 | Amour
Un film français de Michael Haneke avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert, et Alexandre Tharaud
Genre : Drame - Durée : 2H05mn
Ecrivez votre critique sur ce film
|
| L'avis de la rédaction - Par Jacques Coulardeau
|
SÉNIORS ET CINÉMA COMMENCENT PAR LA MÊME LETTRE.
Certains acteurs étaient tellement bons il y a quarante voire
cinquante ans qu’il leur est difficile d’oublier le métier, de brûler leurs
chaussons de danseuses cinématograhiques ou leurs grands airs
cinémathétiques, encore moins de rendre leur tablier. Mais il ne
peuvent guère tricher avec leur âge, alors ils jouent leur âge. Et je
dois dire qu’un grand acteur et une grande actrice qui jouent
ensemble leur âge peuvent être fabuleux.
Dès que vous avez fait la paix avec ce problème d’âgisme, une
ségrégation comme une autre contre une classe de citoyens
honnêtes, vous pouvez entrer dans le discours, la parabole, la fable,
l’hyperbole métabolique même.
On commence avec les pompiers qui trouvent un cadavre. Ils ne
cherchent pas plus car ils en trouveraient un second dans la
chambrette.
On finit avec la fille qui visite l’appartement haut de gamme
haussmannien de Paris, vide et propre, de toute évidence sans la
moindre trace d’un habitant.
Entre ces deux scènes la fable d’un amour fou qui ne se dénoue
jamais devant les crises cardiovasculaires successives de l’un des
deux époux mais qui amène non pas à un drame mais à une
délivrance, une épiphanie, une souffrance exquise qui passe le pas
de l’ici pour aller dans un au-delà où la souffrance et la maladie
n’existent plus, où on danse toujours sur le Pont d’Avignon et tous
en rond comme il se doit.
Certains diront que l’histoire est morbide car ils ne verront pas la
parabole carrément christique, en tout cas salvatrice pour les deux
vieux amants qui ont vécu toute leur vie, et une seule vie commune
s’il vous plait, en musique, au son et au rythme d’un piano à queue
dans le salon et d’un concert au Théâtre des Champs Elysées.
La parabole peut s’interpréter de cent façons comme toutes les
paraboles du Christ. Soutien à ceux qui croient que c’est un signe
d’amour que d’aider à partir ceux qui son humiliés et amoindris par
la souffrance morale d’une maladie irréversible. D’autres diront que
la vraie preuve d’amour est dans le partage de cette fin car si cette
fin n’est pas partagée c’est une terrible hypocrisie.
Mais c’est le sort des esclaves d’un Pharaon ou des femmes et
amantes d’un maharadja indien. C’est ignominieux et inacceptable.
Et pourtant dans ces sociétés quand on aime c’est pour la vie et
quand l’amour n’est plus possible la vie ne l’est plus non plus. On
nous a suffisamment rabattu les oreilles avec cela pendant la
période romantique, il n’y a pas si longtemps, avec les Werther de
Johann Wolfgang Goethe ou Jules Massenet. Ah ! Mourir d’amour !
Ah ! Charles Aznavour ! Ah ! Mourir d’aimer ! Ah ! Frédéric François !
Mais le film est tellement plus fort qu’il retrouve les moments les
plus profonds de Jacques Brel quand il chantait les vieux et le tic tac
d’une horloge et les enterrements d’une plus vieille ou d’un plus
vieux, ce qui pour Brel était le signe de la plus grande tristesse car
dans le Plat Pays le ciel est si bas que le temps est pluvieux tout le
temps et que les canards se suicident en se pendant aux nuages.
Ce film retrouve cette atmosphère et cette force, et ce rythme
trainant des pas de ces vieux en pantoufles dans leurs appartements
dont ils ne sortent plus.
Aller jouir de ce film car il est charnel, érotique, sensuel. Ces vieux
ne sont que notre avenir et pour certains leur avenir proche, mais
pour tous les autres leur avenir réel aussi lointain qu’ils puisse être.
Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage !
Eh bien jeunesse formée par tous ces voyages méditez sur celle-là :
Heureux qui comme un Dieu [...]
