 | Alceste à bicyclette
Un film français de Philippe Le Guay avec Fabrice Luchini, Lambert Wilson, Maya Sansa, Laurie Bordesoules, Camille Japy, Annie Mercier, Ged Marlon, Stéphane Wojtowicz, Christine Murillo, Josiane Stoléru, et Edith Le Merdy
Genre : Comédie - Durée : 1H44mn
Ecrivez votre critique sur ce film
|
| L'avis de la rédaction - Par Jacques Coulardeau
|
UN FILM AMUSANT SUR LE TON GRINÇANT.
Les acteurs, comme il est dit si bien dans le film, sont narcissiques
et ne pensent qu’à et qu’avec leur nombril. Mais leur nombril a la
couleur et la forme de leurs multiples personnages. Vous pouvez leur
dire n’importe quoi sur eux-mêmes ils ne sont pas si touchés que
cela, mais si vous attaquez un de leurs personnages ils deviennent
fous furieux sans s’apercevoir que c’est du narcissisme de leur
propre image virtuelle totalement fausse car ils ne sont pas leurs
personnages. Mais une brique entendrait cela mieux et plus
distinctement qu’un acteur. N’est sourd que qui veut bien ne pas
entendre.
Ici le réalisateur veut jouer avec le Misanthrope de Molière mais sans
monter le Misanthrope de Molière, sous prétexte de faire moderne,
de parler au public moderne. Donc finit les alexandrins et la diction
doit être de boulevard, niveau certificat d’études, d’autrefois car
autrefois à ce niveau-là ils savaient encore lire, mais guère plus.
Donc finies les simagrées baroques ou classiques, les tenues droites
et bien campées en accord avec la définition du personnage. Il faut
aller chercher dans le passé du personnage des éléments qui le font
boiter, tousser, maugréer, se noyer dans un jacuzzi, pourquoi pas ?
Ce souci de faire moderne est poussé un peu loin dans la cruauté
contre les acteurs à l’ancienne et contre les acteurs à la moderne. Ils
poussent même un tantinet trop loin. L’actrice moderne est une
actrice porno soutenue par son amant et futur mari et qui part tout
de suite pour Bucarest en Roumanie, capitale actuelle du porno
mondial. On ne sera pas étonné que cette jeune fille trouve qu’une
double péné- (sous entendu car on parle SMS dans cette société –
tration, ne demandez pas de détails : ou faites-le sur twitter avec un
message du genre : « double péné- 7 2 quoi - ») soit un peu
pénible à huit heures du matin. Je suis d’ailleurs étonné que ce film
voulant faire moderne s’arrête au porno hétéro-. L’est de l’Europe est
aussi un très grand centre en plein développement du porno homo-
comme on disait il y a encore peu, gay pour être moderne et LGBT
pour être hyper politiquement correct. La double péné- devient alors
très athlétique.
Le film fait jouer les deux rôles fondamentaux à deux acteurs pris
dans leur vie réelle, enfin la vie réelle de ces deux personnages sui
sont acteurs dans cette vie virtuelle, et ils sont les parfaites
incarnations des deux personnages : Alceste, le misanthrope et
Philinte son ami. Plus gay que ces deux là y a pas, mais le film
évacue une telle lecture et au contraire ajoute à ces deux amis et
acteurs une italienne qui tombe pour l’un en mots émotionnels mais
tombe pour l’autre sexuellement. Et c’est bien sûr Gauthier Valence,
alias Dr Morange, alias Lambert Wilson qui se paie l’italienne en
parfaite infidélité à son évanescente Christine de compagne, et en
parfaite traitrise de son ami qui s’était pris pour la belle Italienne. Et
ce fat de metteur en scène qui s’attribue le rôle principal de la pièce
qu’il monte ne trouve rien de mieux que de croire que cela n’a
aucune importance. La vengeance est mortelle et jusque sur la scène
du Théâtre du Rond Point qui aurait pu être la Comédie Française le
pauvre et traitreusement trahi Serge Tanneur, alias virtuel et
potentiel Alceste, alias Fabrice Luchini trahira à son tour par un tour
de passe-passe de magie vaudou son ex- ci-devant prétendu ami de
toujours et le terrorisera et ridiculisera dans son intime ego
antagonique et plus nombriliste que le plus narcissique de tous les
nombrils du monde. Vivement que Dmitri Chostakovitch nous ponde
un opéra sur le Nombril, s’il le peut encore.
Mais justement [...]
Lire la suite de nos critiques |
Le Synopsis officiel du film (Pathé Distribution) : :
Au sommet de sa carrière d’acteur, Serge Tanneur a quitté une fois pour toutes le monde du spectacle. Trop de colère, trop de lassitude. La fatigue d’un métier où tout le monde trahit tout le monde. Désormais, Serge vit en ermite dans une maison délabrée sur l’Île de Ré… Trois ans plus tard, Gauthier Valence, un acteur de télévision adulé des foules, abonné aux rôles de héros au grand coeur, débarque sur l’île. Il vient retrouver Serge pour lui proposer de jouer «Le Misanthrope» de Molière. Serge n’est-il pas devenu une pure incarnation du personnage d’Alceste ?
