 | La chasse
Un film danois de Thomas Vinterberg avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp, Lasse Fogelstrom, et Susse Wold
Genre : Drame - Durée : 1H51mn
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| L'avis de la rédaction - Par André Ruellan
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La vox populi, quelle abomination lorsqu'elle s'acharne sur quelqu' un , parée des meilleures intentions du monde ! Ce n'est pas un thème inédit au cinéma et nombreux sont les films qui ont soulevé les passions qui se déchaînent sur un pauvre type ou une brave femme.
Sans suivre la même voie que " La CHASSE ", je n'ai pas pu m'empêcher de penser à l'excellent " Scènes de chasse en Bavière " de Peter Fleishmann où la bêtise humaine était également démontrée, de façon moins magistrale, et d'une maîtrise technique moins brillante. Mais mort ou vif, le résultat est identique.
Dans " La CHASSE " on est confronté à la lutte d'un animateur de jardin d'enfants, accusé par une adorable petite fille blonde, aux tics pourtant révélateurs, curieuse et imaginative, embourbée dans ses mensonges que lui suggèrent les grandes âmes officielles et le voisinage de parents outrés. L'intérêt réside dans cette façon intelligente de filmer l'atmosphère de ce petit village de chasseurs de cerfs au fil des traditionnels préparatifs de Noël et d'y introduire en catimini ce dramatique et malsain épisode.
Et puis, quelle interprètation de la part de Mads Mikkelsen, à la fois désorienté, fragilisé et rebelle aux conséquences de ce bourbier ficelé de main de maître . |
Le Synopsis du film - Par André Ruellan La pensée serait-elle un virus ? En tous cas, le mensonge en est un et il prolifère dans La Chasse dans une atmosphère de Noël nordique. Tel se présente le film du Danois Thomas Vinterberge grâce auquel Mads Mikkelsen a décroché le prestigieux prix d'interprétation masculine à Cannes 2012 pour un rôle où tout le monde le déteste et le calomnie.
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| L'avis des cinéphiles internautes (1 critique) : |
Par Henri (Publiée le 28-11-2012 à 09:25)
Pourtant, une nuit a passé, il n'empêche… J'ai encore la chair de poule et des frissons parcourent ma peau, des sentiments de révolte et de dégoût se bousculent à l'évocation du film de Thomas Vinterberg, "La Chasse", vu hier soir. Je me suis finalement décidé à aller voir ce film, avant qu'il ne disparaisse des écrans, ne serait-ce que pour voir…
Eh bien, mes amis, quel choc! Déjà, "Festen", du même cinéaste, m'avait enthousiasmé. Mais, là, le choc est encore plus violent! Pourtant, le thème du bouc émissaire, de la victime expiatoire sacrifiée par une communauté, cette espèce de catharsis, a été souvent traité au cinéma, mais rarement avec une telle force. On pense à "Breaking the Waves" de Lars von Trier -mais, là, ce n'est pas un hasard!-, à "Scènes de chasse en Bavière" de Peter Fleischmann et à tellement d'autres.
Mais, ici, encore une fois, le traitement est encore plus violent. Si l'on compare, par exemple avec "Les Risques du métier" d'André Cayatte avec Jacques Brel et Emmanuelle Riva ou, plus récemment, à "L'affaire d'Outreau", le film de Thomas Winterberg est autrement plus violent, autrement plus subtil, même si le thème traité est le même, à savoir la parole de l'enfant accusant un adulte de pédophilie, d'agressions sexuelles.
Ah, les gens bien pensants, la directrice du jardin d'enfants, le pseudo-psychologue, les amis, les petits commerçants, et clou de cette galerie de portraits, les gros cons de chasseurs, qui jubilent quasiment d'avoir une affaire à se mettre sous la dent, qui se réjouissent de pouvoir se défouler sans risques sur une victime qui n'a aucune chance de pouvoir se défendre. Paradoxe, seuls les flics et la religion sont peu présents et plutôt modérés. Quelle lâcheté, quelle bassesse, quelle veulerie chez ces personnages, qui ne se posent aucune question, du moment qu'il y a un lynchage au bout, qui endossent le costume du chevalier blanc de la morale petite-bourgeoise, qui sont affolés par le goût du sang, de l'impunité et du spectacle gratuit! On leur donne un uniforme à ces gens-là, hommes et femmes confondus, et on a la litanie des actualités télévisées sur les conflits armés contemporains: massacres, viols et tout ce qui va avec. Bref, le fascisme ordinaire dans toute sa splendeur. Bon, tout cela a été déjà vu ailleurs, mais la violence du film va au-delà. Thomas Vinterberg est un cinéaste diablement efficace!
La mise en place est idyllique et paradisiaque, le jardin d'enfants, l'animateur adoré par ses petits protégés, la petite fille au regard d'ange, qui sera l'accusatrice - au passage, quel travail avec le fillette chargée du rôle, éblouissante!- jusqu'au premier plan de coupe, où la nature, magnifiquement filmée, donne l'impression que rien de méchant ne peut se passer dans ce monde-là.
Puis, une fois le processus enclenché, la machine infernale est lancée et c'est là que l'on voit comme Vinterberg peut être brillant: l'analyse du processus est implacable, nulle concession, l'horreur monte en laissant le spectateur mal à l'aise et pantois. La scène de chasse du début est reprise en écho par l'assassinat du chien, et, franchement, là, on est à la limite de ce que l'on peut supporter. Tout s'enchaîne brillamment et c'est là qu'on se rend compte combien le cinéma peut être fort quand il est mené par de tels cinéastes: musique, montage, esthétique de l'image, rien n'est gratuit, tout concourt à dresser le tableau d'une humanité qui nous révulse, d'une humanité ordinaire et on ne peut s'empêcher, tant le traitement est réaliste de se dire que l'on côtoie "ces gens-là" tous les jours. La vision de Vinterberg est d'un pessimisme noir et, en même temps, tant est grande sa virtuosité, on ne peut s'empêcher d'adhérer au propos!
Et, puis, catastrophe, ce n'est pas possible, on se dit que la fin massacre le film (Un an plus tard, re-le monde des bisounours, tout est bien qui finit bien, la communauté est à nouveau unie, tout est pardonné, on ne comprend plus rien, on se dit que ce n'est pas possible, compte tenu de ce qu'on a vu auparavant), et c'est la que le cinéaste est absolument génial: s'ajoute à cela une seconde fin -ouf, le film n'était pas fini!- que je vous laisse découvrir et qui est d'une force inouïe! Bravo, chapeau, Monsieur Vinterberg!
Bon, je n'ai pas encore lu les critiques, mais je pense que certains ne vont pas supporter ce film et préféreront le déni plutôt que de se reconnaître sur l'écran, parlant probablement de caricature, d'exagération, de manichéisme, de didactisme, et pourtant, c'est tout l'inverse, il s'agit avant tout de cinéma, "La Chasse"est un film bouleversant, totalement maîtrisé, que l'on devrait, politiquement, montrer à tout le monde, cela contribuerait à éclairer bien des choses sur la société humaine.
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