Lire la suite de nos critiques |
Le Synopsis du film - Par André Ruellan Préparez-vous à déguster chaque plan, chaque son, chaque éclairage : Michael Haneke est de retour avec Amour au gré des intenses péripéties du quotidien d'un couple d'octogénaires qui engendrent angoisse et souffrance. Et puis il y a ces grands comédiens tels Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva et Isabelle Huppert qui gèrent de tout leur brio ce drame admirable et poignant.
|
| L'avis des cinéphiles internautes (5 critiques) : |
| La note moyenne des internautes : | |
|
Par jch2o (Publiée le 15-03-2013 à 09:30)
Je suis allé voir ce film à cause de tous les prix qu'il a remporté : Au début ce film est aussi ennuyant qu'un film des frères Dardenne. Normal puisqu'il a eu la palme d'or à Cannes ! c'est plein de longueur avec des dialogues vraiment moux ! Mais plus le film avance mieux il devient. Le jeu de J-L Trintignant et d'Emanuelle Riva est une véritable performance. La fin tragique et logique justifie parfaitement le titre: Amour !
Par Lventriloque (Publiée le 05-03-2013 à 22:28)
Grand battage médiatique, des distinctions de toutes parts. Voilà qui force le respect. On se délecte de l'introduction, le concert, ces deux vieilles charentaises entre lesquelles on se demande ce que l'enfant en commun vient faire (Isabelle Huppert). L'idée de charger son partenaire en rejetant tout relais, qu'il s'use de son plein gré surtout, jette un premier froid. L'indéfectible tandem à hommages réguliers a de curieuses façons de concevoir l'amour humain... Tout à fait dans le fatalisme actuel, saccage des services publics, la santé incluse, les populations prennent en charge leurs maux, l'approche de la mort à distance du business. Comme la respectabilité commande de laver son linge sale en famille, on traite "le négatif" en vase clos. De là à congédier l'aide extérieure avec perte et fracas... Ils ont pourtant les moyens, ces deux bourgeois pétris d'habitudes, de se payer des auxiliaires de vie (qui ne sont pas tous ou toutes des brutes ou des souillons !). Que la dame s'oublie au lever n'est pas le plus grave non plus dans l'histoire. Les défaillances du corps qui se déglingue sont compensées par des tours de fauteuil roulant, humour bienvenu... C'est quand la parole devient grognement, avec cette démonstration très appuyée qui donne envie de dire au mari, "fais-toi aider mon vieux quoi qu'elle t'ait dit, ménage tes forces" qu'on commence à comprendre le côté "collet monté" de ce couple... Trop imprégnée de "la chanson des vieux amants" de Brel le long de leur cheminement très touchant du départ, les voir se combattre comme deux ados, c'est un peu trop... On souhaite que le rescapé se reprenne afin que l'Autre Rive soit libératrice et pour lui et pour elle... Vains dieux, si après toute une vie côte-à-côte c'est cela l'amour !... J'y vois plutôt l'austérité obsessionnelle de Haneke, son image de la famille-bastion dont nul n'a le double de clé. Malgré la performance d'acteurs, ce ménage qui semble traverser sa première épreuve existentielle m'a fait penser aux pires séquences du "Septième Continent". Sur la fin de vie nous disposons heureusement de deux films récents aussi réalistes mais avec une philosophie autrement plus partageable :"Quelques heures de printemps" et "Le sens de l'âge", certes moins tapageurs !
Par bibi (Publiée le 21-02-2013 à 10:42)
Un film plombant, certes, mais superbe. Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva sont merveilleux de vérité et sensibilité: Anne et Georges, deux octogénaires, une longue vie à deux entachée par la maladie. Un quotidien qui s'étire tendrement. Une vie au ralenti. Et puis, le couperet : une souffrance et une déchéance inadmissibles pour ce couple uni. Ce film nous place devant notre propre vieillesse et ça nous fout la trouille. "Amour" ne nous épargne pas les peaux décrépites, la nudité. On ouvre de grands yeux : oser montrer des vieux dans notre monde où tout ne doit être que succès, beauté et où beaucoup courent après la jeunesse éternelle! Un choc frontal qui nous laisse vidés. Anne et Georges, unis jusqu'à la fin.
Dérangeant mais éblouissant.
Par SOCRATUS (Publiée le 26-11-2012 à 11:44)
Que dire de ce film ? Le réalisateur, les acteurs, la lumière,
l'atmosphère et le fait divers sont tous justes. Car le film débute sur un
fait divers. Des pompiers, un appartement, une odeur de gaz, une
femme allongée, morte, son lit couvert de pétales de fleurs. Et puis la
reconstitution lente, empreinte de la banalité du quotidien, de ce
couple d'octogénaires dont l'un d'eux va être frappé par le handicap de
la paralysie, et la vie va soudain basculer. A noter que nous ne
sommes pas en présence de vieillards. Le couple octogénaire va au
spectacle, vit une vie normale. Seule la maladie, grave et soudaine
les frappe. Maintenant la lente et douloureuse dégradation, ou l'époux
aimant, et fidèle à la promesse imposée par son épouse de ne pas
retourner à l'hôpital, offre une superbe démonstration d'humanité. Les
contacts entre le père et la fille sont bien entendus difficiles. Comment,
sans le vivre, comprendre le quotidien de cet homme avec son épouse,
dont l'acharnement de la maladie sera inlassable .