Serge refuse tout net et confirme qu’il ne reviendra jamais sur scène. Pourtant, quelque chose en lui ne demande qu’à céder. Il propose à Gauthier de répéter la grande scène 1 de l’Acte 1, entre Philinte et Alceste. Au bout de cinq jours de répétition, il saura s’il a envie de le faire ou non.
Les répétitions commencent : les deux acteurs se mesurent et se défient tour à tour, partagés entre le plaisir de jouer ensemble et l’envie brutale d’en découdre. La bienveillance de Gauthier est souvent mise à l’épreuve par le ressentiment de Serge. Autour d’eux, il y a le microcosme de l’Île de Ré, figée dans la morte saison : un agent immobilier, la patronne de l’hôtel local, une italienne divorcée venue vendre une maison. Et l’on peut se prendre à croire que Serge va réellement remonter sur les planches… |
| L'avis des cinéphiles internautes (2 critiques) : |
| La note moyenne des internautes : | |
|
Par Lventriloque (Publiée le 13-03-2013 à 23:20)
Ce qui frappe c'est le mot de la fin ! Seule une comédie peut aller jusqu'à cette extrémité sans faire lever les boucliers de la bienpensance. C'est léger et profond en même temps. Il y règne la fantaisie propre à une libre interprétation d'un classique. Tout y est recyclé pour que les jeunes générations puissent travailler l'argumentation et les anciennes s'indigner... ou s'amuser. Sous des dehors légers, on mesure l'écart qui se creuse toujours plus entre les chloroformés et ceux, volontairement en retrait, qui refusent (la vasectomie illustre bien le degré de folie auquel on est confronté). Film très sain avec ses balades à vélo, sa rengaine italienne meublant le grand vide entre les êtres, à combler par un quelconque sirop. Mentir mais toujours sauver la face s'avère un engrenage assez périlleux dans ce film de salubrité publique. Le misanthrope campe le groupe de récalcitrants à l'alignement ultralibéral qui divise, fausse, lamine d'un bout à l'autre du globe et jusqu'aux plus fortes amitiés... Du coup, même si on n'a pas trop apprécié de l'étudier à l'école, Molière vu sous cet angle donne envie, par la parole ou le geste, de préférer chaque fois que c'est possible une pirouette à un empilement toujours plus important de mensonges à soi et aux autres.
Par Henri (Publiée le 07-02-2013 à 23:30)
Bon, là, probablement erreur de casting! J'avais vu la bande-annonce du film "Alceste à bicyclette" et je me suis demandé par quelle aberration le film se retrouvait à l'affiche de "Cinéland", le multiplex local. Aucun mépris de ma part, mais j'étais pour le moins sceptique quant à l'intérêt des amateurs de blockbusters pour ce type de film. Peut-être le fait que Fabrice Luchini et Lambert Wilson soient des acteurs bankables et connus du grand public? En tout cas, fait extrêmement rare, le film s'est retrouvé programmé au "Club 6", le cinéma art et essai local, j'ai bien fait d'attendre, ça m'a permis de le voir en VO stf.
Bon, trêve de plaisanterie: et le film? Eh bien, je vais vous le dire: remarquable, exceptionnel et, pour tout dire, jubilatoire!
D'abord, il y a Molière et ce que je considère comme sa meilleure pièce, son chef-d'œuvre, "Le Misanthrope". Le texte irrigue le film.
Ensuite, deux acteurs fabuleux, surtout Fabrice Luchini, mais, soyons honnête, Lambert Wilson est lui aussi excellent, tiré, il me semble, vers le haut par son compère et beaucoup plus crédible qu'un moine de Tibhirine! Ce n'est pas que le scénario soit génial, il est plutôt classique, non, l'intérêt du film, son propos essentiel, c'est un remarquable hommage rendu au théâtre et aux acteurs. Quelle jubilation! Certaines scènes sont de purs morceaux d'anthologie, d'autant que le jeu Alceste/Philinte du théâtre se double, au cours des répétitions, se superpose au jeu entre les deux comédiens, puisque Luchini et Wilson jouent le rôle de comédiens répétant "Le Misanthrope"et, là, le film atteint son but: la conception du théâtre, des personnages, la diction de l'alexandrin (Mas-tur-ba-ti-on!!!), le monde du spectacle, le cabotinage, tout y est! On est dans le pur divertissement. Un petit exemple: l'actrice de films X lisant le rôle de Célimène, il me semble, ridicule au départ, et émouvante à la fin, par sa diction et par l'effet d'un léger, très léger zoom sur son visage. Autre exemple, le feuilleton sur TF1, mettant en scène le Docteur Morange, habillé comme il se doit en… orange! Dernier exemple -mais il faudrait raconter tout le film!-: un Luchini sublime dans le panache sur la dernière séquence. Bref, du grand art! Quel plaisir, qu'il ne faut pas bouder, les occasions ne sont pas si fréquentes! Deux grands acteurs, deux grands fauves lâchés, en liberté, de surcroît sur l'île de Ré, voilà qui ne se refuse pas.
Naturellement, si ce n'est pas votre truc (Molière, les acteurs, le théâtre, "Le Misanthrope") -et, après tout, c'est bien votre droit!- vous pouvez vous abstenir…
Lire toutes les critiques pour ce film
Donnez vous aussi votre avis sur ce film
|
|