces musulmans, ces Algériens, ces Marocains, ces Sénégalais, etc, etc, toujours bien après les blancs de métropole et les blancs des colonies, connus encore comme des pieds noirs, même quand il ne s’agit que de distribuer des tomates au réfectoire. Ne parlons pas d’apprendre à lire ou à écrire. La France et les Français ont vraiment besoin de réapprendre leur histoire et de la réécrire avec tous les peuples du monde qui y ont joué un rôle. Je suis né dans les chambres de bonne d’une maison négrière sur le Quai des Chartrons à Bordeaux, et je n’ai entendu parler de cela que dans les années 80, presque 15 après avoir quitté Bordeaux. Nous avons besoin de nous nettoyer les yeux et de nous déboucher les oreilles. Merci donc à ces Indigènes de la République qui ont toute leur place dans cette République à condition qu’elle comprenne que c’est une tâche politique que de réparer les horreurs faites en son nom.
Dr Jacques COULARDEAU
| Par André Ruellan
Superbe ! Un très grand film qui a su faire, d'un grave épisode parmi les autres de la guerre 39/45, une épopée tragique, humaine et juste, qui réveille ceux qui ont vécu cette époque, et renseigne les jeunes générations.
La guerre dans toute son horreur est toujours présente avec ses copines la peur , la mort, la souffrance et l'injustice. Quelle ironie tragique dans ces messages pompeux transmis par une hiérarchie militaire et cocardière, bien au chaud à l'arrière, et qui envoie au casse-pipe tous ces garçons de 1944, comme ont le faisait honteusement en 14/18.
Voilà un film puissant, émouvant et juste qui gère admirablement ce qui aurait pu devenir de l' image d'Epinal de convention, et happe l'attention au gré d'épisodes historiques transmis en séquences pittoresques, douloureuses et épiques.
L'équipement militaire de 1944 est remarquable de justesse, et la mise en scène est minutieuse ou spectaculaire, sans outrance, toujours attentive à capter et délivrer ce bouleversant message fraternel de l'Afrique du Nord.
Les comédiens sont extraordinaire : lorsque l'un prend le dessus de l'émotion sur les autres, la séquence d'après bouleverse le jugement et nous renvoie une admiration chaleureuse pour cette entière personnification de simples héros.
A propos des 'Indigènes " de l'armée De Lattre en 1944, j'ai pu constater de visu que chaque armée avait ses " naturels ": parmi les soldats de la trop célèbre division " Das Reich " que j'ai eu à rencontrer, les troupes choc en Normandie étaient constituées de Russes de l'Armée Vlassov, et les premiers soldats américains que j'ai vu , à ma grande stupéfaction, étaient des Indiens d'Amérique du Sud qui ne parlaient que l'Espagnol. Dure réalité pour un "libéré "!
| Par Claire Fortier-Durand
L'armée d'Afrique était composée d'unités spécifiques: les zouaves, créés en 1830, les chasseurs d'Afrique en 1831, les spahis en 1834, les tirailleurs indigènes en 1841. Au Sénégal en 1854, Faidherbe créé les tirailleurs sénégalais.
Toutes ces troupes indigènes d'Afrique du Nord appartenaient au 19ème Corps d'armée appelé "Armée d'Afrique". Elles ont été engagées en France métropolitaine dès aout 1914.
Pendant la seconde guerre mondiale, époque où se passe le film, dès 1940 la France est vaincue et 1 400 000 soldats français sont prisonniers en Allemagne. L'armée française n'existe plus.
Pendant deux ans, l'empire colonial va être au centre des enjeux de légitimité entre les forces gaullistes et le régime de Vichy.
Dès le 18 juin 1940 dans la foulée de l'appel du 18 juin à poursuivre la lutte, les ralliements sont d'abord individuels. En juillet 40, la France libre peut compter sur un peu plus de 7000 hommes puis sur le ralliement de plusieurs colonies africaines, océaniennes et asiatiques. Ce soutien de l'empire colonial donne une légitimité à la France libre et permet de s'imposer aux côtés des Alliés.
Le grand tournant est le débarquement allié de Novembre 1942 en Afrique du Nord à partir duquel va se constituer progressivement l'armée française.
Au cours de l'été 43, 233000 nord-africains sont mobilisés ou volontaires pour renforcer les troupes de la France combattante. Ils rejoindront les 363 000 soldats d'Afrique du Nord déjà sous l'autorité militaire (européens et "indigènes").
C'est à ce moment que l'on va suivre le parcours des quatre soldats.
Cette armée va participer, aux côtés des alliées anglo-américains, à la libération de la France après les durs combats de Tunisie, de Sicile, d'Italie, de Corse et le débarquement allié en Provence de l'été 44.
Rachid Bouchareb souhaitait faire un film et non un documentaire car pour lui, "le cinéma doit tenir compte du spectateur, il doit avoir une dimension qui dépasse le contexte historique pour plonger au coeur de l'humain, au plus près de ce qui nous touche, au delà de toutes les différences."
Et c'est dans un petit village d'Alsace que le cinéaste raconte la destinée d'un groupe hétérogène qui se soude face à l'épreuve.
Le film est toujours au plus proche des comédiens et des personnages, combinant les scènes de grande ampleur avec quelques moments plus intimistes.
Il nous met en lumière les injustices vécues par ces "indigènes" alors qu'ils meurent sous les mêmes balles des soldats allemands. Venus secourir la mère patrie, voilà en retour le traitement qu'elle leur inflige, un traitement qu'ils vivent alors comme une trahison sentimentale.
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