Quant à l'ultime tête à tête douloureux, doux et émouvant, pourquoi
ce brutal revirement ? Chacune de nos sensibilités peuvent
probablement tentées de décryter cette soudaine pulsion.
En conclusion : une très belle oeuvre qui mériterait un large public
composé de diverses générations.
Par Henri (Publiée le 31-10-2012 à 10:07)
Suite et fin du "Festival du Film Allemand 5" de Loudéac en Côtes d'Armor avec les deux derniers films, "Hell" et "Amour".
D'abord, me direz-vous, pourquoi "Amour" de Mickael Haneke dans un festival sur le cinéma allemand, puisque le film a été tourné en français avec des acteurs français? Tout simplement parce que les dates coïncidaient et que, comme en 2009, avec "Le Ruban Blanc", l'occasion était trop belle de sortir le film en sortie nationale. En outre, si on pense aux cinéastes qui appartiennent bien au cinéma de la mouvance germanique, Haneke en est évidemment l'un des plus beaux fleurons.
Bon, suite à certains échos recueillis auprès de privilégiés qui l'avaient vu à Cannes, je m'attendais à sortir toutes les larmes de mon corps et à fondre sous l'émotion. Eh bien, il n'en a rien été, tant Haneke, comme à son habitude, refuse absolument tout pathos. Oh, c'est sûr, sur un thème comme celui-là, il eût été facile de faire sombrer la salle sous un déluge de larmes. Un vieux couple est atteint par le drame de la déchéance physique de l'épouse que son mari refusera jusqu'au bout d'hospitaliser. Partant de là, on va assister, impuissants, à la dégringolade, mais, à aucun moment, on ne tombera dans le mélo… Au contraire, on assiste à une analyse clinique, presque froide, de cette dégringolade. Le titre est parfait, tant ces deux êtres se chérissent, tant l'abnégation du mari apparaît, non comme un sacrifice, mais comme une évidence. D'ailleurs il n'y aura aucune larme chez lui, jusqu'au bout il gardera son contrôle. On le verra bien dans ses relations avec le concierge, avec l'une des deux infirmières et, surtout, avec sa fille, qui ne comprend pas et qui, extérieure et qui a du mal à comprendre l'attitude de son père, se laissera seule aller aux larmes.
On est tout le temps dans le point de vue du mari, qui, face à la dégradation, agit tout naturellement comme il le doit, comme cela s'impose. Bien sûr, on a une petite idée de l'échéance, d'autant que, des les premiers plans, tout est dit. Nul suspense, ce n'est d'ailleurs pas cela qui intéresse la réalisateur, ce qui l'intéresse, c'est l'extraordinaire relation entre les deux êtres. Naturellement, Haneke aborde un problème de société qui nous touche tous actuellement, mais l'essentiel n'est pas là; ce qui l'intéresse, c'est le cas particulier, la relation absolue qui lie ces deux êtres.
On disait tout à l'heure que Haneke était un cinéaste germanique. Dans ce film, c'est encore plus vrai, tant les scènes sont parfois hyper réalistes. On n'imagine pas, en France, par exemple, de nous montrer la nudité des vieillards, surtout s'agissant d'Emmanuelle Riva. Là, dans le contexte du film, dans les choix d'Haneke, on n'envisage pas le contraire.
Que dire de plus, sinon que le film est éprouvant. Il s'agit d'un huis clos dans un appartement qui est quasiment le troisième personnage du film et que c'est peu de dire que la crédibilité de cette histoire est soutenue par deux immenses acteurs, qui ont dû faire preuve d'une belle complicité sur le tournage. On ne sait d'Emmanuelle Riva ou de Trintignant lequel est le plus vrai, tant le couple est indissociable. Quant à la réalisation, elle est brillante.
Dernier point concernant le "Festival du Cinéma Allemand 5" de Loudéac, on ne peut que regretter qu'il n'y ait pas plus de gens à saisir les perches tendues, tant ce cinéma-là, que l'on voit peu, mérite d'être connu.
Lire toutes les critiques pour ce film
Donnez vous aussi votre avis sur ce film
|
|